Où va l’élevage bovin réunionnais ?

1er septembre 2008

L’après-midi qui a suivi la visite du secrétaire d’Etat Yves Jégo à la Compagnie Laitière des Mascareignes (CILAM), vendredi à Saint-Pierre, s’est tenue la réunion de clôture entre les dirigeants de la Sicalait et les deux experts du CNASEA qui ont réalisé en deux semaines 27 audits d’exploitations laitières, à la demande du Comité stratégique d’orientation sur le développement et l’avenir de la filière lait.
Ce comité, créé en mai dernier, est la réponse des services de l’Etat à une situation de crise latente depuis trois ans, qui s’est déclarée avec l’ouverture, l’an dernier, d’une procédure judiciaire opposant des éleveurs - parfois acculés à la faillite - à leurs organismes professionnels, principalement la Sicalait.
La grave crise de confiance, surgie après l’importation de bêtes malades en 2003 et affectant principalement la production laitière, risquerait, si elle se prolongeait, de faire du tort à l’ensemble de la production bovine.
Quels sont les voies et moyens de sortie de la crise ? “Témoignages” est allé poser la question à des acteurs des filières lait et viande.

Ce dernier jeudi du mois d’août, notre reportage chez des éleveurs du Sud de l’île commence derrière un camion d’équarrissage qui remonte la voie cannière dans les Hauts de Saint-Joseph. Rencontre fortuite, mais pas vraiment surprenante dans une île où le bétail meurt beaucoup depuis trois à cinq ans. Le camion s’arrête chez un éleveur laitier de Jean-Petit, à Saint-Joseph, qui a déjà perdu plusieurs bêtes, selon un de ses voisins, éleveur lui aussi.
Le voisin, Johnny Apatolie, élève des bœufs pour leur viande, à Grand Coude, et pense être la preuve vivante, par la décision qu’il a prise - seul - de respecter un vide sanitaire de deux ans sur une parcelle de son exploitation (voir plus loin), que les malheurs actuels des éleveurs ont pour origine un manque de vigilance sanitaire imputable à l’ensemble de la filière.

La crise de confiance qui secoue actuellement la filière lait a éclaté au grand jour l’an dernier sous la poussée d’une jeune organisation d’éleveurs, l’Association de Défense des agriculteurs réunionnais (ADEFAR) qui a soutenu le référé en justice de deux éleveurs ruinés, la société Ethève (père et fils) de la Plaine des Cafres, et Mickaël Rougemont de la Plaine des Palmistes. L’ADEFAR veut faire reconnaître publiquement la responsabilité des institutions de la filière dans l’origine des problèmes sanitaires que rencontrent les éleveurs.

Une grave crise de confiance

Les dirigeants de la Sicalait et de la Sicarevia, à l’origine de l’importation, depuis huit ans, de bêtes malades - le cas le plus connu est l’introduction, en septembre 2003, de vaches porteuses du virus de la rhino-trachéite Infectieuse bovine (IBR) -, orientent la recherche des causes vers un audit économique et la prise en compte de données techniques et environnementales insuffisamment maîtrisées.
La polémique se développe sur fond de contentieux judiciaire, avec l’exemple récent de la contestation, lors des visites de l’expert judiciaire, le professeur Mouthon, sur les exploitations Lebeau-Bénard et Acquier, les 18 et 19 août derniers, de la véracité de certaines analyses délivrées par le vétérinaire de la DSV.
Dans ce contexte d’affrontement larvé, les services de l’Etat - dont la “neutralité”, hélas, ne paraît pas irréprochable - peinent à instaurer le dialogue qui permettrait de renouer les fils entre partenaires d’une filière qui, sans une confiance retrouvée, risque d’aller droit au naufrage. Le Directeur de l’Agriculture et de la Forêt, Michel Sinoir, estime quant à lui qu’on ne peut « ni opposer, ni séparer », dans la situation présente, les problèmes économiques et les problèmes sanitaires. « C’est une situation compliquée. On peut dire qu’il y a un défaut d’accompagnement technique lorsque les éleveurs sont en difficulté. C’est un point à améliorer. Pour des résultats économiques satisfaisants, il faut un accompagnement technico-économique - dont fait partie le suivi sanitaire -, qui est à revoir », déclarait-il à “Témoignages” au soir de la récente réunion d’un groupe de travail sur la situation des éleveurs en difficulté, le 22 août dernier.

