Reconstruire l’économie informelle dans le commerce pour faire baisser les prix et créer des emplois : la classe la plus nombreuse, les pauvres, peut s’organiser pour renverser le système néocolonial qui l’opprime -3-

Relancer les boutiques de proximité, marchés et vendeurs de rue pour faire baisser les prix et créer des milliers d’emplois à La Réunion

9 avril, par Manuel Marchal

À La Réunion, contrairement à d’autres ex-colonies africaines, les pauvres — majoritaires — n’ont pas accès à des commerces aux prix adaptés et subissent le monopole d’une grande distribution chère, pensée pour touristes et privilégiés. Dans les autres pays africains, marchés et économie informelle soutiennent les plus modestes et l’économie locale. Sortir de l’impasse néocoloniale suppose de briser le monopole de la grande distribution, relancer les commerces de proximité et décoloniser les esprits. Boutiques de proximité, marchés et vendeurs de rue sont des gisements d’activités génératrices de revenus qui peuvent libérer des dizaines de milliers de Réunionnais de la pauvreté par l’emploi et de l’assistance de l’ancienne puissance coloniale. L’argent dépensé dans ces commerces restera à La Réunion au lieu de retourner en France. Cette économie informelle peut être un moyen de remettre en cause la structure coloniale de la société réunionnaise et d’affaiblir le néocolonialisme français en le privant de ses ressources financières.

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La première partie de l’article a rappelé que l’abolition du statut colonial de La Réunion en 1946 ne s’est pas accompagné d’une remise en cause de la structure de classe de la société coloniale voulue par le front de libération CRADS, largement soutenu par la population. La seconde partie de l’article a rappelé qu’un résultat de la départementalisation, mouvement réactionnaire visant à maintenir la structure coloniale, fut la mise en place d’un système néocolonial qui opprime la classe la plus nombreuse, les pauvres, en les maintenant dans la misère, le chômage, la dépendance à l’assistance et le clientélisme. Cela a débouché sur le monopole de la grande distribution qui pratique des prix adaptés au pouvoir d’achat de la classe la plus privilégiée, les vazaha, bénéficiaire du supplément colonial distribué par la France à la classe privilégiée. La structure de la société coloniale est maintenue, y compris dans les têtes.

Dans ce système, le colonisé envie le vazaha et veut accéder à ses privilèges. La grande distribution française offre la possibilité de consommer comme un vazaha, à condition d’accepter des prix calculés selon le pouvoir d’achat de la classe privilégiée. Forts de leur nationalité française, ces colonisés n’ont pas conscience de l’être et cherchent à imiter le vazaha. Boutiques et marchés furent victimes de la désaffection des consommateurs. Car boutiques et marchés ne représentent pas la référence de consommation de la classe privilégiée : la société de consommation occidentale. Cela explique le monopole de la grande distribution dans le commerce. Or, elle pratique structurellement des prix élevés, car sa clientèle n’est pas la classe des pauvres d’une ancienne colonie.

La Réunion, cas atypique dans les anciennes colonies françaises en Afrique

L’absence de commerces aux prix adaptés au pouvoir d’achat de la classe la plus nombreuse, les pauvres, fait de La Réunion un cas atypique dans les anciennes colonies françaises d’Afrique.

Dans ces pays, les enseignes de la grande distribution pratiquent des prix très élevés comme à La Réunion. Leurs clients sont des touristes et des expatriés ainsi que la classe vazaha locale. Le reste de la population n’y vient pas pour consommer mais plutôt pour voyager en regardant une image du lointain Occident.

Les classes non-privilégiées disposent en effet de commerces pratiquant des prix adaptés à leur pouvoir d’achat : boutiques de proximité, marchés et vendeurs de rue. Cette économie informelle est source de nombreuses activités génératrices de revenus qui permettent de sortir du chômage et de la pauvreté et de maintenir dans l’économie locale les profits générés.

Comme dans toutes les anciennes colonies françaises en Afrique, à La Réunion, les pauvres sont la classe la plus nombreuse. Mais cette classe ne dispose pas de commerces pratiquant des prix adaptés à son pouvoir d’achat : boutiques de proximité, marchés et vendeurs de rue. Elle est contrainte de se ravitailler dans les enseignes de la grande distribution conçues pour fonctionner avec le pouvoir d’achat des touristes et des expatriés ainsi que de la classe vazaha locale. La crise est inévitable traduisant l’impasse du système néocolonial.

Décolonisation des esprits et commerces adaptés au pouvoir d’achat des pauvres, classe la plus nombreuse

Pour en sortir, il est nécessaire de décoloniser les esprits malgré la persistance d’une société de classe coloniale à La Réunion. Cela passe par la rupture du monopole de la grande distribution. La renaissance des boutiques de proximité, marchés et vendeurs de rue permettra d’offrir à la population des commerces adaptés au pouvoir d’achat de la classe la plus nombreuse, les pauvres, à condition que le syndrôme du colonisé qui s’ignore recule. La société de consommation occidentale ne doit plus être la référence, ce qui impose la décolonisation des esprits et la fin du syndrome du colonisé qui s’ignore. Ceci permettra à ces commerces réunionnais de devenir l’acteur principal de la distribution , car les pauvres, la classe la plus nombreuse, seront sa clientèle. Les centres commerciaux n’auront comme clientèle que la classe privilégiée et les touristes, soit une plus faible proportion de la population.

Boutiques de proximité, marchés et vendeurs de rue sont des gisements d’activités génératrices de revenus qui peuvent libérer des dizaines de milliers de Réunionnais de la pauvreté et de l’assistance de l’ancienne puissance coloniale. L’argent venu de Paris dépensé dans ces commerces restera à La Réunion au lieu de retourner en France via les profits de la grande distribution. Cette économie informelle peut être un moyen de remettre en cause la structure coloniale de la société réunionnaise en asséchant les recettes financières du néocolonialisme français. La décolonisation reste un objectif fondamental des communistes. La décolonisation des esprits permettra aux Réunionnais de prendre conscience de ce qu’ils sont et de leurs grandes possibilités par la construction d’une économie permettant d’utiliser l’argent de l’égalité sociale avec la France pour créer des emplois à La Réunion et y structurer une nouvelle économie. Un pas décisif vers le développement de La Réunion sera alors accompli par la classe des victimes du système néocolonial.

M.M.

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