Comores

Anjouan : Le début de la fin de la crise

Crise politique aux Comores : débarquement à Anjouan

Témoignages.re / 26 mars 2008

Hier matin, aux premières lueurs de l’aube, l’armée nationale appuyée par les troupes africaines a pris d’assaut les principales villes de l’île d’Anjouan. En fin de matinée, toute résistance a cessé et la population a laissé éclater sa joie en applaudissant les libérateurs.

Les Comores reviennent de loin depuis ce jour d’août 1997 où l’une de ses composantes s’est autoproclamée indépendante. Quatre ans plus tard, après d’intenses tractations, un accord obtenu à l’arrachée a permis de recoller les morceaux. La constitution adoptée en décembre 2001 est un savant compromis entre les Anjouanais qui tenaient à garder l’essentiel des acquis de cette brève période de gestion en solo et les autres qui voulaient revenir au système unitaire qui a toujours gouverné cet archipel. Le processus électoral qui a suivi pour mettre en place les structures prévues par la nouvelle architecture institutionnelle, n’a pas effacé les velléités séparatistes d’Anjouan.

Cependant voulant régner tranquillement, le Colonel Azali principal artisan de cette réconciliation a préféré s’accommoder des sauts d’humeur du maître d’Anjouan plutôt qu’une brouille qui remettrait en cause ses efforts. C’est vers la fin de son mandat de 1er Président de l’Union des Comores qu’il a reconnu publiquement ne pas contrôler Anjouan et sollicité l’envoi d’une force internationale pour sécuriser l’élection de son successeur. Les 600 militaires sud-africains mandatés par l’Union Africaine se sont effectivement assurés du bon déroulement du scrutin de mai 2006 sans que quelqu’un ne pense au règlement de la question de fond : l’existence au sein d’un même pays d’une entité régionale disposant d’une force militaire suffisamment armée depuis la tentative sécession.

C’est plus qu’un contentieux électoral

Le nouvel élu étant originaire d’Anjouan selon le principe de la présidence tournante entre les îles, pouvait difficilement régner sans ramener son île dans le giron national de façon effective. Contrairement à ce qui se raconte à longueur de journée, la discorde entre Bacar le colonel de gendarmerie et Sambi le prédicateur religieux va bien au-delà du contentieux électoral. Il s’agit fondamentalement du refus de l’homme fort d’Anjouan de reconnaître l’autorité de l’Etat et ce bien avant la date annoncé du scrutin. Les acrobaties et les marchandages qui ont abouti à l’installation d’une petite unité de l’armée nationale sur l’île rebelle prédisaient déjà du conflit à venir. Ensuite la confiscation d’une cargaison d’armes destinée à la garde du chef de l’Etat en décembre 2006 pour le rendant ainsi vulnérable a fait monter la tension d’un cran.
A ce moment, les observateurs et aussi les médiateurs internationaux ont vu là l’un des signes annonciateurs d’une grave crise plus profonde.
Le Rubicon fut franchi en mai 2007 lorsque la gendarmerie sous les ordres de Bacar a pilonné le palais présidentiel et fait prisonnier les éléments de l’armée régulière qui s’y trouvaient.
Pour éviter une crise ouverte, l’Union Africaine et le reste de la communauté internationale en véritable médiateurs-équilibristes ont activé leurs va-et-vient incessants dont ils ont seuls le secret pour empêcher l’escalade encore une fois sans chercher à résoudre le problème de fond qui reste le désarmement de cette force commandée par un président de région autonome.
Si c’est depuis la réélection contestée que Sambi a brandi le débarquement militaire, c’est pour se faire des alliés, l’Union Africaine ne pouvant se déjuger devant une telle provocation. C’est la raison pour laquelle malgré les réticences de l’Afrique du Sud, certains pays par amitié mais aussi pour éviter la décrédibilisation de l’institution panafricaine ont accepté de soutenir cette intervention militaire. Au total, c’est plus de 1100 soldats africains qui ont pris part aux opérations ayant permis de réintégrer une fois pour toute Anjouan dans son ensemble naturel. Les habitants de cette île pris en otage depuis des mois n’ont pas caché leur joie en ovationnant les militaires qui ont débarqué à Mutsamudu, Ouani et Domoni aux premières heures de ce mardi 25 mars sans grande résistance.
Mais est-ce vraiment la fin de l’instabilité chronique des Comores ? Bien malin qui osera se prononcer.

A. Mohamed