Une reconnaissance, sans doute retardée, de l’ampleur de la crise, a en effet conduit à un audit de la situation sanitaire réalisé du 3 au 8 février 2008, à la demande du Ministère de l’Agriculture, de la Préfecture et du Conseil général de La Réunion. Cet audit a été mené par deux fonctionnaires du Conseil général de l’agriculture de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER), dont un, chargé de la partie sanitaire, est un ancien directeur des services vétérinaires de La Réunion, la “police sanitaire”.
Contesté par les dirigeants de l’ADEFAR, le rapport d’étape provisoire déposé en avril, est composé pour moitié d’une analyse de la situation sanitaire générale et pour l’autre partie (15 pages sur 37), d’une étude du “cas Ethève”, point de départ du contentieux judiciaire.
On trouve dans la partie générale (voir encadré) des données sur les maladies réglementées ou non, présentes dans les élevages réunionnais, telles que les avait déjà relevées en 2006 une enquête du Groupement régional de défense sanitaire du bétail de La Réunion (GRDSBR) sur la base des données d’autopsie et des données biologiques recueillies par le Réseau d’épidémiologie surveillance de la Réunion (RESIR) pour la période 2000-2006.

Audit ministériel et plan quinquennal

Bien que les responsabilités aient été assez tôt clairement établies, notamment dans le rapport que le professeur Arlette Laval, de l’école vétérinaire de Nantes, a établi dès mars 2004, les coopératives Sicalait et Sicarevia n’ont pas donné grand signe, jusqu’en 2008, qu’elles prenaient leur part au règlement des difficultés rencontrées par les éleveurs.
En 2006, le Groupement régional de défense sanitaire du Bétail de La Réunion (GRDSBR) avait proposé un plan d’action quinquennal prônant le respect de la charte sanitaire, la maîtrise des maladies non réglementées (IBR, BVD, paratuberculose) et le financement des autopsies des bovins.
Il ne semble pas que ce plan, estimé à 2,358 millions d’euros sur cinq ans, ait été jusqu’à présent sérieusement pris en considération, si l’on en juge par les difficultés financières de cet organisme, qui ont causé les troubles et l’apport de carcasses d’animaux morts devant le Conseil général, le mercredi 27 août dernier.
Les responsables des Sica (coopératives) mettent plutôt l’accent sur la responsabilité des éleveurs en ce qui concerne les conditions d’élevage (allotement, alimentation) ou les conditions environnementales et climatiques - contribuant largement à exaspérer les agriculteurs.
« Nous ne contestons pas qu’on a eu des animaux porteurs de l’IBR en 2003, mais on a mis les moyens pour juguler les évolutions. Nous avons ici pratiquement toutes les maladies qui existent dans un élevage, ni plus ni moins. Après, il y a des conditions qui font que ces maladies s’expriment ou pas », soutient Yves Evenat, directeur de la Sicalait.
Ces conditions sont ce qu’elles ont toujours été à La Réunion, où la maladie IBR - par exemple - existait sous une forme asymptomatique, raison pour laquelle elle n’a pas fait l’objet d’un plan d’éradication, contrairement à ce qui s’est pratiqué en France.

