Conséquence de la fonte de la banquise et de la guerre au Moyen-Orient

« Route de la soie polaire » : La Réunion face au déplacement des routes maritimes mondiales

19 août, par Manuel Marchal

Le déplacement d’une partie des flux commerciaux vers l’Arctique à cause de la crise climatique et de la guerre au Moyen-Orient pourrait réduire le nombre de navires desservant l’océan Indien et renchérir le coût du fret. Pour La Réunion, très dépendante des importations lointaines, cela représente un risque supplémentaire sur les prix et les approvisionnements. Renforcer les échanges avec Madagascar, Maurice, les Comores, les Seychelles et l’Afrique australe devient donc essentiel pour sécuriser l’économie, éviter les pénuries et la flambée des prix des produits de première nécessité, et réduire les dépendances. Les Réunionnais doivent se réveiller !

Le développement de la « Route de la soie polaire » ne constitue pas seulement une évolution stratégique entre la Chine, la Russie et l’Europe. Il peut aussi avoir des conséquences indirectes pour La Réunion et l’ensemble de l’océan Indien. Si une part croissante des échanges entre l’Asie et l’Europe emprunte la Route maritime du Nord au large de la Russie, le trafic passant par l’océan Indien pourrait progressivement perdre de son importance. Pour une île fortement dépendante des importations, cette évolution pose la question du coût et de la sécurité des approvisionnements.

Impact sur le coût du fret et problèmes de pénuries

Le premier risque est celui d’une hausse du coût du fret. Les compagnies maritimes organisent leurs rotations en fonction des volumes transportés et de la rentabilité des lignes. Si les grands flux de marchandises se déplacent vers le nord, certaines rotations dans l’océan Indien pourraient devenir moins fréquentes ou plus coûteuses. Les ports et territoires situés à l’écart des grands corridors peuvent alors subir une « prime d’éloignement » accrue sans oublier les risques de rupture d’approvionnement de certains produits avec des risques de pénuries comme pendant la Seconde guerre mondiale : que mangeront les Réunionnais et à quel prix ?
La Réunion est particulièrement exposée à ce phénomène. Une grande partie de ses marchandises arrive par voie maritime depuis des industries situées à plusieurs milliers de kilomètres. Une diminution du nombre de navires disponibles pourrait entraîner des délais plus longs, une hausse des coûts logistiques et, à terme, une augmentation du prix de nombreux produits importés. Le problème concerne aussi les exportations : moins de possibilités de transport peuvent réduire la compétitivité des productions réunionnaises sur les marchés extérieurs.
Cette perspective montre les limites d’un système économique, le néocolonialisme, fondé sur une forte dépendance aux approvisionnements lointains pour empêcher le développement du pays afin de maintenir la majorité de la population dans la pauvreté et l’économie sous la dépendance de l’argent de la France. Il s’agit de diversifier les sources d’approvisionnement et de renforcer les échanges régionaux.

Importer moins de produits finis depuis l’Europe ou l’Asie

L’environnement géographique de La Réunion est un atout encore insuffisamment exploité. Madagascar, Maurice, les Comores, les Seychelles, mais aussi les pays de l’Afrique australe et orientale forment un marché de plusieurs centaines de millions d’habitants où La Réunion est intégrée via l’APE. Développer les échanges de proximité permettrait de réduire certaines distances, de sécuriser une partie des approvisionnements.
Cette stratégie suppose de renforcer les liaisons maritimes régionales et les coopérations économiques. Elle concerne également l’agriculture, l’industrie, l’énergie et la transformation alimentaire. Produire davantage dans la région signifie importer moins de produits finis depuis l’Europe ou l’Asie.

Les Réunionnais doivent se réveiller !

La « Route de la soie polaire » révèle ainsi une réalité essentielle : les routes commerciales mondiales peuvent changer rapidement. Pour La Réunion, la réponse ne peut pas être seulement de subir ces transformations. Elle doit consister à consolider son insertion dans l’océan Indien et à construire davantage de complémentarités avec les territoires voisins. Dans un monde marqué par les crises géopolitiques et climatiques, la proximité régionale devient un facteur de sécurité économique. Pour La Réunion, cette nouvelle réalité impose une rupture avec un modèle consistant à tout attendre de la France pour réfléchir, décider et s’approvisionner. Il faut se réveiller ! L’île doit définir sa propre stratégie, renforcer ses liens avec son environnement régional et développer des échanges avec Madagascar, Maurice, les Comores, les Seychelles et l’Afrique australe pour sécuriser son avenir.

M.M.

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