Economie

Rachat de Vindemia par le Groupe Hayot : La Réunion, arbre qui cache la forêt

Carrefour, géant mondial de la distribution sous pavillon français, peut s’installer maintenant à Madagascar

Manuel Marchal / 27 mai 2020

Pour obtenir l’assurance de racheter la filiale océan Indien du groupe français de distribution Casino, le Groupe Bernard Hayot a fait d’importantes concessions sur le volet réunionnais de l’opération. Ceci ne démontre-t-il pas que l’objectif essentiel n’est pas d’aller vers une position dominante à La Réunion, mais bien de se déployer à Madagascar où le potentiel de croissance est nettement plus élevé, avec une conséquence politique : la possibilité offerte à Carrefour, le géant mondial de la distribution sous pavillon français, de s’implanter à Madagascar, qui vise le statut de pays émergent.

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L’Autorité de la concurrence a donné son accord hier au rachat de la filiale océan Indien du groupe français Casino par le groupe antillais Bernard Hayot. Pour obtenir cet accord, GBH a cédé 2 hypermarchés Carrefour, 4 hypermarchés Jumbo Score et 2 supermarchés Score à la concurrence. Cette opération permet également à un nouvel acteur d’apparaître : l’enseigne réunionnaise Run Market du groupe Make distribution sera propriétaire des anciens hyper Jumbo Score. Pour sa part, le groupe TAK et son enseigne Intermark rachètera 2 supermarchés Score. Run Market étant partenaire d’Intermarché, et Intermark écoulant lui aussi des produits de ce groupe, la position d’Intermarché sera donc renforcée à La Réunion.

Regarder au-delà de La Réunion

La filiale de Casino est aussi présente à Madagascar, à Maurice et à Mayotte.
A Madagascar, ce sont 48 magasins (Supermaki), 10 supermarchés (Score) et 3 hypermarchés (Jumbo). A Maurice, ce sont 5 supermarchés (Jumbo Express), 2 magasins de proximité (Vival) et 2 hypermarchés (Jumbo). A Mayotte, 31 magasins de proximité (28 Douka Bé et 3 SNIE), 1 hypermarché (Jumbo) et 2 supermarchés (Score).
Cela fait donc 6 hypermarchés, 17 supermarchés et 81 superettes en dehors de La Réunion qui basculeront dans l’escarcelle du Groupe Bernard Hayot.
A La Réunion, une fois la situation stabilisée, l’enseigne Carrefour comptera 6 hypermarchés, 13 supermarchés et de 110 magasins de proximité (en comptant les stations service affiliée à Vival). En nombre d’hypers et de supermarchés, La Réunion ne représente pas la moitié. Et cette part va diminuer, compte tenu du potentiel de croissance de la classe susceptible de consommer les produits de la grande distribution à Madagascar.

Carrefour et Madagascar

En cédant pas moins de 4 hypers et 2 supermarchés pour avoir la certitude d’acheter la filiale océan Indien de Casino, le Groupe Bernard Hayot permet à Carrefour de s’implanter fortement dans notre région, et en particulier à Madagascar. Rappelons que Carrefour est un groupe français, souvent présenté comme un porte-drapeau de la grande distribution de ce pays. Il figure parmi les plus importants groupes mondiaux de la distribution, mais il n’était pas à Madagascar, un pays de plus de 25 millions d’habitants qui en comptera plus de 40 millions dans 20 ans. Cet angle mort risque bien d’être comblé.
Grâce au Groupe Bernard Hayot, Carrefour peut désormais s’implanter à Madagascar si le schéma suivi à La Réunion s’applique : remplacement des enseignes Score et Jumbo par l’enseigne Carrefour. Se posera alors la question de savoir quelles seront les méthodes que Carrefour compte employer à Madagascar pour faire du profit. Compte-t-il aggraver l’exploitation en inondant le marché de produits importés ?
Dans cette opération, La Réunion semble bien l’arbre qui cache la forêt.

M.M.



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Messages






  • Bien vu encore une fois ! Les intérêts français avant tout et nulle doute qu’ils vont exploiter la misère et ne faire qu’importer les produits européens au lieu de valoriser ce qui se fait sur place. c’est ce que fait déjà Jumbo

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  • Si la Réunion est l’ARBRE qui cache la FORET de l’invasion opérée par le groupe Hayot dans l’océan indien, cet arbre est déraciné. En effet, si on tient compte des propositions de ce groupe pour esquiver l’accusation d’un monopole, voire d’un duopole, le désastre ne fait que commencer aussi bien pour les autres distributeurs que les consommateurs. GBH précise qu’il cède une partie de "son butin" ,notamment au groupe TAK pour préserver une certaine concurrence. Le consommateur n’est pas dupe. Il sait bien que sur le court terme on le flatte avec quelques promotions, mais sur le long terme la situation évolue au bénéfice de ceux qui détiennent la quasi totalité des commerces. L’offre se fera de manière unilatérale à des consommateurs résignés. Car, malgré les promesses d’aujourd’hui, dans une vingtaine d’années rien n’empêchera le groupe Hayot et consort de s’accorder sur une entente illicite afin de rentabiliser au maximum. Le consommateur n’a pas d’autres choix, il est obligé de passer à caisse. Concernant son accord pour préserver la production locale, le groupe Hayot affirme que le quota de 25 à 35% d’approvisionnement sera respecté, notamment en direction des planteurs. Est-ce que toute la filière agricole est concernée ? Non, puisse que jusqu’à présent ces centres commerciaux ne traitent qu’avec les coopératives et ces mêmes coopératives sont gérées par une minorité d’accapareurs qui écartent la grosse majorité des planteurs. Donc 75% de son approvisionnement sera assuré grâce à l’importation. Qui dit importation, dit également freiner l’autonomie alimentaire et limiter les perspectives des planteurs réunionnais. Derrière l’expansion de ce groupe se cache la faillite des petits planteurs et petits commerçants réunionnais.

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