Comores

Archipel des Comores : l’origine de la tragédie des kwassas-kwassas

"L’aventure comorienne" d’un gouvernement français : les référendums à Mayotte

Manuel Marchal / 17 août 2007

C’est sur la base de deux référendums illégaux sur le plan du droit international que Mayotte a été séparé de l’État comorien. De plus, les conditions dans lesquelles se sont tenues ces deux scrutins étaient loin d’être sereines et amènent à douter de la sincérité des résultats.
Le prix payé aujourd’hui par ces manœuvres néocoloniales d’hier est le drame quotidien qui se joue dans les 70 kilomètres d’océan qui séparent Mayotte d’Anjouan. Le prix est aussi la montée de la violence entre les Mahorais et les autres habitants de l’archipel qui souhaitent séjourner dans l’île aux Parfums.

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2 juillet 1975
"Témoignages" tire les enseignements de la décision du gouvernement d’imposer une nouvelle consultation île par île dans l’Archipel des Comores et apporte un éclairage réunionnais sur cette situation inédite.

Le 22 décembre 1974, 93% de la population du Territoire d’Outre-mer des Comores se prononce pour l’indépendance. Le TOM composé de la Grande-Comore, de Mohéli, d’Anjouan et de Mayotte va donc devenir une République indépendante.
Le 27 juin 1975, à Paris, la majorité parlementaire et le gouvernement giscardien changent les règles : puisque dans une des 4 îles, le résultat du scrutin d’autodétermination était différent, un nouveau référendum sera organisé dans les 4 îles, avec une prise en compte des résultats île par île. Le 22 décembre 1974, 35% des électeurs de Mayotte avaient voté pour l’indépendance. Il faut rappeler qu’à cette époque, Mayotte avait une population de 40.000 habitants, alors que le TOM des Comores auquel l’île était intégrée comptait 300.000 personnes.

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Le référendum du 8 février 1976 à Mayotte fermement condamné par la communauté internationale.

Dans "Témoignages" du 2 juillet 1975 ; le Comité Réunionnais pour la Paix voit dans cette décision du gouvernement la volonté « de porter atteinte à l’intégrité territoriale de l’archipel et à l’unité nationale en détachant Mayotte des autres îles, créant ainsi les conditions d’une tension venant justifier une intervention militaire et l’installation d’une base. Ce serait ainsi la troisième base militaire française de l’Océan Indien après Djibouti et La Réunion. Déjà, les prises de position du gouvernement territorial et de l’Assemblée territoriale comorienne ainsi que des manifestations populaires ont démontré que le peuple comorien se rassemblait pour obtenir l’indépendance de l’archipel tout entier et arrêter l’engrenage de la dislocation, de la sécession et de l’agression militaire ».
Ce rassemblement comorien se traduit par la déclaration d’indépendance du 6 juillet 1975. Acte confirmé par la proclamation du 24 septembre 1976, c’est ce que reconnaît le droit international.

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"Témoignages" rappelle le contexte dans lequel s’est tenu ce scrutin où le résultat donna 99,4% de “non” à l’indépendance dans le cadre de la République des Comores.

Le 8 février 1976, le référendum décidé par Paris a lieu à Mayotte où entre-temps, 2.000 opposants au gouvernement français ont été expulsés. Un an avant, 63% des Mahorais avait voté contre l’indépendance, ce score a gonflé pour atteindre 99%. Un scrutin condamné par l’OUA, et dont le résultat a été obtenu de manière contestable, écrit "Témoignages" du 10 février 1976 : « Ils n’étaient que 64% en décembre 1974. Par la grâce de Michel Debré et d’Olivier Stirn, le tableau a pris des couleurs mirobolantes. D’incroyables et d’invraisemblables couleurs. Comme au bon vieux temps des miracles coloniaux. Comme aux pires périodes des triomphes électoraux arrangés par le pouvoir colonial ».

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"Témoignages" annonce qu’un troisième bulletin sera présent le 11 avril 1976 dans les bureaux de vote au lieu des deux prévus par la loi. Comment croire dans ces conditions à un scrutin serein ?