De leur côté, les éleveurs, même s’ils ont conscience des limites économiques de leur exploitation, restent persuadés que l’importation d’animaux malades et le manque de suivi et de transparence sanitaire de la part du Groupement Régional de Défense Sanitaire du Bétail de La Réunion (GRDSBR) et de certains vétérinaires, est la cause principale des décès en cascade qui frappent leurs élevages.
En quelques années, il n’est plus resté que deux des quinze élevages de la Plaine des Palmistes, une région pastorale et laitière s’il en est, où a été créée la première coopérative d’éleveurs, en 1960. La région est aujourd’hui sinistrée pour l’élevage laitier. Selon Yves Evenat et le président de la Sicalait, Patrick Hoarau, l’explication tient dans le fait que ces élevages ont été repris majoritairement par des jeunes agriculteurs, « non originaires de la Plaine des Palmistes ». « On n’arrive pas à expliquer quand ça marche et quand ça ne marche pas » poursuit le directeur de la Sicalait, en signalant que c’est la raison pour laquelle une enquête sociologique a été demandée à l’AD2R, pour tenter de mieux cerner ce « facteur humain » que les organismes de la filière retiennent comme principale explication. S’il a l’avantage de pouvoir être appliqué à l’ensemble des acteurs de la filière - et pas seulement aux éleveurs - il ne faudrait pas qu’il occulte d’autres pistes possibles. Par exemple celles apportées par la recherche, avec les travaux du Cirad-Inra sur la valorisation des ressources alimentaires fourragères (1).

Un modèle de croissance à revoir ?

Le désarroi est si grand que certains éleveurs en viennent à se demander si la situation présente ne procède pas d’une « volonté délibérée de faire disparaître l’élevage » ? Hypothèse de désespérés.
A Grand Coude, Johnny Apatolie énonce les noms d’une demi-douzaine d’éleveurs laitiers, qui ont jeté l’éponge les uns après les autres. « En quoi les utilisateurs (Cilam, Sorelait) ont-ils encore besoin des producteurs de lait ? », demande-t-il, en rappelant que les industries agro-alimentaires laitières de l’île transforment, dans presque 90% de leur production, du lait en poudre importé.
Paul Martinel, PDG de la CILAM, réfute fortement cette hypothèse. « Nous avons besoin du lait des éleveurs réunionnais ; pour notre production fromagère et nos fromages affinés et pour une partie de nos produits laitiers », a-t-il déclaré à “Témoignages” lors de la visite ministérielle du 29 août.
Les éleveurs laitiers n’ont pas cette perception-là. « Lélevër lé kom in tuyo i fé pass de lo dedan », a même dit l’un d’eux, en décrivant de façon schématiquement abrégée le fonctionnement d’une filière hautement intégrée.
Formées dans les années 60 pour le lait, les années 70 pour la viande, les filières de production apparues avec les plans d’Aménagement des Hauts de l’île, se sont développées sous leur forme actuelle depuis les années 80, en quatre plans pluriannuels (entre 1980 et 1997) largement soutenus par l’Etat, puis par l’Europe avec les POSEI, sur un modèle métropolitain.
Ce modèle fait aujourd’hui partie des éléments de remise en question générale, au travers des sept groupes de travail formant le Comité stratégique d’orientation.
Avec une production laitière moyenne par vache passée de 4.400 litres (par an) en 1997 à 6.100 litres dix ans plus tard, et des élevages laitiers qui, en 2007, comptent près de 33 vaches en moyenne - assurant une production moyenne de 200.000 litres par élevage, soit 24 millions de litres par an - la situation reste très fragile pour plus du tiers des 120 élevages théoriquement décomptés en 2007. 44 élevages sur 120 sont en réalité en dessous de cette “moyenne” institutionnelle.
D’autre part, le nombre des élevages est en forte diminution. De 144 éleveurs laitiers en 2003, le nombre est tombé à 120 en 2007 et il tournerait cette année autour d’une centaine - conséquence d’un mouvement qui, depuis 2000, voit plus d’abandons que d’installations : de 2000 à 2007, la Sicalait a enregistré 72 sorties de collecte (des éleveurs qui cessent de vendre à la coopérative), pour seulement 37 “entrées”.
De sorte qu’il est légitime de penser que les problèmes sanitaires, qui certes ont aggravé les difficultés économiques de nombreux éleveurs, sont surtout venus souligner la fragilité d’un modèle qui, avant 2003, donnait des signes d’essoufflement.

