Emirates connecte 140 pays à Madagascar

Tourisme : Madagascar regarde le monde, La Réunion limitée à la France

19 septembre, par Manuel Marchal

Madagascar regarde le monde. La Réunion, elle, reste largement tournée vers la France. Cette différence de stratégie touristique révèle une question qui dépasse largement la promotion d’une destination : celle des moyens dont dispose La Réunion pour définir elle-même ses relations avec le reste du monde et créer des emplois dans le tourisme.

Le 16 septembre à Dubaï, le ministère malgache du Tourisme et de l’Artisanat a renouvelé son partenariat avec Emirates. Présente à Antananarivo depuis 2024, la compagnie dispose d’un réseau de près de 140 destinations. Campagnes communes, agences de voyages et tour-opérateurs partenaires : Madagascar peut ainsi utiliser un réseau aérien mondial pour rechercher des visiteurs à fort pouvoir d’achat sur plusieurs continents.
Cette stratégie va au-delà de la publicité. Elle suppose de disposer d’une offre adaptée aux touristes à fort pouvoir d’achat. Le développement d’hôtels haut de gamme, notamment à Nosy Be, accompagne cette volonté de montée en gamme.
La démarche est révélatrice. Madagascar négocie directement avec un acteur mondial pour développer son tourisme. La Réunion, malgré sa position au cœur de l’océan Indien, reste enfermée dans un cadre où les principales règles d’accès au pays, notamment en matière de visas, sont décidées par Paris.
Le constat du Comité Réunionnais du Tourisme (CRT)illustre cette dépendance. Selon les chiffres communiqués par le CRT, 83,6 % des visiteurs extérieurs du premier semestre 2026 provenaient de France. L’organisme annonce une offensive vers l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, le Royaume-Uni et d’autres marchés européens. Mais diversifier à l’intérieur du même espace européen ne signifie pas encore ouvrir La Réunion au monde.

La barrière de la politique migratoire française à La Réunion

Le système des visas renforce cette situation. Pour les ressortissants de nombreux pays, venir à La Réunion nécessite une procédure préalable auprès des autorités françaises : dossier, justificatifs, biométrie, frais et délai d’instruction. À l’inverse, les ressortissants de l’Union européenne sont dispensés de visa, de passeport et de billet retour. Cette différence n’est pas sans conséquence : elle complique la venu de touristes à fort pouvoir d’achat.

Le problème est donc structurel. Comment demander au CRT d’aller chercher des touristes en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient si La Réunion ne maîtrise pas les conditions permettant de les accueillir ? Une campagne publicitaire ne peut pas compenser une politique de visas décidée ailleurs ni l’absence de certaines liaisons aériennes directes.

A Madagascar, les professionnels du tourisme sortent de l’Université

Madagascar travaille parallèlement sur son offre, ses infrastructures et la formation de professionnels du tourisme. Le pays dispose de cursus universitaires consacrés à ce secteur jusqu’au doctorat.
La comparaison concerne également les infrastructures et les compétences. Madagascar accompagne sa stratégie internationale par le développement de capacités d’accueil et par une formation universitaire au tourisme jusqu’au doctorat. Pour attirer des visiteurs du monde entier, il faut des avions, des hébergements adaptés, des professionnels formés.
La Réunion possède une position géographique exceptionnelle, mais son potentiel de carrefour touristique de l’océan Indien reste limité par un système institutionnel construit autour de Paris. L’île peut promouvoir sa destination, mais elle ne maîtrise ni sa politique migratoire, ni l’ensemble de sa stratégie aérienne, ni les conditions d’ouverture de ses frontières.
Pendant ce temps, Madagascar peut négocier directement avec Emirates pour connecter son territoire aux grands bassins mondiaux de clientèle.
L’enjeu pour La Réunion n’est donc pas simplement de mieux vendre son image à Paris. Il est de savoir si un pays situé dans l’océan Indien peut disposer des moyens de construire une politique touristique correspondant à sa géographie, à son environnement régional et à ses intérêts propres.

M.M.

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