Essai de variétés de pommes de terre à Piton Hyacinthe

Vi koné koué ki lé in pom’tèr, vou ?

28 juillet 2004

Si à vos yeux, rien ne ressemble plus à une pomme de terre qu’une autre pomme de terre, vous avez tout faux. Et il vous faudra sérieusement réviser votre jugement sous peine que l’on vous fasse avaler n’importe quoi. Tenez-vous le pour dit : de la pomme de terre, il y en a pour tous les goûts et pour tous les usages.

Il y a des pommes de terre qui vous font des frites dont le goût ne vous laisse pas indifférent. Mais cette même pomme de terre n’est peut-être pas la plus indiquée pour un cari ou cuite à la vapeur. Elle n’aura sans doute pas la même saveur sautée, pour accompagner une viande ou un poisson...
Ce n’est pas Grégory Clain, agriculteur de son état à Piton Hyacinthe, qui vous dira le contraire. Avec le concours de la société Hortibel et de l’Armeflhor, il bichonne ces précieux tubercules, les teste, les sélectionne, les compare pour qu’au final, l’agriculteur trouve son compte entre rendement et qualité et pour qu’à l’autre bout de la chaîne, le consommateur ait dans son assiette un légume goûteux à souhait.
Bon, ne chipotons pas : d’aucun vous dira que Piton Hyacinthe bénéficie déjà d’une solide réputation de grenier du Sud, voire de La Réunion pour les légumes en tous genres. Et donc, pas question pour ce village de la Plaine des Cafres de se voir encore octroyer le titre de berceau de la pomme de terre, alors que Notre-Dame de la Paix ou la Grande-Ferme cultivent avec le même bonheur les mêmes tubercules.
Mais chez les Clain, la pomme de terre est une affaire d’expérience autant que de famille. Des décennies durant, M. Clain père a cultivé de la pomme de terre et donc, lorsque son fils Grégory a décidé de se lancer dans l’agriculture, il a donc pris tout naturellement le relais. Mais devant la menace des importations massives, comme dans d’autres domaines, la seule planche de salut est de jouer la carte de la qualité. Et c’est ce que fait Grégory Clain.

Les différentes variétés

Sur une parcelle de son exploitation, Grégory Clain teste différentes variétés avec le concours de la société Hortibel, elle-même importatrice de semences. Et pour que tout le monde soit content, il faut que l’agriculture trouve le bon compromis entre le rendement à l’hectare et la qualité, avec des tubercules homogènes...
Avec un rendement moyen de 20 à 25 tonnes à l’hectare, le résultat est correct et l’agriculteur ne perd pas d’argent. Mais en fonction des endroits et avec l’irrigation, le rendement peut grimper jusqu’à 30 à 40 tonnes à l’hectare. Autant dire qu’avec la perspective de la mise en irrigation des terres de Piton Hyacinthe grâce à la retenue géante (300.000 mètres cubes) des Herbes Blanches, tous les espoirs sont permis. D’autant que, sous nos latitudes, un agriculteur peut espérer deux à trois récoltes par an...
Et c’est ainsi que le champ de pommes de terre, image que l’on attribue, par exemple, à un terrain de football en mauvais état ou une piste d’atterrissage défoncée, se retrouve peuplé de noms qui apportent une once de poésie : Apoline, Aïda, Pamela, Amandine, Alaska, Rubis, Safrane, Chérie et même... Superstar.
Pour une fois, les chercheurs (qui cherchent) ont eu le bon goût de ne pas baptiser le fruit de leur cogitation de signes barbares, de R machin, de ZBX 26-35 ou d’appellations aussi rébarbatives. Quant à la Superstar, elle est pour l’instant celle qui a les faveurs des agriculteurs... et des consommateurs, qui apprécient son goût et sa polyvalence, autant pour les frites que pour d’autres utilisations culinaires.

Quatre variétés au ban d’essai

Pour Joseph Pitarch, patron de la société Hortibel, les essais menés par Grégory Clain ne constituent qu’une étape. C’est en quelque sorte l’épreuve de vérité, car il faut bien dix années de patience pour mettre au point une variété. Et rien que sur la parcelle de M. Clain, pas moins de quatre variétés ont été mises au ban d’essai, dont la Daïfla, Apoline, Corolle et Alama. Ainsi, sur quatre "menées" différentes, les tubercules sont soumis au coup d’œil des techniciens et des agriculteurs.
De son côté, David Gourc, technicien de l’Armeflorh, apporte aussi son savoir-faire. Il rappelle qu’après ces différentes étapes, il y a “LE” test de dégustation à l’aveugle où cette fois, les papilles gustatives sont sollicitées pour attribuer une note en fonction de critères préalablement définis. Un peu comme pour le vin.
Reste toutefois que si ces efforts sont louables, le consommateur, lui, risque d’avoir du mal à s’y retrouver. Quelle pomme de terre pour les frites ? Laquelle pour une cuisson à la vapeur ? Et pour les pommes sautées ? Autrement dit, après ce travail effectué par la recherche, puis sur les parcelles d’essai des agriculteurs, reste la commercialisation. Et là, tout reste à faire, autant pour ce qui concerne la présentation, la connaissance du produit, que pour la... conservation.
Ah, un dernier conseil : méfiez-vous des imitations. C’est bien connu qu’un bon letchis vient de Bras-Canot, même s’il est produit ailleurs. Il en va de même pour la pomme de terre que l’on vous vendra - promis-juré - toute droit venue de Piton Hyacinthe. Un truc infaillible : si l’on vous parle de pomme de terre, ça ne colle pas. La-haut, on vous parle plutôt de pom’tèr... Le terroir ne ment pas !

S. D.


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