L’index FAO des prix alimentaires atteint son plus haut niveau depuis 3 ans

Prix alimentaires : La Réunion paie le prix de sa dépendance

10 août, par Manuel Marchal

La FAO alerte : en juillet, les prix mondiaux des céréales ont bondi de 3,4 %, le blé de 5,8 % et le sucre de 5,6 %. Pour La Réunion, dépendante des importations alimentaires, chaque guerre, sécheresse ou crise énergétique menace directement le pouvoir d’achat. Cette vulnérabilité n’est pas une fatalité : elle vient d’un système néocolonial qui privilégie les importations au détriment de la production locale et des emplois pour maintenir La Réunion dans le sous-développement et la dépendance aux bailleurs de fonds français pour acheter la paix sociale.

La nouvelle alerte de la FAO devrait provoquer un débat à La Réunion. En juillet, l’indice mondial des prix alimentaires a progressé de 0,6 %. Les céréales ont bondi de 3,4 %, le blé de 5,8 %, les huiles végétales de 2 % et le sucre de 5,6 %. Cette hausse est expliquée par trois facteurs qui s’aggravent : le changement climatique, les tensions géopolitiques et la hausse du coût de l’énergie.

Évolutions dangereuses

Pour La Réunion, ces évolutions sont particulièrement dangereuses. Notre pays ne maîtrise ni les prix mondiaux, ni les routes maritimes, ni les décisions des grandes puissances. Elle dépend massivement des importations pour nourrir sa population. Une guerre, une sécheresse, une mauvaise récolte ou une perturbation du transport maritime peut donc rapidement se transformer en inflation dans les rayons des magasins.
Cette vulnérabilité n’est pourtant pas une fatalité. Elle est le produit d’un système, le néocolonialisme, construit autour de la dépendance. La Réunion importe une grande partie de son alimentation alors que son potentiel agricole permettrait de produire plus pour répondre aux besoins de sa population.
Le système privilégie les importations massives, les longues chaînes d’approvisionnement peuplées d’intermédiaires qui font des profits et la concentration de la grande distribution. Il expose les consommateurs réunionnais, majoritairement pauvres car confrontés à la précarité de l’emploi, aux fluctuations des marchés internationaux tout en fragilisant les producteurs locaux. Lorsque les cours mondiaux augmentent, la facture est immédiatement présentée à la population. Lorsque les prix baissent, rien ne garantit que cette baisse soit intégralement répercutée.

Prix de l’intégration à un marché européen

La Réunion est intégrée à un marché européen situé à des milliers de kilomètres, mais demeure insuffisamment intégrée à son environnement immédiat de l’océan Indien. Pendant ce temps, les accords commerciaux ouvrent plus les marchés régionaux aux intérêts extérieurs sans construire une véritable complémentarité entre les économies de la région.
Produire plus de céréales adaptées au climat, développer les filières fruits et légumes, renforcer l’élevage, protéger les terres agricoles, soutenir la transformation locale et organiser des échanges avec les pays voisins sont autant de pistes pour réduire la dépendance.
L’enjeu dépasse le prix d’un paquet de farine ou d’une bouteille d’huile. Il concerne la capacité d’un peuple à décider de ce qu’il mange et de la manière dont il se nourrit.
Les chiffres de la FAO sont un avertissement. Persister dans la dépendance, c’est accepter que des décisions prises ailleurs continuent de décider du contenu et du prix de la nourriture des Réunionnais.

M.M.

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