Economie

Vie chère : la pression sur la production réunionnaise

Etude sur le modèle de distribution à La Réunion présentée à l’Observatoire des prix des marges et des revenus

Témoignages.re / 11 juin 2019

A La Réunion, les producteurs locaux subissent aussi les conséquences d’un système verrouillé au profit de la grande distribution. Leur relation avec les grandes enseignes est déséquilibrée car au moins 60 % de leurs ventes passent par eux sans alternative. Extrait de l’étude présentée vendredi à l’Observatoire des prix des marges et des revenus.

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Le principe des marges arrières.

Un autre acteur subit les conséquences de ce modèle dominant : les producteurs réunionnais. En effet, Bolonyocte Consulting constate une guerre des prix en trompe l’œil par le biais de la multiplication des promotions : « plus des deux tiers de ces achats donc ne sont pas concernés par cette bataille. L’analyse chez les différents acteurs de la part de leur chiffre d’affaires réalisé sur les promotions, révèle ainsi que, s’agissant des distributeurs, la part n’est que de l’ordre de 15 à 30 % seulement, là où cette part est de l’ordre de 40 à 90 % chez les acteurs de la production locale. »

De plus, l’activité de la production locale « est très largement dépendante des acteurs dominants des grandes surfaces, auprès desquels ils réalisent de 60 à 90 % de leur vente, sans circuit de distribution alternatif sur le marché local, où encore marché extérieur significatif ». Cette dépendance ainsi que leur taille modeste relativement aux grandes enseignes de la distribution, des coûts de production élevés en raison d’un « outil industriel étant sous-exploité pour la plupart des acteurs par l’insuffisance de leur volume de vente », instaurent un déséquilibre dans la négociation avec la grande distribution. En conséquence, ils contribuent significativement aux profits de ces enseignes en leur reversant des sommes connues sous le nom de « marges arrières ».

« Pour la plupart des acteurs de la distribution, les marges arrière exigées notamment au titre de la coopération commerciale, ont atteint des niveaux excessifs, au regard de la marge avant, laquelle est d’ailleurs vidée de son sens. En moyenne et selon l’analyse de la situation de certains acteurs entendus, qu’il s’agisse des distributeurs eux-mêmes ou des fournisseurs (producteurs et importateurs), les marges dites arrières concédées, au titre de la coopération commerciale et des remises de fin d’année, sont de l’ordre de 10 à 30 % du montant des achat annuels et sont variables selon les catégories de produits et la nature de la négociation entre les acteurs.

A cette marge arrière doit s’ajouter la marge dite avant, laquelle, selon l’analyse de certains acteurs représentatifs, s’élève en moyenne de 15 à 25 % et varie également selon les catégories de produits. Au total le cumul de ces différents dispositifs, permet aux acteurs de la grande distribution généraliste de bénéficier d’une marge commerciale (différence entre le prix de vente pratiqué et le prix d’achat, toute bonification comprise et ce compris la coopération commerciale) de l’ordre de 20 à 45 % voire plus, par univers de produit. »