Comores

Avons-nous songé à la voie humaniste ?

Question du Collectif Stop Kwassa

Témoignages.re / 17 janvier 2008

Le 9 février prochain, Stop Kwassa Océan Indien organise une marche pour dire stop à la traversée dans le Canal du Mozambique. Guy Ratane-Dufour, porte-parole de Stop Kwassa, apporte sa réflexion sur le sujet.

Témoignages - Présentez-nous Stop Kwassa Océan Indien ?

Guy Ratane-Dufour : Tout d’abord, il faut se dire que Stop Kwassa n’est pas une association politique. Il faut comprendre que c’est totalement apolitique. L’idée de Stop Kwassa, c’est avant tout de trouver des solutions pour que les Kwassa kwassa arrêtent de traverser, et puis de chavirer, et qu’il y ait des morts dans le Canal du Mozambique. C’est pour cela que nous avons un site, et que chacun donne son idée. Mais il n’y a qu’une seule idée qui est vrai, c’est qu’il faut que ça s’arrête. C’est l’idée maîtresse, qui n’a rien à voir avec l’option politique. Stop Kwassa Océan Indien est né aussi parce que le groupe franco-comorien en Métropole a vu un ou deux de mes articles où je parlais d’association avec un autre Etat. Ce sont eux les premiers qui ont commencé à parler de troisième voie, une voie humaniste pour trouver une solution.

Quelle est cette troisième voie, troisième solution, pour que cela cesse ?

- Cette troisième, c’est que pendant un certain nombre d’années, les Comores soient associés à la France pour leur développement. Ça se décline de plusieurs façons. Il faut d’abord analyser les besoins des Comores, voir les solutions pour les développer, et ensuite aller vers un contrat d’association avec les Comores, sans que cela interfère dans la vie publique des Comores, sans aucune ingérence. Si demain il y a un coup d’Etat, les hommes resteront, et les réalisations resteront quoiqu’il arrive. Si demain il y a un changement de majorité, c’est pareil. Si untel meurt, c’est pareil. S’ils décident d’avoir tel ou tel État, telle religion, s’ils décident d’avoir un gouvernement religieux, rien ne les en empêchent. C’est pas parce qu’en France, on ne vit pas sous un gouvernement religieux, que eux ils en auront pas le droit. Même si je suis contre personnellement, on ne peut pas empêcher les gens de vivre s’ils le veulent.

Provoquer le débat

Comment analysez-vous la non réaction” des Réunionnais ?

- La non réaction des Réunionnais ? Toujours pareil, parce qu’ils se sentent concernés et pas concernés à la fois. C’est comme s’ils n’avaient pas envie d’importer un problème à La Réunion. Parce qu’après tout, ils n’en ont pas besoin. On en a déjà assez comme ça. C’est comme à Mayotte. Ils n’ont pas envie surtout que ça bouge. Parce que si on commence à remuer un peu à Mayotte, on va dire “il faut rendre Mayotte aux Comores”. Ça va être la réaction. Donc, c’est pour cela qu’il y a la non réaction de la population. Et la non réaction, c’est à cause des politiques, parce que c’est aux politiques de provoquer le débat. C’est aussi l’objectif de Stop Kwassa Océan, c’est de provoquer le débat. Pourquoi sinon une pétition ? Son but, c’est que le politique se dise : il y en a qui bouge, il faut que je reprenne la balle au bond. Pour l’heure, un seul politique a réagi, c’est Edmond Lauret. Il est tout ce qu’on veut, mais c’est la vérité, je l’ai cité, c’est le seul qui a réagi. Je ne suis pas d’accord avec ce qu’il dit, mais il a réagi au moins. Il y a lui et les journalistes qui ont réagi. C’est bien la preuve que cette pétition, ce n’est pas n’importe quoi. Les journalistes sont beaucoup impliqués, parce qu’ils sont témoins de cela. Et je voudrais qu’on le souligne. A Mayotte, les journalistes témoignent aussi.

Justement, on dit que la Ligue des Droits de l’Homme à Mayotte a bien du mal à faire adhérer la population mahoraise pour dénoncer tout cela ?

