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Rompre avec un système qui vend aux pauvres à prix d’or des importations venues de l’autre bout du monde
28 avril, par

Malgré des progrès, La Réunion reste loin de l’autosuffisance avec 64 % des besoins couverts en fruits et légumes et 39 % en viande. La dépendance aux importations alimente le monopole de la grande distribution et la vie chère. D’où l’urgence d’un co-développement avec Madagascar pour importer de proximité ce qui ne peut être produit localement, soutenir des circuits populaires de distribution créateurs de dizaines de milliers d’emplois pour les Réunionnais et faire de la souveraineté alimentaire un projet de justice sociale.
Les chiffres présentés le 21 avril lors du comité de suivi du Plan régional de souveraineté alimentaire montrent des avancées. La production locale couvre désormais 64 % des besoins en fruits et légumes et 39 % des besoins en viande. Des progrès, certes. Mais ces chiffres disent surtout qu’une large part de l’alimentation des Réunionnais dépend encore de l’extérieur. Et c’est bien là le cœur du problème.
Car derrière les discours institutionnels sur la souveraineté alimentaire, la réalité reste celle d’une dépendance structurelle. Plus d’un tiers des fruits et légumes consommés et plus de 60 % des besoins en viande ne sont pas produits localement. Dans une île confrontée aux chocs climatiques, aux tensions sur les marchés mondiaux et à la vie chère, cette dépendance est une fragilité.
Elle nourrit aussi un système économique profondément inégalitaire. Une grande partie des importations vient de Thaïlande, du Pakistan, de l’Inde, d’Australie, de Nouvelle-Zélande ou d’Europe. Des milliers de kilomètres parcourus pour approvisionner des rayons contrôlés par les monopoles de la grande distribution. Un modèle qui enrichit quelques-uns, entretient les marges de l’import-export et impose des prix construits pour une minorité privilégiée : bénéficiaires du supplément colonial, expatriés favorisés, clientèle touristique.
Mais ce modèle ne correspond pas à la réalité sociale de La Réunion. Ici, la majorité de la population est pauvre, c’est la classe la plus nombreuse. Et contrairement aux représentations importées de la France, il n’existe pas une large classe moyenne censée soutenir le modèle consumériste des grandes surfaces. Les plus nombreux paient donc leur alimentation à prix d’or dans des circuits qui ne sont pas pensés pour leur pouvoir d’achat.
C’est pourquoi la question alimentaire ne peut être réduite à l’augmentation de la production locale. Elle pose aussi celle du co-développement régional. Si La Réunion ne peut produire seule tout ce dont elle a besoin, alors il faut construire la souveraineté alimentaire avec son environnement géographique naturel, en particulier avec Madagascar.
Madagascar dispose de potentiels agricoles considérables. Organiser des filières de coopération de proximité pour importer ce qui manque à La Réunion serait plus cohérent économiquement, socialement et écologiquement que de faire venir des denrées depuis l’autre bout du monde. Cela réduirait les coûts, limiterait la dépendance aux circuits mondialisés et desserrerait l’emprise des monopoles.
Surtout, cela pourrait nourrir d’autres circuits de distribution : commerces de proximité, marchés forains, vendeurs de rue, réseaux populaires capables de proposer des prix adaptés aux plus modestes. Car la souveraineté alimentaire ne se mesure pas seulement en volumes produits ; elle se mesure à la capacité du peuple à se nourrir dignement.
L’avenir ne peut être dans la seule adaptation du système actuel. Il suppose une rupture : produire davantage ici, coopérer davantage dans l’océan Indien, et sortir l’alimentation de la logique du monopole de la grande distribution dominé par des groupes étrangers. Sans cela, la souveraineté alimentaire restera un slogan. Avec cela, elle peut devenir un projet de justice sociale pour La Réunion.
M.M.
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