La Réunion hub numérique entre Afrique et Asie ?

ReuNION : un nouveau câble sous-marin pour sécuriser la connexion des Réunionnais à Internet et l’interconnexion avec d’autres câbles

3 septembre, par Manuel Marchal

ReuNION doit relier La Réunion à l’Afrique du Sud en 2028 grâce à un câble sous-marin de 16 paires de fibres. Face à la fin de vie de SAFE et à l’absence de redondance, cette infrastructure de 93 millions d’euros est stratégique. Orange et Free participent au consortium. Avec une future liaison vers Singapour, La Réunion pourrait devenir un hub numérique entre Afrique et Asie. Un enjeu de souveraineté pour l’île.

Un câble sous-marin n’est pas seulement une infrastructure technique. À La Réunion, il conditionne l’accès à Internet, le fonctionnement des entreprises, des administrations et des services publics. Avec ReuNION, l’île prépare une nouvelle liaison vers l’Afrique du Sud destinée à sécuriser ses communications. La participation de Free et d’Orange montre l’importance économique de cette infrastructure. Mais au-delà des opérateurs, l’enjeu est celui de la capacité de La Réunion à maîtriser ses propres réseaux et à transformer sa position dans l’océan Indien en véritable avantage stratégique.

Il suffit d’une coupure pour mesurer notre dépendance. Internet semble immatériel, mais les données qui circulent chaque seconde entre La Réunion et le reste du monde empruntent des infrastructures physiques : les câbles sous-marins. Or notre île demeure particulièrement vulnérable.

Trois câbles assurent actuellement l’essentiel de la connectivité internationale : SAFE, LION et METISS. Leur capacité cumulée atteint 25,2 Tbit/s, largement suffisante pour les besoins actuels. Mais capacité ne signifie pas sécurité. Une étude réalisée en 2022 avait mis en évidence l’absence de redondance complète. SAFE, arrivé en 2002, doit par ailleurs commencer à être retiré du service à partir de 2027.

L’alerte a déjà été donnée. En août 2023, la coupure du câble SAT-3, conjuguée à des opérations de maintenance sur LION2, avait provoqué des saturations et des perturbations des connexions. Un incident qui rappelle une évidence : une île qui dépend de quelques câbles pour communiquer avec le monde est une île vulnérable.

Cette vulnérabilité est d’autant plus préoccupante que les usages numériques explosent. Le trafic fixe et mobile est passé à 2,6 Tbit/s en 2025 et pourrait atteindre 6,4 Tbit/s en 2030. Dans ces conditions, attendre une nouvelle crise pour agir aurait été irresponsable.

C’est tout l’intérêt du projet ReuNION. Le futur câble reliera directement La Réunion à l’Afrique du Sud. Doté de 16 paires de fibres optiques, il doit entrer en service en 2028 et offrir une nouvelle route internationale. L’objectif est notamment de renforcer la sécurité de la connexion à METISS et de disposer d’une véritable alternative en cas de défaillance d’un autre câble.

Le projet associe plusieurs opérateurs et infrastructures réunionnaises. Orange disposera de deux paires de fibres, tandis que Réunicable et Telco OI en auront chacun une. Free participe au consortium par l’intermédiaire de Telco OI. L’opérateur affirme avoir investi plus de 125 millions d’euros à La Réunion depuis son arrivée en 2017.

Orange assumera de son côté l’atterrage du câble. Cela signifie concrètement assurer son arrivée sur le territoire, la station d’atterrissement, les travaux de génie civil et l’interconnexion avec les réseaux terrestres. Orange Marine sera chargé du déploiement du câble.

Mais cette nouvelle infrastructure ne doit pas être regardée uniquement à travers les intérêts commerciaux des opérateurs. Elle pose une question politique majeure : qui maîtrise les réseaux dont dépend l’avenir de La Réunion ?

Le projet ReuNION représente un investissement de 93 millions d’euros et bénéficie de 20 millions d’euros de financement européen. L’engagement de fonds publics et européens montre bien que cette infrastructure relève de l’intérêt général. La connectivité numérique est désormais aussi stratégique que les infrastructures portuaires, routières ou énergétiques.

La lutte pour obliger France Telecom à faire passer SAFE par La Réunion

La Région Réunion l’a compris depuis longtemps. Dès les années 1990, elle s’était mobiliséeaux côtés d’Elie Hoarau à l’Assemblée nationale pour que le câble SAFE desserve l’île. Le projet de France Telecom contournait à l’origine La Réunion et desservait Maurice. Ces interventions avait contribué au développement du haut débit et profondément transformé les possibilités de communication des Réunionnais. Aujourd’hui encore, la collectivité joue un rôle moteur dans ReuNION.

La prochaine étape est déjà envisagée : une liaison vers Singapour, avec des extensions possibles vers Madagascar, Mayotte aux Comores et d’autres destinations de l’océan Indien. L’ambition affichée est de faire de La Réunion un hub numérique entre l’Afrique et l’Asie.

Cette perspective mérite d’être pleinement assumée. La Réunion est située au cœur d’un espace stratégique où se croisent les routes maritimes, commerciales, énergétiques et désormais numériques. Les grandes puissances et les géants du numérique cherchent à contrôler ces flux.

La Réunion ne doit donc pas être seulement un point d’arrivée des réseaux décidés ailleurs. Elle peut devenir un point de passage et d’interconnexion.

Préparer l’économie de demain

C’est là que se trouve le véritable enjeu de ReuNION. Sécuriser Internet aujourd’hui, c’est préparer l’économie de demain. Mais c’est aussi donner aux Réunionnais les moyens de participer aux décisions concernant leur avenir numérique.
Après la dépendance énergétique et les dépendances alimentaires, la dépendance numérique devient à son tour une question de souveraineté. Construire plusieurs routes, diversifier les partenaires et connecter La Réunion à l’Afrique et à l’Asie constitue donc une nécessité.
Le câble ReuNION ne doit pas seulement protéger La Réunion contre une coupure d’Internet. Il doit contribuer à faire de l’île un acteur de l’océan Indien numérique.

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