Un des problèmes soulevés est que les éleveurs ont très peu leur place dans les réflexions conduites au sein du Comité stratégique d’orientation, comme dans l’ensemble de la filière du reste. Dans ces conditions, qui va remettre en cause le modèle et selon quels critères ? Le discours convenu sur « les coopératives, émanation de la volonté des éleveurs » - s’il a eu son heure de gloire dans les années 60 - n’évoque plus rien chez les éleveurs d’aujourd’hui, réduits à la portion congrue dans la direction des coopératives et donc, dans les prises de décision.
Le Père Jeannick Fontaine, de la Mission rurale de l’église catholique, est un témoin attentif d’une “dépossession” qui, en même temps que les filières s’enrichissaient, n’a pas permis aux éleveurs d’atteindre le niveau économique requis par les investissements techniques aujourd’hui nécessaires. Ils estiment même ne pas avoir bénéficié de l’appui technique et sanitaire dû par les divers organismes auxquels ils ont cotisé.
« Les coopératives ont perdu leur aspect coopératif, même dans la canne. Aujourd’hui, ce sont les usiniers ou les sociétés qui dirigent. Les éleveurs n’ont plus leur mot à dire. Mon rôle auprès des agriculteurs, comme celui du Secours Catholique, est de les soutenir, pour qu’ils ne se découragent pas ; pour qu’ils évitent aussi des manières d’agir un peu trop “dérapantes”. Ce n’est pas l’envie de “rentrer dedans” qui leur manque », observe le prêtre de la mission rurale.

P. David

(1) L’élevage bovin à La Réunion - synthèse de 15 ans de recherche, publié par le Centre international de recherche agronomique pour le développement (CIRAD), en 2000.


Conclusions et recommandations de la mission ministérielle

Le rapport d’étape Coustel-Ménard, présenté par deux fonctionnaires du CGAAER, a donné le départ d’une reprise en main de la gestion de la crise par les services de l’Etat.
Il fait le constat d’une « surmortalité des bovins à La Réunion (...) très nette pour la filière lait dans laquelle le coefficient de surmortalité des vaches adultes se situe entre 2,9 et 3,5 (...) ». A partir des données d’autopsies et de l’analyse des causes de mortalité par le RESIR, le rapport pointe « l’incidence significative des accidents (de 11% à 18%), ...des hémoparasitoses (de 12% à 18%), ... des pathologies digestives (de 12% à 18%) et de la misère physiologique (de 4% à 14%)..., le très faible impact des suspicions de pathologies infectieuses, comme la paratuberculose ou l’IBR (de 0% à 3%) » et « l’impact négligeable des suspicions de maladies légalement réputées contagieuses (MLRC), de 0 à 2% ».
Dans le climat de polémique qui prévaut, la Sicalait a retourné ces éléments contre les éleveurs. Mais ce n’était pas la conclusion retenue par exemple par le GRDSBR - cité par le rapport d’étape - lorsqu’il notait en 2006 : « Certaines pathologies ne semblent épargner personne : hémoparasitoses, problèmes de reproduction, état général souvent faible aux moments critiques, pathologies digestives à tout âge, mammites en cheptel laitier. Une approche coordonnée à la fois individuelle et des structures d’encadrement semble être la seule solution durable à envisager ».
Le rapport ministériel conclut dans le même sens que le GRDSBR, par des recommandations mettant en exergue la « mise en place, dans les élevages, de la charte de bonnes pratiques (...) visant à promouvoir la traçabilité (...), la santé et le bien être des animaux, l’hygiène de l’élevage et la protection de l’environnement afin de produire des aliments sains dans une logique de développement durable et dans le respect des obligations sanitaires(...) » ; « la coordination des acteurs qui apportent leurs conseils aux éleveurs... » et la « solidarité collective face aux difficultés individuelles par la mise en place d’un fonds mutualiste (« caisse coups durs »)... ».


