Protection bénéficiant à un pilier du néocolonialisme français à La Réunion

Vente d’aliments contaminés à des Réunionnais : pourquoi la grande distribution française n’est-elle jamais condamnée à fermer ?

8 août, par Manuel Marchal

Alors que dix gargottes réunionnaises ont été fermées par l’État pour des raisons sanitaires au premier semestre, les grandes enseignes se contentent souvent d’un rappel de produits contaminés et d’un remboursement des clients. Cette différence de traitement nourrit le sentiment d’une justice à deux vitesses. La protection de la santé publique exige les mêmes contrôles et les mêmes sanctions pour tous, quelle que soit la richesse des acteurs.

Au cours des six premiers mois de l’année, dix gargottes ou restaurants de La Réunion ont été contraints de fermer à la suite de contrôles sanitaires menés par les services de l’État. Les autorités ont justifié ces décisions par la nécessité de protéger la santé publique. Pourtant, un nouvel épisode soulève une question fondamentale : les mêmes règles s’appliquent-elles à tous ?
Hier encore, une enseigne de la grande distribution française a annoncé le rappel d’un produit contaminé par la bactérie Listeria monocytogenes, responsable de la listériose, une maladie pouvant avoir des conséquences graves, notamment pour les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes immunodéprimées. Les consommateurs ont été invités à rapporter le produit afin d’être remboursés.
Cette procédure est devenue presque banale. Régulièrement, des produits vendus dans les grandes surfaces font l’objet de rappels pour cause de contamination bactérienne, de substances dangereuses ou d’anomalies de fabrication. À chaque fois, le scénario est identique : retrait des rayons, communiqué de presse, quelques pièces aux victimes. Puis l’affaire disparaît.

Indulgence pour la grande distribution, sanction pour les créateurs d’emplois et de richesse locale

Pendant ce temps, les petites gargottes réunionnaises subissent des sanctions immédiates pouvant aller jusqu’à la fermeture administrative. Pourquoi une telle différence de traitement ? Si la santé publique justifie la fermeture d’un petit établissement, pourquoi la vente d’aliments contaminés dans une grande enseigne ne conduit-elle pas aux mêmes conséquences ?
Cette différence de traitement alimente le sentiment d’une justice à deux vitesses. D’un côté, des petites entreprises locales, qui créent des emplois et de la richesse sur le territoire, sont frappées sans délai lorsqu’elles enfreignent les règles sanitaires. De l’autre, les acteurs dominants de la grande distribution semblent bénéficier d’un régime bien plus indulgent, alors même que leurs réseaux de vente permettent à un produit contaminé d’être diffusé à une échelle bien plus importante.
Cette situation interroge d’autant plus que la grande distribution occupe une place centrale dans le système néocolonial. La concentration du commerce alimentaire entre quelques groupes favorise une économie de dépendance où une partie importante des revenus injectés par la France dans l’île — salaires surrémunérés, prestations sociales et transferts publics — est captée avant d’être transformée en profits rapatriés en France.

Où est l’égalité de traitement devant la loi ?

Si l’État estime légitime de fermer des gargottes pour protéger les consommateurs, alors la même exigence devrait s’appliquer aux grandes enseignes lorsque celles-ci commercialisent des produits impropres à la consommation. Un simple rappel accompagné d’un remboursement ne peut suffire lorsque la santé de nombreuses personnes est potentiellement mise en danger.
La protection des Réunionnais ne peut dépendre de la taille ou de la puissance économique du distributeur. La sécurité alimentaire exige une égalité de traitement devant la loi. Sans cette égalité, les contrôles sanitaires risquent d’apparaître non comme un instrument de protection de la population, mais comme le révélateur d’un système où les producteurs réunionnais sont sanctionnés avec rigueur tandis que les agents du système néocolonial continuent de bénéficier d’une indulgence difficilement justifiable.

M.M.

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