- Le problème est simple, ils ne veulent pas. Et c’est bien normal. Ils se disent : si jamais on commence à fouiller dans nos petites affaires ! Ils se disent : on a la belle vie. Quelque part, comparé à ce que vivent les Comoriens. On n’a pas envie de s’ennuyer avec ça. C’est ce que pense la population. Et encore une fois, les journalistes de Mayotte, et entre parenthèse, même RFO, réagissent. Mais la population ne veut surtout pas, mais c’est parce que les politiques ne réagissent pas. Les politiques, soit d’ici, soit de Mayotte, ils ne veulent pas. Qu’est-ce qu’ils disent ? Il faut aller vite, c’est le département. C’est parce qu’il n’y a aucun politique qui est ouvert et qui en parle.

« La France est la mieux placée pour les aider à se développer »

Quelle serait une solution immédiate à mettre en œuvre ?

- D’abord, il faudrait lever le visa Balladur. La suppression du visa Schengen, c’est déjà la première des choses. Il va y avoir tout un tas de trafics autour. Il va falloir que la France gère, mais déjà, c’est la première des choses. Et aussi parler avec les Comores, analyser les besoins et ne surtout pas rentrer dans les conflits concernant Anjouan, etc... Ce n’est pas notre problème cela. S’ils ne s’entendent pas avec Anjouan, s’ils veulent débarquer militairement, ce n’est pas le problème de la France. Si, c’est toujours un problème politique, mais à part. C’est une politique de coopération qui n’a rien à voir. Je trouve que les Comores ont trois magnifiques îles, et il y a un enjeu extraordinaire sur le tourisme. La France est la mieux placée pour les aider à se développer.

Vous n’êtes revenu sur le passé colonial français. Est-ce que c’est du passé colonial qui refait surface ?

- C’est pire que ça. On parle toujours de 1974, mais on ne parle jamais d’avant. Il ne faut pas oublier qu’entre 1908 et 1974, la France s’en fichait complètement de Mayotte. On a commencé à en parler après la départementalisation de La Réunion. On a installé des petits fonctionnaires qui sont planqués. On sait qu’ils viennent 4 ans, ils gagnent du fric, et puis voilà. Mais on s’en occupait pas. Moi, j’y étais il y a longtemps, ce n’était pas vraiment un problème jusqu’à tant qu’il y ait le visa Balladur, jusqu’en 1995. Il y a eu ce référendum scandaleux. Le passé colonial de la France, ce n’est pas seulement depuis qu’il garde l’île. Moi, je ne pense pas personnellement que la France tient tant que cela à Mayotte. Parce que si elle voulait faire un Département, il y a longtemps qu’elle pouvait le faire.

Est-ce que c’est pour garder leur base militaire ?

- En 1974, oui, mais plus maintenant. Maintenant, c’est la population qui veut la départementalisation. Et je pense que ça serait terrible si demain la France décide de restituer Mayotte aux Comores.

Dans le scénario où la France lâcherait Mayotte, est-ce que ce ne serait pas une cause de conflits dans l’Archipel des Comores ?

- Oui, c’est certain. D’ailleurs, les Mahorais ne veulent plus être comoriens. C’est-à-dire que l’on dit Mayotte maintenant. On ne dit même plus les Comores quand on parle de Mayotte. On finit par croire que Mayotte est à des milliers de kilomètres des Comores. Eux, ils ne se sentent plus du tout comoriens. Déjà, les Anjouanais ne se sentent plus comoriens. Plusieurs fois, ils ont demandé leur rattachement à la France.

Propos recueillis par Bbj



Un message, un commentaire ?