Les éleveurs ne veulent pas mourir

• Jean-Félix Payet est éleveur à la Plaine des Cafres. En 2007, il a aussi été élu à la Chambre d’Agriculture, pour y faire entendre la voix des éleveurs de cette planèze.
« Au départ, j’avais des races mixtes. Elles ne donnaient pas beaucoup de lait, mais je n’avais aucun problème. J’ai pris des Frisonnes et des Holstein sous la pression de la filière. Un technicien et le directeur de la Sicalait sont venus dans le secteur, nous “vendre” des vaches ”à haut potentiel” », raconte-t-il. Il est d’accord pour le haut potentiel, mais constate que les vaches ne sont pas adaptées aux « conditions extrêmes » de la Plaine des Cafres (climat très irrégulier, variations fortes et subites, terrain accidenté...).
Début 2007, son vétérinaire fait des prises de sang, suite à la déclaration d’une maladie, et trouve la présence de fièvre Q, BVD et anéosporose. Cette dernière est une hémoparasitose, aussi appelée maladie du chien errant, transmise par un parasite interne qui fait avorter les vaches à 45 jours. « Les gens que j’ai interrogés ne savent rien de cette maladie ; il n’existe pas de vaccin, l’abattage est la seule solution », poursuit-il, en regrettant l’indifférence manifestée devant son cas. Les prises de sang étant à sa charge, il n’a pas su à quel taux son troupeau était contaminé. « Ils ne font plus les prises de sang pour qu’on ne sache rien. I étouf tout ! », ajoute-t-il, très découragé.
Encore très endetté auprès du Crédit agricole, il a entrepris de remonter un troupeau “en mixte” (lait/viande), avec des “vaches péi”. Mais il faut du temps pour remonter un troupeau. « Sept ans, au moins, de consolidation génétique », explique-t-il.
Désireux de rester très positif malgré sa situation, il veut aller de l’avant, en tirant les leçons de ses déboires. « Il faut travailler vraiment avec la technique, mais pas à grande échelle » dit-il, montrant que les éleveurs aussi réfléchissent à un modèle de production adapté.


(photo TX)

• A Grand Coude, l’exploitation de Johnny Apatolie est perchée au-dessus de 1093 m d’altitude et s’élève sur 32 ha jusqu’à la zone de forêt, en sautant une ravine. Son activité d’éleveur bovin a pleinement commencé il y a dix ans, sur ce terrain, mais il soigne bèf depuis l’âge de 16 ans. D’abord à la Plaine des Cafres, où il passe son BPA avec l’APR en 1982-85, et galère pas mal avant de trouver son terrain, dans le grand Sud. En l’absence de route, à l’époque, il ne peut envisager pratiquement la collecte du lait et s’oriente vers la production de viande. Il se souvient que la Sicarevia voulait lui faire faire de la « génisse à l’herbe ». « Persone té fé pa sa isi ! », dit-il et il fait de la vache allaitante. Entre 1998 et 2002, le troupeau grossit doucement, entre pertes accidentelles et vêlages.
Avec 14 vaches sur 32 ha, il avait une unité gros bétail (UGB) par hectare encore loin de celle des « chasseurs de prime ».
Il a dû se bagarrer avec la Sicarevia, qui voulait lui faire reprendre des bêtes et prépare une parcelle du terrain pour mettre sept nouvelles bêtes en quarantaine. « En quatre mois, les sept crèvent », se souvient-il. Au passage, un vétérinaire du GRDSBR monte faire des analyses, dont il dit n’avoir jamais eu les résultats. Lorsqu’il reprend 10 bêtes en 2005, toujours « poussé » par la coopérative - « si mi fé pa, zot va dir moin sé in paréssé » - et que quatre mois après, elles sont onze à mourir après Diwa, il envoie des prélèvements. Un laboratoire de Rouen l’informe de la présence de grande douve - que le GRDSBR aurait refusé d’admettre, avant de l’informer de la présence d’IBR. « Pendant cinq ans, les bœufs ont crevé... é mi kontinyé pèy zimpo si bèf krévé ». Il trouvera aussi la paratuberculose et la pyroplasmose.
Il est tellement passionné par ses bêtes qu’il est capable de raconter par le menu le “suicide” de la fourmi qui transmet la petite douve à ses animaux !
Ayant instauré l’équivalent d’un système de jachère, pour ses quarantaines, entre le haut et le bas du terrain, il a fait un “vide sanitaire” pendant presque deux ans, avant de reprendre un bœuf hors Sica et 6 vaches de Montvert et Saint-Louis. Pour l’instant, il retient son souffle, mais depuis près d’un an, il a reconstitué un troupeau. Petit, mais sain.

P. D.


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