Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Extension du port de Toamasina à Madagascar, inauguration demain d’un quai pouvant accueillir les grands porte-containers
20 mars, par

Avec la mise en service du quai C4 le 21 mars 2026, Toamasina pourra accueillir des porte-conteneurs de 14 000 EVP et tripler sa capacité. Fin du transbordement via La Réunion, connexions ferroviaires et autoroutières modernisées à Madagascar : l’équilibre régional bascule. Malgré l’argent venu de France et d’Europe et la présence de CMA-CGM, Port Réunion ne pourra rivaliser. Sa survie passe par la coopération et la recherche de complémentarités avec Toamasina et Port-Louis à Maurice.
Le 21 mars 2026, la Société du Port à gestion Autonome de Toamasina (SPAT) mettra en service 333 mètres du nouveau quai C4. Malgré les dégâts du cyclone Gezani, le chantier a tenu son calendrier. Ce quai pourra accueillir des navires transportant jusqu’à 14 000 conteneurs, et l’extension en cours doit tripler la capacité du principal port malgache.
Jusqu’à présent, ces géants des mers transbordaient les marchandises destinées à Madagascar ou l’île comorienne de Mayotte via La Réunion ou Maurice. Demain, ils accosteront directement à Toamasina. Chaque conteneur qui ne passera plus par Port Réunion représentera une perte de trafic, donc d’activité et d’emplois.
La modernisation du chemin de fer et la construction d’une autoroute reliant Toamasina à Antananarivo vont fluidifier les échanges et dynamiser les exportations de Madagascar. À la différence de La Réunion, Madagascar dispose d’un vaste arrière-pays et d’un potentiel productif permettant de charger des conteneurs pleins à l’export. Toamasina ne sera plus seulement un point d’entrée, mais un hub régional en construction.
L’ambition est claire : devenir un port de transbordement pour l’océan Indien. Les navires qui déchargent aujourd’hui à La Réunion des marchandises destinées à Mayotte pourraient demain le faire à Toamasina. Et demain, certains flux importés à La Réunion pourraient eux-mêmes transiter par Madagascar.
Face à cette recomposition, La Réunion doit sortir de son complexe de supériorité. On a voulu faire croire que Port Réunion deviendrait le hub du Sud de l’océan Indien grâce à l’argent abondant venu de France et d’Europe et à la présence de CMA-CGM, géant français du transport maritime. Il faut revenir à la réalité : Port Réunion, inséré dans une économie quasi exclusivement tournée vers l’importation et dépourvue d’arrière-pays, sera incapable de rivaliser structurellement avec Toamasina.
Toute stratégie de concurrence frontale avec Madagascar serait une erreur fatale. Chercher à affronter les Malgaches sur leur propre terrain signifierait accélérer le déclin de Port Réunion. Sa survie passe par une autre voie : la coopération et la recherche de complémentarité avec Toamasina et avec Port-Louis à Maurice. Spécialiser les fonctions, coordonner les dessertes, mutualiser certaines activités logistiques : voilà la seule stratégie rationnelle.
L’illusion selon laquelle la France sauvera toujours La Réunion doit être abandonnée. Les transferts publics et les investissements européens ne peuvent compenser indéfiniment des déséquilibres structurels. Cette situation démontre qu’il est urgent de sortir de l’assimilation à la France, qui entretient l’idée d’une protection permanente et détourne La Réunion de son environnement régional naturel.
Le basculement en cours n’est pas une catastrophe annoncée, mais un signal. Soit La Réunion persiste dans l’illusion d’une rente sécurisée par Paris et Bruxelles et court à la ruine, soit elle accepte la réalité d’un océan Indien en mutation et choisit le co-développement. L’avenir de Port Réunion ne se jouera pas dans la nostalgie d’illusions dépassées, mais dans sa capacité à s’inscrire lucidement dans une stratégie de complémentarité régionale.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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