Economie

« Spécificités des grandes surfaces alimentaires à La Réunion »

Rapport sur le système de la distribution à La Réunion

Témoignages.re / 13 juin 2019

Une partie de l’étude présentée vendredi dernier à l’Observatoire des prix des marges et des revenus analyse la gestion de l’offre par les grandes surfaces alimentaires. Elle note que le rapport de forces se situe clairement en faveur de la grande distribution sur les producteurs réunionnais. L’étude met aussi le doigt sur une politique de promotion permanente s’appuyant surtout sur des produits locaux, « autant de singularités dont les effets sont pervers voire dangereux pour l’équilibre économique dans la relation commerciale distributeurs/fournisseurs, sur la vie chère comme sur le comportement des consommateurs ».

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Photo Toniox

L’offre développée par les grandes surfaces alimentaires de La Réunion, même si le nombre de références produits proposées est inférieur à celui observé en moyenne en métropole dans les hypermarchés, est très similaire à celle de métropole sans véritable singularisation locale. La part des produits importés dans l’offre des différents enseignes est prépondérante avec quelques disparités notables pour certaines enseignes dans la proportion des importations dans l’assortiment, ce qui laisse malgré tout peu de place à la valorisation de la production locale pourtant suffisante, voire surabondante sur certaines catégories de produits.
La mise en valeur des produits issus de la production locale est très relative, malgré les postures de communication des acteurs, au profit d’une large exposition des marques distributeurs importées, sur lesquelles ces derniers enregistrent des marges sensiblement plus importantes que celle atteintes sur les produits issus de la production locale, compte tenu des spécificités du modèle économique de conception de ces produits de marques propres. Ces réalités constituent un frein économique majeur à la valorisation et à au développement des produits locaux, pourtant plébiscitée par les consommateurs.

« Montant anormalement élevé des marges arrières »

Le modèle économique de la relation commerciale entre les enseignes de la grande distribution et leurs fournisseurs, qu’ils s’agissent des industriels locaux ou extérieurs, ou des importateurs locaux, présente des singularités à La Réunion au regard des pratiques observées en métropole, notamment s’agissant du montant anormalement élevé des marges arrières, et des conditions négociées sur la facture d’achat, comme des contres-parties apportées en matière de coopération commerciale, dont on peut légitimement s’interroger sur la réalité.
Il convient de noter que même si ces pratiques sont le fait de la plupart des acteurs, certains d’entre eux se distinguent par une volonté d’adopter des approches plus équilibrées, mais cette volonté se heurtent à un système perverti dont aucun des acteurs ne veut sortir le premier, craignant d’en faire seul les frais.
Autre particularité des pratiques des acteurs de la grande distribution généraliste, une logique de promotion quasi-permanente poussée à l’extrême, avec des différentiels de prix observés démesurés, entre les prix promotionnels et les prix courants du « fond de rayon », au point de rendre ces derniers illisibles pour les consommateurs.
Autant de singularités dont les effets sont pervers voire dangereux pour l’équilibre économique dans la relation commerciale distributeurs/fournisseurs, sur la vie chère comme sur le comportement des consommateurs.

« Logique économique mortifère »

Par ailleurs malgré le recours massif aux promotions et les postures de guerre des prix affichées par les acteurs, force est de constater que si cette guerre des prix est bien une réalité, elle est aussi clairement en trompe l’œil dès lors qu’elle n’intervient en réalité que sur une part visible certes, mais très minoritaire des ventes des distributeurs et donc du panier d’achat des consommateurs réunionnais. Autrement dit, seuls certains produits à fort volume ou notoriété sont visés par ces promotions comme produits d’appel et en particulier certains produits de la production locale, afin d’augmenter la fréquentation des magasins pour l’achat du panier de courses courantes, dont la plupart des produits le composant ne font l’objet d’aucune promotion, avec de surcroit des prix de fond de rayon excessifs et sur lesquels aucune guerre des prix n’est livrée.

Comme évoqué dans l’analyse du modèle économique des négociations entre les acteurs développés, l’analyse chez les différents acteurs de la part de leur chiffre d’affaires réalisé sur les promotions, révèlent en effet que s’agissant des distributeurs, cette part n’est que de l’ordre de 15 à 30 % seulement, là où cette part est de l’ordre de 40 à 90 % chez les acteurs de la production locale. Une situation établissant un déséquilibre entre les acteurs, et surtout une logique économique mortifère très préjudiciable aux intérêts de tous les protagonistes, des consommateurs aux producteurs et importateurs et y compris les distributeurs.