Illustration de la crise d’un système, le néocolonialisme

Oignons : les importations fragilisées par les tensions au Moyen-Orient

20 août, par Manuel Marchal

À La Réunion, près de 8 000 tonnes d’oignons sont importées chaque année. Les tensions au Moyen-Orient et les perturbations du port de Salalah ont retardé des livraisons, fragilisant l’approvisionnement. Dans le même temps, la production locale s’est effondrée : l’oignon « péi », rare, atteint 4 euros le kilo. Cette crise révèle la vulnérabilité d’un modèle dépendant des importations et l’urgence de renforcer la production locale pour sécuriser l’alimentation.

À La Réunion, l’oignon est devenu le symbole d’une dépendance alimentaire particulièrement vulnérable aux perturbations du commerce maritime mondial. Avec près de 8 000 tonnes importées chaque année, il constitue le légume le plus acheté à l’extérieur. Or, ces dernières semaines, les approvisionnements sont sous tension. Les perturbations du trafic maritime au Moyen-Orient ont retardé l’arrivée de plusieurs cargaisons et contribué à fragiliser un marché déjà fortement dépendant des importations.

La situation rappelle une réalité souvent oubliée : lorsque les routes maritimes sont perturbées à plusieurs milliers de kilomètres de La Réunion, les conséquences peuvent rapidement se retrouver dans les rayons et sur les marchés de l’île.
En mars, des attaques visant le port de Salalah, à Oman, ont entraîné le blocage de conteneurs. Ces marchandises retenues ont perturbé toute la chaîne logistique. Les délais de transport se sont allongés et les opérateurs ont dû composer avec une circulation maritime devenue plus incertaine. Pour un territoire insulaire qui fait venir une grande partie de ses produits alimentaires de l’extérieur, chaque perturbation peut rapidement se traduire par des tensions sur les stocks et les prix.

Cette crise intervient alors que la production réunionnaise d’oignons a fortement diminué au fil des années. L’oignon local est aujourd’hui devenu une denrée rare. Lorsqu’il est disponible, il se négocie autour de 4 euros le kilo, soit au moins 1,50 euro de plus que l’oignon importé. Une différence qui s’explique notamment par le coût de production.
Comparer uniquement les prix serait pourtant trompeur. Le produit importé bénéficie d’économies d’échelle et de chaînes logistiques internationales qui permettent de réduire les coûts unitaires. Mais cette compétitivité apparente a une contrepartie : elle accroît la dépendance de La Réunion à des routes commerciales sur lesquelles l’île n’a aucune prise.

Relancer la production locale

L’épisode des oignons illustre ainsi les limites d’un modèle alimentaire reposant massivement sur les importations. Une crise géopolitique, un conflit ou une perturbation maritime suffit à fragiliser l’approvisionnement.
Face à cette vulnérabilité, le développement de la production locale apparaît comme un enjeu de sécurité alimentaire autant qu’économique. Il ne s’agit pas de produire immédiatement tout ce que La Réunion consomme, mais de retrouver des capacités permettant d’amortir les chocs extérieurs. L’oignon rappelle qu’en matière alimentaire aussi, dépendre de routes maritimes lointaines revient à dépendre d’événements que La Réunion ne maîtrise pas.

M.M.

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