Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Visite de la ministre française du Tourisme
30 août 2025, par

La ministre française du Tourisme passe deux jours à La Réunion, va-t-elle apporter lune contribution de Paris au développement de ce secteur ? À La Réunion, le tourisme repose surtout sur les Réunionnais et les visiteurs venus de France, majoritairement affinitaires, qui dépensent peu. La dépendance au seul marché français, fragilisé par la baisse du pouvoir d’achat, et la politique restrictive des visas ferment l’île aux marchés africains et asiatiques émergents. S’ajoutent des prix trop élevés, le manque d’infrastructures pour les touristes à haut pouvoir d’achatet un déficit de formation universitaire, qui limitent l’ambition d’un secteur au potentiel pourtant immense.
La Réunion a tout pour devenir une destination touristique de référence mondiale : une nature exceptionnelle, un patrimoine culturel unique, un volcan unique au monde, trois cirques classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais derrière ce décor de carte postale, le constat est implacable : notre île est enfermée dans un modèle touristique fragile, dépendant et incapable de s’ouvrir sur son environnement régional. La ministre française du Tourisme passe deux jours à La Réunion, va-t-elle apporter une contribution de Paris au développement de ce secteur ?
La vérité est simple : sans les Réunionnais, l’industrie touristique s’effondrerait. Ce sont eux qui remplissent les hôtels le week-end, fréquentent les restaurants, animent les gîtes et les circuits intérieurs. Les touristes extérieurs, venus presque exclusivement de France, représentent un appoint, mais certainement pas le socle. La Réunion vit donc d’abord d’un tourisme « endogène », financé par le portefeuille des habitants eux-mêmes.
Or, cette dépendance à un seul pays, la France, est un piège. Le pouvoir d’achat s’effondre dans ce pays, et cela se traduit immédiatement par des séjours plus courts, des dépenses réduites et une concentration sur le tourisme affinitaire. Ces visiteurs viennent voir leur famille, dorment chez elle et consomment peu. Peut-on bâtir une économie touristique solide sur un modèle aussi précaire ? Évidemment non.
Le principal obstacle au développement reste la politique française des visas. La Réunion est privée de l’ouverture à ses voisins immédiats : Madagascar, et l’Afrique. Dans ces pays, une classe moyenne émerge, avide de voyages et disposée à dépenser. Mais pour eux, venir à La Réunion est un parcours du combattant administratif. Pendant ce temps, Maurice, Madagascar et les Seychelles déroulent le tapis rouge, attirent des compagnies comme Emirates et encaissent la manne des touristes à haut pouvoir d’achat. À La Réunion, rien. Pourquoi ? Parce que la France a choisi de fermer les portes, au détriment de notre développement.
Faut-il rappeler que des millions d’euros de subventions ont été engloutis sous la mandature de Didier Robert pour tenter soi-disant de développer le tourisme ? Résultat : Emirates se pose à Maurice, Madagascar, aux Seychelles… mais jamais à La Réunion. Car nous n’avons ni les infrastructures, ni la volonté politique de lever les barrières. Ces subventions n’ont servi qu’à masquer l’absence de stratégie autre que le statu quo et le clientélisme avec les aides au voyage pour aller dépenser de l’argent en France plutôt qu’à La Réunion pendant les vacances.
À ce verrou s’ajoute une autre réalité : le coût de la vie. À La Réunion, tout est plus cher. Les hôtels, la restauration, les activités. Pour un touriste international, il est plus rationnel d’aller à Maurice ou aux Seychelles, où l’offre est non seulement plus abordable mais souvent perçue comme de meilleure qualité. Le voyageur compare, calcule, et choisit « mieux pour moins cher ». La Réunion ne peut pas rivaliser tant que ses prix restent déconnectés.
Enfin, un mot sur la formation. À Madagascar, le tourisme est enseigné à l’université. Les futurs professionnels sont formés comme des cadres capables de concevoir une stratégie, d’innover et de s’inscrire dans une vision internationale. À La Réunion, le niveau s’arrête aux techniciens du tourisme, formés en BTS ou en licence professionnelle. Résultat : une filière enfermée dans une logique de gestion à court terme, sans la rigueur ni l’ouverture qu’apporte une formation universitaire. Comment construire une industrie compétitive avec de tels manques ?
Le potentiel de La Réunion est immense, mais il est étouffé par des choix politiques fermés. Tant que nous resterons prisonniers du marché français, tant que les visas bloqueront l’ouverture régionale, tant que nos infrastructures ne seront pas adaptées et que la formation restera au niveau technique, le tourisme réunionnais sera condamné à vivoter, dépendant des Réunionnais eux-mêmes et des visiteurs affinitaires venus de France
Le temps est venu d’assumer une stratégie claire : exiger une politique des visas adaptée, investir dans de vraies infrastructures, créer un cursus universitaire du tourisme et rendre l’île compétitive. La Réunion n’a pas vocation à rester une périphérie oubliée du tourisme mondial. Elle a vocation à être un carrefour entre l’Afrique et l’Asie. Mais pour cela, il faut une rupture avec une politique maintenant le sous-développement et la dépendance aux transferts publics venus de France.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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