Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
11 janvier 2008

« En 20 ans, les exportations réunionnaises de fruits ont été multipliées par dix », lit-on sur le site Internet de la Chambre verte. Mais alors où sont donc les produits de La Réunion ? Ici, on dit que tout vient d’ailleurs. Mais, dans l’Hexagone, on ne trouve pas même l’ombre d’un fruit de chez nous, label rouge ou pas.
Ananas d’Afrique du Sud, Letchi de Madagascar, mangue de je ne sais plus quelle contrée, orange de Jaffa. Pas même du bon rhum ambré de La Réunion, encore moins notre bière péï, et vous aurez compris que notre ananas et notre letchi sont inexistants sur les étals de l’Hexagone. Oui, quelques enseignes VIP proposent quelques raretés réunionnaises. Et nos amis restaurateurs de la diaspora réunionnaise en France concoctent des mets “exotiques”. Mais, constatons tout de même le cinglant tarif imposé pour goûter à nos produits de qualité. Allez vanter sur je ne sais quel parvis le goût péï à des ignares qui préfèrent aller vers le moins cher et le produit à la saveur moins goûteuse au mépris de la qualité, et finalement ne voir aucun produit réunionnais sur les étals. Où sont letchis et ananas estampillés Label Rouge ? Oui, les grandes distributions savent répondre à la demande, et le pouvoir d’achat étant ce qu’il est, les consommateurs se tournent vers des produits moins chers. Et oui, on peut se procurer de toutes originalités du monde pour un prix raisonnable en France. Il vous suffirait par exemple de vous arrêter au marché des capucins à Marseille. Cette année encore, c’est Madagascar qui gagne, ou encore l’Afrique du Sud, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Mexique aussi, et les Antilles. Allez comprendre ! Nos produits sont tout autant prestigieux, de qualité exemplaire. Qu’y a-t-il donc qui freine l’exportation réunionnaise ? Son prix ?
Compenser le coût aérien
Nous ne sommes pas si éloignés de l’Afrique du Sud ou de Madagascar pour qu’il y ait une aussi grande différence tarifaire à l’arrivée sur le marché français. Et puis, au nom du soutien à une région française, pourquoi ne pas choisir d’aider davantage l’exportation de notre île ? Nos producteurs sont demandeurs, appellent à un appui de l’exportation. Ah oui, c’est vrai, les compagnies aériennes ne jouent pas le jeu, avec des tarifs en deçà de la notion de continuité territoriale. Cela est entièrement pris en compte par les concernés. Selon la Chambre d’Agriculture, « L’éloignement de la Réunion des marchés européens rend incontournable l’utilisation du transport aérien pour expédier les produits frais. Les charges aéroportuaires représentent un tiers des coûts logistiques. Le coût de fret est 3 fois plus important que la valeur de notre matière première ». En deux ans la surcharge fuel payée par les producteurs exportateurs a augmenté de 360% (0.13 à 0.6 €/kg). En attendant la mise en place du programme européen spécifique de prise en compte des surcoûts, et compte tenu de l’augmentation fulgurante du prix du fuel aérien, il est indispensable d’octroyer aux exportateurs de fruits une aide d’urgence pour compenser leur coût de fret. Pourtant la Chambre verte remarque « depuis ces trois dernières années, les exportations de fruits ont réamorcé une progression positive (+34%) en dépit de l’arrêt d’activité de la compagnie Air Bourbon et du renforcement des normes de sûreté aérienne ». Faut-il rappeler aujourd’hui que le baril de pétrole a passé le cap historique de 100 dollars. Nos politiques ne font qu’en parler. On pressent encore une incidence significative sur le prix des billets d’avion. Alors, pensez-vous, l’influence que cela aura sur notre exportation ! Les Réunionnais habitant l’Hexagone ne font que constater, le manque de concurrence avec les prix proposés, et tout simplement la rareté des produits réunionnais sur les étals français. Et puisque l’on parle constamment du rayonnement de notre île, il est temps que La Réunion rayonne.
Et notre Label Rouge
Ail de Lautrec, haricot tarbais, mirabelles de Lorraine, Prunes Reine-Claude, et tant d’autres, qui mènent la belle vie. Les consommateurs peuvent être assurés de la qualité, et de l’approvisionnement des rayons. La certification Label Rouge a été créée en 1966. Cette marque collective prestigieuse constitue un gage de qualité reconnu internationalement qui débouche sur « une augmentation systématique des ventes auprès des consommateurs », ont constaté les spécialistes. Qu’en diront les producteurs locaux, qui eux-mêmes perçoivent la faible consommation de leurs produits ? Nous sommes tout nouvellement entrés dans le cercle prestigieux de la certification Label Rouge. Nous attendons vigoureusement l’augmentation systématique des ventes auprès des consommateurs et pas seulement à La Réunion. Notre île doit s’obliger à une reconnaissance nationale, et non plus seulement départementale. Bien évidemment, au nom de la coopération régionale, nous devons savoir nous implanter sur les contrées les plus hétéroclites, de la Mozambique jusqu’en Chine. Les produits Label Rouge, mais aussi le Bourbon pointu la marque d’un café de classe, la cristophine salazienne qui serait la chouchou des marchés français, et pourquoi pas aussi l’ail péï, les nèfles de Grand-Bassin, le goyavier sauvage seraient enfin reconnus, et notre petite économie ne connaîtrait pas l’étouffement, mais respirait le grand air.
Bbj
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