Economie

Poulet congelé importé : quand Paris joue les éleveurs français contre les éleveurs réunionnais

Possible de vendre moins cher à La Réunion qu’en France, mais pas pour l’intérêt des Réunionnais

Manuel Marchal / 23 décembre 2019

En cette période de Fêtes, les caisses de cuisses ou d’ailes de poulet surgelées restent toujours en bonne place dans les rayons de la grande distribution. Un reportage de France Télévisions rappelle que ces produits sont des surplus invendus en France, qui sont ensuite congelés et vendus à La Réunion moins cher que dans leur pays d’origine. Ceci montre qu’il est possible de vendre moins cher à La Réunion qu’en France.

JPEG - 117.7 ko
Ces produits réunionnais sont concurrencés par ceux venus de France, qui sont vendus moins chers à La Réunion que dans leur pays d’origine.

« La Réunion, ses plages, ses palmiers, et son poulet de dégagement ! C’est le nom donné aux morceaux de poulet congelés envoyés par les industriels de la métropole et vendus à prix cassés dans les départements d’outre-mer.
Au rayon surgelé, il se vend par sacs entiers et en cartons de 5 ou de 10 kilos. Origine France, c’est marqué sur l’étiquette. Les tarifs sont imbattables, 19,95 euros le carton, soit moins de 2 euros le kilo.
Un tarif introuvable en métropole. Nous avons épluché les promotions des grandes surfaces la semaine dernière. En moyenne sur la période, d’après nos calculs, les cuisses se sont vendues en métropole à 2,86 euros le kilo, contre 1,99 euro à la Réunion. L’intérêt pour les industriels de l’Hexagone, est donc d’écouler les morceaux de poulet invendus, comme nous le confirme l’un d’entre eux :
« Je vais pouvoir vendre 80 % de ma production en frais, il me reste 20 %, je les envoie à la congélation. Le coût logistique d’envoyer un conteneur à la Réunion est moins cher pour un industriel que d’envoyer trois palettes de frais à Paris ou à Marseille. » (...)
Contacté, le ministère de l’Agriculture explique qu’il ne lui pas été possible de prouver la concurrence déloyale entre les industriels de métropole et les éleveurs réunionnais. Une façon de ne pas tuer la poule aux œufs d’or ? » Daté de février dernier, ce reportage de France Télévisions reste toujours d’actualité. C’est ce que rappellent les caisses d’ailes ou de cuisses de poulet surgelées qui sont très présentes dans les rayons de la grande distribution.

Ceci montre tout d’abord qu’il est possible de vendre un produit européen moins cher à La Réunion qu’en France. Il est à noter que ce produit européen entre en concurrence directe avec le résultat du travail d’éleveurs réunionnais. Dans une île où plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, le prix est le premier critère d’achat. Dans ces conditions, ces produits venus de France par container frigorifique ont un prix défiant toute concurrence réunionnaise.
Le gouvernement a été maintes fois alerté de ce problème. Force est de constater qu’il est au courant mais qu’il laisse faire au nom de la « main invisible » du marché. Il laisse faire d’autant plus facilement que La Réunion est alors un débouché garanti pour des éleveurs touchés par la crise en France. En laissant faire, Paris joue donc les éleveurs français contre les éleveurs réunionnais.
Ceci rappelle que le centre d’intérêt de ceux qui ont les leviers de décision dans les mains n’est pas La Réunion, mais se situe ailleurs.

M.M.