Economie

Pour vaincre les inégalités : un projet réunionnais de développement

Illustration du « modèle réunionnais » : 1 010 euros de consommation mensuelle pour les plus modestes, 3 680 pour les plus aisés

Manuel Marchal / 16 décembre 2019

Plus de 70 ans après l’abolition du statut colonial, La Réunion reste soumise à un régime néo-colonial marqué par des inégalités dramatiques. L’enquête de l’INSEE sur la consommation des ménages rappelle que cette inégalité est sans équivalent sur tous les territoires de la République. Un changement est donc plus que jamais nécessaire.

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Le riz est un produit de base de l’alimentation des Réunionnais. 100% de la consommation est importée.

Voici un extrait d’une étude de l’INSEE publiée jeudi dernier. Elle traite des écarts importants de consommation en fonction de la classe sociale :

« Le niveau de vie est le principal déterminant des disparités de consommation. En 2017, les 20 % de ménages les plus aisés dépensent 3,6 fois plus que les 20 % les plus modestes, un écart nettement plus important qu’en province ou qu’aux Antilles. S’alimenter et se loger restent les plus gros postes de dépenses pour les plus modestes, alors que le transport est largement en tête pour les plus aisés.
En 2017, les ménages réunionnais consomment en moyenne 1 930 euros par mois. Malgré des ménages plus grands à La Réunion et des prix plus élevés, la dépense de consommation reste inférieure à celle des ménages vivant en province (2 220 euros). Les revenus sont en effet plus faibles à La Réunion.
Les dépenses de consommation varient fortement selon le niveau de vie : les 20 % des ménages les plus aisés (Q5) consomment en moyenne 3 680 euros par mois contre 1 010 euros pour les 20 % les plus modestes (Q1), soit 3,6 fois plus . L’écart s’accroît légèrement depuis 2011 : les dépenses des plus aisés augmentent et sont même supérieures à celles de leurs homologues métropolitains.
Cet écart lié aux revenus est encore plus accentué qu’en province ou qu’aux Antilles, où les plus aisés consomment respectivement 2,3 et 2,9 fois plus que les plus modestes. En effet, à La Réunion, les revenus des plus modestes sont plus faibles encore que ceux de leurs homologues de métropole, alors que les plus aisés ont des revenus quasi équivalents.
Les dépenses se répartissent selon différents postes de consommation : logement, alimentation, transports, communications, etc.. C’est le niveau de vie des ménages qui influe le plus sur la part et le montant de la consommation dédiée à chacun des postes. L’écart de dépenses entre les ménages les plus modestes et les plus aisés est particulièrement élevé pour les transports, l’hôtellerie-restauration et l’équipement du logement : les plus aisés dépensent entre six et sept fois plus. Par exemple, les ménages les plus aisés consacrent une dépense 8 fois supérieure aux achats de véhicules que les plus modestes, et 17 fois supérieure pour le transport aérien. En revanche, l’écart est moindre (deux fois plus pour les plus aisés) pour des dépenses qui peuvent être qualifiées d’incontournables et peu compressibles : les produits alimentaires, le logement ou les communications.
De ce fait, les ménages les plus modestes consacrent une part beaucoup plus importante de leur budget pour les dépenses visant à s’alimenter et se loger (40 % des dépenses en moyenne), que les ménages ayant les plus hauts niveaux de vie (24 %).
Après avoir stagné entre 2006 et 2011, la part du budget réservée aux produits alimentaires et boissons non alcoolisées diminue entre 2011 et 2017 : elle passe de 18 % à 17 %. Ces évolutions sont liées à celles du pouvoir d’achat : après avoir été à l’arrêt entre 2008 et 2013, le pouvoir d’achat est en effet reparti à la hausse. Or le poids de l’alimentaire dans le budget se réduit habituellement lorsque les revenus augmentent.
Toutefois, les ménages les plus modestes consacrent une part beaucoup plus importante de leur budget pour s’alimenter que la moyenne des ménages (23 %, soit six points de plus).
Paradoxalement, les dépenses alimentaires par UC sont inférieures de 17 % à celles des ménages de province, alors même que les prix des produits alimentaires sont plus élevés à La Réunion. Ainsi, un panier métropolitain coûtait 37 % de plus en 2015 à La Réunion. Ce budget inférieur s’explique en partie par des consommations alimentaires différentes : les Réunionnais consomment plus de riz, qui est un produit moins coûteux. En outre, avec de plus faibles niveaux de vie, les Réunionnais consomment davantage de produits de moindre qualité (viande surgelée à bas coût, etc.). »

Commentaire

Le résultat de cette étude apporte un éclairage supplémentaire sur le fameux « modèle réunionnais » tant vanté par ceux qui refusent tout changement dans la société. Il souligne des inégalités qui augmentent, car les écarts de consommation entre les classes sociales suivent cette tendance.

Ce « modèle réunionnais » est donc bien celui d’une société structurellement inégalitaire. C’est en effet un modèle qui produit plus de 20 milliards d’euros de valeur ajoutée, en ayant besoin de seulement la moitié de la population active en emploi permanent. Les autres, les abandonnés du système, doivent se contenter des miettes et ils sont soumis à un modèle de consommation adapté aux plus hauts revenus pour qui la vie chère n’est pas un problème.

Les inégalités de consommation entre les classes sociales montrent une fois de plus la nécessité de tout remettre à plat pour sortir de cette crise économique, sociale et politique qui détruit la cohésion. L’heure est grave, et le moment est venu de se rassembler pour aller vers une autre politique. Elle pourrait s’appuyer sur un plan de développement mis au point par les Réunionnais et appliqué par et pour les Réunionnais. Un plan auquel le PCR invite toutes les forces vives de s’emparer, pour garantir le plus large accord et donc la meilleure efficacité.

M.M.