Election d’Anjouan

A qui le fauteuil du Colonel Bacar  ?

16 juin 2008

Qui des 2 favoris Mohamed Djanfaari ou de Moussa Toybou va occuper le fauteuil de l’ex-homme fort d’Anjouan ? Avant même la sortie des résultats il y a d’ores et déjà un gagnant : les Institutions Républicaines. C’est au prix d’une forte mobilisation diplomatique, une implication hardie de la communauté internationale et beaucoup de souffrance humaine que ce scrutin a eu lieu.

Il n’est pas si loin ce 10 juin 2007 où Mohamed Bacar défiant le report du scrutin dans l’île à fait fabriquer ses propres bulletins à Mayotte, et s’est présenté tout seul au suffrage de quelques fidèles et s’est autoproclamé ensuite président élus. Le reste est encore frais dans les mémoires. Les incessantes missions de médiations régionales, africaines et internationales, notamment les nombreux déplacements de l’infatigable Francesco Madeira représentant spécial du président de la Commission Africaine. Après les multiples résolutions d’Addis-Abeba et de Johannesburg demeurées toutes lettres mortes, des Ministres Africains et des diplomates de hauts rangs se sont rendus sur l’île "rebelle"sans obtenir du maître des lieux de nouvelles élections. Ni les sanctions internationales, ni les promesses de pouvoir se représenter ou de se choisir un pays d’exil, ni même les menaces d’une intervention militaire et encore moins les souffrances de ses concitoyens n’ont pu avoir un effet sur les positions du Colonel. C’est justement cette confiance en soit et cette arrogance que le Colonel Bacar a affiché tout au long de cette période hautement tendue qui a conforté dans l’opinion publique la thèse d’un soutien ferme de puissances occultes en particulier la France et ses réseaux.

Lasse des sommets et des conférences ministériels sans effets, le Président des Comores a pris la ferme résolution d’user des moyens militaires pour restaurer l’autorité de l’Etat sur tout le territoire. Des milliers de personnes se sont retrouvées plusieurs fois place de l’indépendance pour des meetings souhaitant, réclamant et soutenant le rétablissement de l’ordre à Anjouan. Cette opération a finalement eu lieu fin mars dernier grâce au soutien militaire et financier de certains pays africains.
Juin 2007, juin 2008, le scrutin si controversé est entrain de se terminer à la grande satisfaction de tous les acteurs, aux premiers rangs desquels se trouvent les électeurs d’Anjouan qui ont enfin pu exercer leur droit citoyen sans aucune entrave.
C’est la raison pour laquelle les vrais gagnant de la journée d’hier sont déjà connus : les Institutions de l’Etat, le peuple comorien, les électeurs d’Anjouan, et les fidèles amis des Comores.

À quand l’épilogue de la tragédie ?

L’unique suspens qui subsiste ce matin est qui des deux favoris est en mesure de prendre soins des blessés corporels et psychologiques, redonner espoir et faire en sorte qu’un tel cauchemar soit à jamais dernière eux ?
Toutefois, ceux qui connaissent les Comores savent également qu’on est encore loin de l’épilogue de cette pièce tragique. En effet l’instabilité politique cause et fruit de tous ces errements est là, présente, toujours menaçante. Il y a un an, la volonté manifestée par tout un peuple de mettre fin au duel stérile entre les exécutifs insulaires et le pouvoir central n’aura eu que très peu de résultats. Il est avéré qu’en choisissant le directeur de cabinet du président de l’Union pour diriger l’île de Ngazidja, ce peuple meurtri a opté pour une gestion concertée et cohérente des affaires de la cité. Cependant c’est avec stupeur que l’on assiste depuis quelques semaines à des attaques en règle du chef de l’Etat venant de son ancien collaborateur. De même en soutenant ouvertement un des candidats au scrutin d’hier, Sambi a pris un grand risque si c’est le Challenger qui gagne. Un risque d’autant plus inutile puisque l’histoire vient de lui enseigner que ce n’est pas nécessairement en soutenant un candidat que l’on se fait un allier.

A. Mohamed

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