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Taux d’emploi à La Réunion selon le lieu de naissance : natifs de La Réunion loin derrière ceux de France

Le niveau de formation ne peut seul expliquer un écart de 21 points au détriment des personnes nées à La Réunion

mercredi 5 octobre 2022, par Manuel Marchal


Une étude de l’INSEE montre d’importantes inégalités d’accès à l’emploi en fonction du lieu de naissance à La Réunion. Le taux d’emploi le plus important, 65 %, est l’apanage d’une minorité venue d’un pays d’Occident, la France, alors que celui des natifs de La Réunion se situe à 44 % et ceux des pays de notre région, entre 39 % et 12 %. La différence de niveau de formation ne peut seule expliquer de pareils écarts qui rappellent les inégalités dans un régime colonial ou néocolonial. Identifier clairement les causes de ces inégalités puis les combattre doit logiquement être une priorité des politiques publiques pour l’emploi à La Réunion.


INSEE Analyses n°74 paru le 3 octobre donne un coup de projecteur sur l’évolution du taux d’emploi à La Réunion selon le lieu de naissance. Voici un extrait de cette étude :
« Les personnes nées à La Réunion et en âge de travailler sont de plus en plus souvent en emploi : 44 % des 15-64 ans occupent un emploi en 2018, soit 8 points de plus qu’en 1990. Leur taux d’emploi reste cependant nettement inférieur à celui des natifs de l’Hexagone qui vivent à La Réunion : 65 % en 2018, à un niveau semblable à celui de 1990 ».
Cette étude indique également qu’en 2018, le taux d’emploi des personnes née à Maurice était de 39 %, de 36 % pour celles nées à Madagascar, de 20 % pour les natifs des Comores et de 12 % pour ceux de Mayotte.
Arrivent donc en tête les natifs de France, 21 points devant ceux de La Réunion, 26 points devant ceux de Maurice, 29 points devant ceux de Madagascar, 45 points devant ceux des Comores et 53 points devant ceux de Mayotte.
Par ailleurs, parmi les natifs de La Réunion en emploi, 20 % occupaient un emploi de cadre ou appartenait à une profession intermédiaire. Cette proportion atteint presque 55 % pour les natifs de France, et se situe aux alentours de 17 % pour les natifs d’un pays voisin.

Plus d’un natif de France sur deux cadre ou profession intermédiaire

L’INSEE note qu’en 1990, les natifs de notre région avaient un taux d’emploi plus important que ceux de La Réunion, et leur pourcentage parmi les emplois de cadre et de profession intermédiaire était également plus grand que celui des natifs de La Réunion. « Une recomposition » de cette population causée par l’arrivée plus importante de personnes nées dans l’archipel des Comores explique cette évolution, selon l’INSEE.
Rappelons également que selon l’INSEE, en 2018 les natifs de La Réunion représentaient 82,5 %, ceux nés en France 11,6 % et les natifs de Madagascar, Maurice, les Comores et Mayotte 4,5 %.

Le taux de diplôme ne peut pas tout expliquer

Dans le système économique en place à La Réunion, le diplôme joue un rôle important. Les jeunes qui sont les plus victimes du chômage sont en effet ceux qui ont fréquenté pendant plus de 10 ans l’école de la République sans avoir eu la possibilité d’y obtenir un diplôme.
Il semble malgré tout que le diplôme n’est pas le seul facteur pouvant expliquer la différence de taux d’emploi selon le lieu de naissance. En 30 ans, le taux de diplômés parmi les natifs de La Réunion a été multiplié par 3,5 (de 17 à 60%) alors que le taux d’emploi est passé de 36 % à 44 % et la proportion d’emploi dans l’encadrement et les professions intermédiaires a été multipliée par deux : de 9 % à 20 %.
Durant la même période, le taux de diplômés des personnes nées en France vivant à La Réunion est passé de 76 à 84 %, tandis que le taux d’emploi est resté à 65 % et la proportion d’emploi dans l’encadrement et les professions intermédiaires a varié de 63 % à 55 %.

Le chômage de longue durée est souvent ce qui attend les jeunes qui sortent de l’école.

Des inégalités rappelant celles d’un système colonial ou néocolonial

Ces inégalités selon le lieu de naissance ne peuvent qu’interpeller. Ces interrogations ne peuvent que s’amplifier dans le contexte de pénurie d’emplois que connaît La Réunion. Nombre de diplômés de l’enseignement supérieur sont au chômage, et la proportion augmente si le niveau du diplôme diminue. Conséquence : le choix de l’émigration, notamment vers la France, pour échapper au chômage. Autre possibilité : le recours au travail non déclaré. Mais un emploi dans l’économie informelle ne donne pas de droit à l’indemnisation chômage et à la retraite.
Il est donc urgent d’identifier clairement les causes de ces inégalités de taux d’emploi selon le lieu de naissance à La Réunion car elles sont très particulières. En effet, elles rappellent les inégalités d’un système colonial ou néocolonial, où le taux d’emploi dans l’économie formelle de la population née dans le pays, notamment dans les postes de cadre, est très inférieure à celui de la population venue d’un pays occidental.
Une fois ces causes identifiées, alors la logique veut que des moyens importants soient mis en œuvre pour lutter contre.

M.M.


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