Signaler un abus



Messages






  • J’accepte qu’il y ait débat sur cette question mais ce monsieur, qui comme le nom l’indique n’est pas Comorien, a une idée erronée des Comoriens en général et des Anjouanais en particulier. Dire que les Maorais ne se sentent plus Comoriens porte à sourire. Les Maorais ont-ils besoin de se sentir Comoriens ? Ils sont des Comoriens de nationalité française comme d’autres bi-nationaux de chez nous installés dans l’hexagone. Qu’ils le veuillent ou non les Maorais sont et resteront Comoriens, ne serait-ce que par la géographie (certains parlent maintenant d’un "Archipel de Mayotte" ), la langue, la religion et la culture. Le statut politique actuel ou à venir imposé par la France n’y changera rien. Ensuite ce monsieur dit que les Anjouanais ne se sentent plus Comoriens. Comment peut-on développer des informations aussi mensongères que ridicules ? Parcequ’un groupe de gens manipulés ont en 1997 fait croire l’impossible à la population anjouanaisa et voilà que les Anjouanis ne se sentent plus Comoriens. C’est vraiment léger comme reflexion. J’ai l’impression de lire feu Jean-Claude Vallée.

    Quant à la question des kwassa-kwassa et le développement des Comores je crois que Guy Ratane-Dufour n’a rien compris, et ce pour 2 raisons.

    1) Pour tout Comorien, la terre mahoraise est comorienne même si elle est habité par des"Français". A titre d’exemple les Emirats Arabes Unies sont habités pour plus de 70% d’érangers, n’empêche la terre est émiratie. Les Comoriens ont le droit international avec eux, qui reconnait Mayotte comme faisant partie de l’Etat comorien. Ce qui signifie que les Comoriens des autres îles vont et sont chez eux à Mayotte. Pour arrêter donc les morts en mer, il n’ y a qu’une solution et une seule : lever les barrières administratives à savoir le visa Balladur. Ên effet même si les 3 autres îles étaient devenues un "Eldorado" (un vrai, pas comme l’autre) il y a tellement de liens entre elles et Mayotte que les gens continueraient à prendre des risques pour se rendre dans l’île au lagon, si ce visa reste en vigueur.

    2) Le "dévéloppement" des 3 autres îles des Comores par la France, j’en rit : Si en 150 ans de colonisation et 30 ans de coopération, la France n’a pas "dévéloppé" les "Comores" (j’écris Comores pour faire plaisir à notre ami) pourquoi et comment elle le ferait aujourd’hui ? Notre ami devrait comprendre que aider à maintenir le reste de l’Archipel dans l’instabilité et la pauvreté est un argument de poids pour continuer à faire croire aux Maorais qu’ils ne sont pas Comoriens. Il suffirait donc que la France officielle et l’autre officieuse cessent de semer la zizanie dans les 3 îles et le pays décollerait. Rappelez-vous pourquoi, jusqu’à sa mort en octobre 2007, Bob Denard n’a jamais fait de prison ferme malgré tout le mal qu’il a fait aux Comoriens des 3 îles. On est aujourd’hui en 2008 et il n’ y a pas un seul investisseur français dans les 3 autres îles des Comores. Cette France qui est notre "partenaire privilégié" est invisible du paysage économique de nos 3 îles. Souvenez-vous de 1997 au début de la crise anjouanaise : Combien de Français ont été impliqués dans cette grosse manipulation ? D’où venaient les drapeaux Bleu Blanc Rouge hissés sur les maisons ?

    Pour conclure, je dirais à Mr Guy Ratane-Dufour, qu’il ne peut pas balayer d’un revers de main les aspects culturel et du droit internation de la question de Mayotte. Le statut de l’île par rapport aux 3 autres peut être discuté mais les Comoriens des 4 îles devraient être libres de circuler à l’intérieur de leur pays. Sans cela, les ONG auront beau crié au scandale, mais les Kwassa-kwassa continueront à sévir.

    Ali Mohamed
    Comorien d’Anjouan basé à Moroni
    Archipel des Comores

    Article
    Un message, un commentaire ?






  • Les anjouanais ne se sentent plus comoriens ? Dommage que votre analyse se termine par une affirmation aussi fausse ! Voilà qui met par terre la crédibilité de votre analyse ! Vous confondez allègrement les aspirations d’une population à une vie meilleure, soumise depuis des décennies aux dictates de "politiciens" mal intentionnés, confondant les espoirs du peuple avec ceux de leur porte feuille, surfant sans complexe sur les enjeux socio politico perso franco comoriens...Comment voulez vous qu’on s’en sorte ? Dommage !

    Article
    Un message, un commentaire ?