Mais ce n’est pas tout. Le gouvernement français va organiser un troisième référendum à Mayotte le 11 avril suivant. La question posée est simple : les Mahorais veulent-ils rester un Territoire d’Outre-mer, oui ou non ? Mais le résultat du vote n’allait pas du tout répondre à la question posée !
Un dirigeant de la droite ultra de Mayotte avait en effet décidé de la présence d’un troisième bulletin dans les bureaux de vote. Celui de "oui" au statut de département d’Outre-mer. Et c’est ce "oui" au DOM qui l’emporta à 79,6% !
Résultat, Mayotte devint alors une collectivité territoriale à caractère départemental, puis une collectivité départementale en 2001 après un référendum local en 2000.
Aujourd’hui, les kwassa-kwassa sont le résultat de ces manœuvres qui ont inscrit une instabilité durable dans l’archipel des Comores.
Retour à travers quelques articles de "Témoignages" sur ces événements qui ont plongé l’archipel dans une instabilité durable.

Manuel Marchal

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Un vote qui ne résout rien : le résultat du scrutin du 11 avril ne répond même pas à la question demandée. C’est pourtant sur la base de ce type de consultation que voici 30 ans, s’est mise en place la situation qui provoque le drame des kwassa-kwassa.

Djaanfar Salim Allaoui, Ministre de l’Intérieur d’Anjouan

Sur la base de la réalité historique, la France ne doit rester spectatrice

Dans une interview accordée à "Témoignages" en novembre 2005, le Ministre de l’Intérieur d’Anjouan apporte un éclairage sur l’émigration anjouanaise à Mayotte.

« En 1974, il n’y avait que 60.000 habitants à Mayotte. On a alors encouragé les Comoriens, et notamment les Anjouanais, traditionnellement durs à la tâche, à venir s’installer à Mayotte. Le fait qu’ils n’aient pas de papiers n’a posé aucun problème. Au contraire, comme il s’agissait d’une main-d’œuvre pas chère, les Anjouanais ont été employés et continuent à être employés clandestinement par tout le monde, y compris par les élus qui crient aujourd’hui au "trop-plein". Je le dis et je le répète, les Anjouanais ont la culture du travail. Ils sont agriculteurs, maçons, charpentiers, soudeurs... Ils ont de l’ambition. Malgré les bas salaires, beaucoup d’entre eux se sont élevés dans l’échelle sociale. Ils sont devenus un élément incontournable dans le fonctionnement de l’économie mahoraise.
Ils ont construit des maisons, acheté des voitures, leurs enfants réussissent leurs études et voilà brusquement qu’ils deviennent indésirables. C’est curieux. (...)
Nous estimons que c’est à la France de trouver le cadre légal le mieux approprié pour que nos 2 peuples puissent vivre harmonieusement. Nous ne disons pas cela pour nous défausser - nous sommes prêts à tous les efforts -, mais simplement parce que nous nous basons sur la réalité historique. Par son passé et son action dans l’Histoire récente de l’archipel, la France a de lourdes responsabilités dans la situation actuelle. De ce fait, elle ne peut "filer à la française" et assister en spectatrice au bain de sang qui en train de se préparer à Mayotte si on laisse les choses perdurer. Il y a un déficit de dialogue entre Paris et nous. Nous lui renouvelons notre appel à aider notre peuple à se fixer ici à Anjouan. Nous le faisons de manière d’autant plus pressante que nous sommes désormais confrontés à un nouveau problème, celui du retour massif dans l’île de notre diaspora chassée de Mayotte. Nous ne pourrons pas faire face longtemps à cet afflux de population ».



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  • On dit souvent que c’est avec le passé qu’on fait le présent et avec le présent qu’on prépare l’avenir. J’ai beaucoup apprécié la démarche de Témoignages qui a tenu a éclairer, si besoin était, beacoup de français qui ignorent ou font semblant d’ignorer l’origine du contentieux franco-comorien sur l’île de Mayotte. Nombreux sont ceux qui croient à la "particularité" de Mayotte par rapport aux autres île de l’archipel. On parle même aujourd’hui d’un "archipel de Mayotte" à côté donc de l’archipel des Comores ! De temps en temps il convient donc d’ouvrir les yeux à ces gens-là.

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