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Petite enfance à La Réunion : entre plafonds, contraintes et urgences sociales

27 août 2025, par Julianne Hoareau

Alors que le débat national s’anime autour des moyens financiers des responsables politiques, les réalités du terrain rappellent l’urgence d’investir dans la petite enfance, particulièrement à La Réunion.

Un plafond horaire fixé à 8 euros net pour les assistantes maternelles

Depuis la réforme récente, les dépenses de garde d’enfants prises en compte par la CAF ne doivent pas dépasser 8 euros net par heure. Ce plafond inclut le taux horaire de l’assistante maternelle, les indemnités d’entretien et, le cas échéant, les frais de repas.
Au-delà de ce seuil, les familles perdent une partie du Complément de libre choix du mode de garde (CMG) et doivent assumer la différence. Une contrainte de plus pour les parents, notamment les foyers modestes.

L’exemple d’une mère célibataire

Avec 2 000 euros de revenus mensuels nets, une mère seule avec un enfant de moins de 3 ans peut percevoir jusqu’à 502 euros d’aide par mois pour la garde par une assistante maternelle agréée. Mais une participation minimale de 15 % des frais reste à sa charge. Si l’enfant a entre 3 et 6 ans, l’aide tombe à 251 euros.
En pratique, le coût moyen d’un mode de garde atteint 850 euros par mois avant déductions. Pour de nombreux foyers, l’équilibre budgétaire reste fragile.

La Réunion face à un paradoxe

Alors que la natalité recule sur l’île — passant de 13 142 naissances en 2020 à 11 818 en 2024, soit une baisse de plus de 1 300 en quatre ans —, les besoins en garde d’enfants demeurent criants.
En effet, La Réunion ne propose que 37 places pour 100 enfants de moins de 3 ans, contre 60 en moyenne nationale. Une offre insuffisante qui pénalise particulièrement les familles monoparentales et celles dont les horaires de travail dépassent les heures d’ouverture classiques.
Aujourd’hui, l’île compte :
- 1 800 assistants maternels pour 5 600 places,
- 241 établissements de la petite enfance offrant 5 468 places collectives,
- 1 439 assistantes maternelles indépendantes représentant 4 241 places.

Témoignage : « S’occuper des petits est une passion »

Marie René, assistante maternelle à Sainte-Suzanne, raconte son quotidien : « S’occuper des petits est une passion. Bien sûr, il y a des journées difficiles, mais ce métier me donne de la joie. En revanche, les démarches administratives compliquent souvent notre travail. Certaines décisions, comme les refus d’agrément, peuvent paraître injustes. »
Elle propose plusieurs pistes pour améliorer la situation : davantage de structures (MAM, crèches, accueils périscolaires), des horaires adaptés, une simplification administrative, et même la réhabilitation de bâtiments communaux inoccupés pour créer des espaces d’accueil.

Un enjeu social et économique

Créer une Maison d’Assistants Maternels (MAM) nécessite entre 15 000 et 50 000 euros de budget, avec une aide au démarrage de 6 000 euros. Les assistantes bénéficient aussi d’une prime d’installation de 1 200 euros et doivent suivre une formation obligatoire de 120 heures en plus du CAP AEPE.
Derrière ces chiffres se joue un véritable choix de société : investir dans la petite enfance, c’est non seulement soutenir les familles, mais aussi favoriser l’emploi local et renforcer le bien-être collectif.
À l’heure où les moyens financiers des élus alimentent la controverse, les parents réunionnais et les professionnels de la garde d’enfants rappellent que la priorité devrait aller à un plan départemental ambitieux pour répondre à cette urgence sociale.

Julianne Hoareau

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