Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Même les compagnies pétrolières demandent la transparence
8 septembre 2009, par

Jeudi, le préfet a consulté l’Observatoire des prix et des revenus pour lui présenter une synthèse d’informations relatives à la formation des prix des carburants. Le représentant de l’État a décidé de ne pas prendre tout de suite de décision. Néanmoins, dès la sortie de cette réunion et jusqu’à ce jour, une rumeur fait état d’une augmentation possible et même qualifiée d’« inéluctable » de la part de certains médias. Pourquoi donc s’acharner à préparer la population à une diminution de son pouvoir d’achat ? Cela amène à s’interroger. Puisque le débat sur la transparence est lancé, pourquoi parler d’augmentation avant que ce débat soit terminé ?
Jusqu’au mois d’octobre dernier, le système qui permet de fixer le prix des carburants était peu ou prou accepté. Mais lorsque le prix du gaz et des carburants a continué à augmenter alors que partout ailleurs il diminuait, se sont crées les conditions pour que la transparence soit enfin faite. En effet, pour un prix du baril de pétrole inférieur de 7 euros par rapport à l’année précédente, le prix des carburants était lui, supérieur. Cela ne faisait que démentir les arguments de ceux qui prétendent que le prix des carburants est lié avec celui du prix du baril de pétrole. Manifestement, le prix de vente des carburants à La Réunion n’est pas lié au cours du pétrole, d’autres facteurs entrent en jeu. Mais lesquels et dans quelle mesure ?
Faire la transparence est la motivation d’un collectif de 25 associations qui mène au mois d’octobre une campagne d’explication auprès de la population. En effet, bien que l’Observatoire des prix et des revenus ait été installé depuis plus d’un an à cette époque, cette instance est toujours dans l’impossibilité d’avoir des données vérifiables à 100% sur tous les éléments qui entrent en jeu dans la formation des prix des carburants. Si les taxes sont publiques et issues de délibérations transparentes, ce qui compose le prix hors-taxe reste dans l’opacité totale. Or, le prix hors taxe est beaucoup plus important qu’en France, pour un même produit.
2,5 millions d’euros pris aux Réunionnais
Le collectif appelle à une manifestation devant la préfecture le 7 novembre. En effet, le préfet est, en dehors des pétroliers, la seule personne qui peut expliquer d’où vient cette anomalie. Il est en effet le fonctionnaire qui est chargé de fixer le prix des carburants à partir des éléments fournis par les pétroliers. Deux jours avant la date de la manifestation, Joël Mongin et ses amis dressent des barrages sans que les policiers n’interviennent. L’objectif est de protéger les pétroliers en essayant de détourner la colère de la population vers la Région, sous le regard compréhensif du préfet. Cette manœuvre aboutit à deux jours de siège de la Région par des camionneurs, puis à un accord où les collectivités prélèvent 2,5 millions d’euros pour les donner à des entreprises de transport.
Lancé à La Réunion, le mouvement s’étend dans les autres DOM. Mais à la différence de La Réunion, ce sont les pétroliers et l’État qui financent le règlement d’une solution. En Guyane, en Guadeloupe et en Martinique, les collectivités n’ont pas eu à verser le moindre centime pour régler un problème de pouvoir d’achat dont la responsabilité incombe aux pétroliers.
Aller au bout du débat
Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement saisit l’Autorité de la concurrence et l’Inspection générale des finances. Pour leur part, les assemblées envoient des parlementaires en mission dans les DOM. Dans tous les cas, les rapports débouchent sur des conclusions convergentes : le système est à revoir car il n’a pas été capable de remplir ses objectifs. Ce système est même à l’origine de rentes de situation qui sont payées par la population. Ces révélations, ajoutées à une situation sociale en pleine aggravation amène le préfet à changer de méthode. En plus de la rencontre habituelle avec les pétroliers, a donc lieu une consultation de l’Observatoire des prix et des revenus. Est alors présentée une proposition de nouvelle formule de calcul issue des observations de l’Inspection des finances.
Cette proposition est aussitôt contestée par le représentant des pétroliers, qui parle d’un manque de transparence. Une telle remarque peut paraître surprenante, mais elle a le mérite de démontrer qu’aussi bien du côté des consommateurs que du côté des pétroliers, c’est l’unanimité pour demander la transparence. Le débat est donc lancé.
Il est donc nécessaire de mener ce débat à son terme afin d’arriver à la transparence que tout le monde demande. C’est l’occasion de retrouver ensemble, autour d’une même table, les pétroliers, les consommateurs, le préfet et les auteurs des différents avis et rapports qui fustigent un système qui profite aux compagnies pétrolières. Une fois que tout le monde s’accordera sur une conclusion commune, il sera alors le moment de réviser les prix en fonction du résultat du débat.
Manuel Marchal
Des prix totalement déconnectés du marché du pétrole
Comparaison des prix entre juillet 2007 et novembre 2008.
| Date | Prix du baril de pétrole | Prix du gasoil | Prix du super sans plomb |
| 2 juillet 2007 | 53 euros | 0,97 euro | 1,26 euros |
| 4 novembre 2008 | 46 euros | 1,25 euros | 1,54 euros |
Question de pouvoir d’achat
Les allocataires de minima sociaux ou d’indemnisations chômage n’ont pas eu droit à une prime mensuelle payée par l’État. Quant aux travailleurs qui ont droit au RSTA, ils n’ont pas encore reçu le premier versement. La question du pouvoir d’achat est donc toujours aussi sensible. Là dessus, un opérateur demande à l’État de prendre des dispositions pour que ses marges augmentent. Il dit avoir des difficultés. Mais comme le démontre la succession de rapports qui ont été publiés depuis le début de l’année, cet opérateur a largement profité du système. Il demande donc à la population de venir l’aider à régler ses problèmes. Mais lorsque la population a des problèmes de pouvoir d’achat, les pétroliers viennent-ils à son secours ?
Nos peines
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