Economie

Run Market secoue la grande distribution

Intermarché désormais bien implanté à La Réunion

Manuel Marchal / 25 septembre 2020

Un groupe réunionnais partenaire d’un groupe de « producteurs-commerçants » classé 4e industriel agroalimentaire en France remplace la filiale d’un acteur français de la grande distribution en difficulté : ce changement est devenu effectif depuis 2 mois et les lignes commencent à bouger selon Make Distribution et son partenaire Intermarché. Les 4 hypermarchés Run Market s’appuient sur un leader de la grande distribution qui dit avoir réussi sa transition vers les futurs modes de consommation, ce qui n’est pas le cas d’autres enseignes qui pourraient disparaître lors de futures opérations de concentration.

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« Des enseignes ne prennent pas le virage, elles disparaissent dans des opérations de concentration », indique Benoît Matyin, président du Pôle international du groupe Intermarché.

Depuis le 1er juillet, Make Distribution a repris quatre magasins Jumbo Score cédés par le Groupe Bernard Hayot afin de permettre le rachat par GBH de Vindemia, filiale du Groupe Casino implantée à La Réunion, Madagascar et Maurice. A l’enseigne Jumbo Score a succédé Run Market Partenaire Intermarché. Make Distribution a investi plus de 9 millions d’euros dans la réhabilitation des magasins et les quatre Run Market ont atteint leur vitesse de croisière. Hier dans les locaux de LM Fruits et Légumes, Gabriel Maden, président de Make Distribution a fait le point sur ces deux premiers mois d’activité et d’évoquer les perspectives aux côtés de Benoît Matyin, président du Pôle international du groupe Intermarché.
Rappelons que le rachat de Vindemia par GBH avait soulevé une polémique à La Réunion, des concurrents locaux comptant se partager la dépouille de Vindemia n’ont pu proposer une alternative suffisamment crédible. Or, cette opération a permis l’émergence d’un nouvel acteur réunionnais dans la grande distribution. Make Distribution gère désormais 4 hypermarchés qui appartenaient à la filiale d’un groupe basé en France. En effet, pour obtenir la validation de l’Autorité de la Concurrence, GBH devait céder une partie des magasins acquis. Il s’est tourné vers la société Adrien Bellier, important planteur de cannes à sucre, qui voulait se diversifier.

Intermarché 4e industriel agroalimentaire en France

Les acteurs de la distribution craignaient en effet l’arrivée à La Réunion d’un concurrent réunionnais pouvant s’appuyer sur Intermarché, 4e plus grand groupe agroalimentaire français via 62 usines employant plus de 10.000 salariés. Intermarché occupe notamment la première position dans l’industrie de la pêche. Intermarché adopte un modèle de « producteur-commerçant » lui permettant de maîtriser toute la chaîne de formation des prix.
A titre d’exemple, Benoît Matyin indique que les producteurs de porcs travaillant avec Intermarché bénéficie d’une aide sous forme de prix garanti au cas où les cours descendent trop bas, cette aide est ensuite remboursée quand les cours repartent à la hausse.
Intermarché est déjà présent à La Réunion, via l’enseigne Intermark du groupe Thien-Ah-Koon, au travers de l’approvisionnement de ces supermarchés. Avec Make Distribution, Intermarché va plus loin, sous le statut de « partenariat ». Lancé en 2015, ce programme a eu une première concrétisation en 2016 en Nouvelle-Calédonie, rappelle Benoît Matyin.
Intermarché est déjà présent dans notre région sous la forme d’un partenariat avec une chaîne de magasins à Mayotte, et approvisionne plusieurs grandes surfaces à Madagascar.
D’ailleurs, si les partenaires d’Intermarché souhaitent se développer à Madagascar comme le fait Carrefour via GBH, alors ils seront accompagnés.

« Des enseignes vont disparaître »

L’objectif de ce partenariat est de venir en complément de la production locale et pas en substitution, affirment Make Distribution et Intermarché qui voient déjà un démarrage positif. « 2 mois et demi de présence les lignes ont bougé, les prix ont baissé. Intermarché est capable de fournir des produits de qualité à prix attractifs », indique le président de Make Distribution qui affirme que Run Market a « récupéré une partie de la clientèle qui ne venait plus dans les magasins Vindemia. Actuellement, Run Market et Intermark représentent 16 % de parts de marché à La Réunion, l’objectif est d’atteindre 20 %.
En conclusion, Benoît Matyine insiste sur les mutations de ce secteur économique. Pour lui, il est clair que « des enseignes vont disparaître », car les évolutions technologiques et des habitudes des consommateurs imposent des « virages dans l’activité ». « Des enseignes ne prennent pas le virage, elles disparaissent dans des opérations de concentration, poursuit-il, ajoutant qu’ « Intermarché a fait les virages pour répondre aux attentes du consommateur de demain ».
Manifestement, les anciens acteurs de la grande distribution à La Réunion vont devoir s’aligner sur les prix face à un nouvel acteur partenaire du 4e groupe agroalimentaire français qui ne cache pas ses ambitions à l’international.

M.M.