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par le Dr Raymond Vergès

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Comores : taux de participation incohérents entre la présidentielle et l’élection des gouverneurs

Émeutes après l’annonce du résultat de la présidentielle

samedi 20 janvier 2024


Depuis la proclamation des résultats de la présidentielle, Moroni, capitale des Comores, a connu plusieurs journées d’émeutes qui se sont soldées par le décès d’un manifestant et plusieurs blessés par balle. Ce mouvement découle également de la situation sociale de la jeunesse comorienne gravement touchée par le chômage et la pauvreté.
Alors que les élections des gouverneurs et de la présidentielle ont eu lieu le même jour et dans les mêmes bureaux, 190.000 votants ont glissé un bulletin pour l’élection des gouverneurs, tandis que seulement 55.000 l’ont fait pour la présidentielle qui aboutit à la réélection du président Azali.
Sur la base de ce résultat, un collectif de candidats à la présidentielle demande l’annulation des élections.


Aux Comores avaient lieu deux élections le 14 janvier dernier : la présidentielle et le scrutin désignant les gouverneurs. Une partie de l’opposition a boycotté la présidentielle, affirmant que les conditions n’étaient pas réunies pour un vote sincère.
Mardi soir, la Commission électorale nationale indépendante a annoncé des résultats surprenants. Le président Azali a été réélu à une très large majorité des suffrages exprimés, mais les taux de participation interrogent : 190.000 votants ont glissé un bulletin pour l’élection des gouverneurs, tandis que seulement 55.000 l’ont fait pour la présidentielle alors que les électeurs votaient dans un même bureau pour les scrutins.
La proclamation des résultats a été suivie de scènes d’émeute dans la capitale Moroni. Selon « Al Watwan » du 19 janvier, « le bilan matériel et humain s’est avéré important. Selon le docteur Ibrahim Djabir du service des urgences de l’hôpital El-Maarouf, 18 blessés qualifiés de « non graves » ont été pris en charge le premier jour, mercredi, auxquels se sont ajoutés 7 blessés le lendemain jeudi, dont « 6 par balles ». Parmi les victimes touchées par des tirs, Mouslim Ahamada, un jeune homme de 21 ans originaire de Mdjihari ya Hamahame, a perdu la vie, lors d’affrontements avec les forces de sécurité dans les zones de Sahara, à l’est de Moroni. Une autre personne se trouve dans un état grave ».

Le pouvoir accusé

Réagissant à cette situation, le Collectif des 5 candidats a publié ce 18 janvier un communiqué affirmant que « les Comores, au regard des événements qui se déroulent sur l’ensemble des trois îles, vivent une situation insurrectionnelle nourrie par une réaction spontanée d’indignation de la part de sa jeunesse qui représente son avenir ». « La responsabilité exclusive de cette dégradation du climat de paix et de sécurité incombe à Azali Assoumani et son pouvoir de part leur ambition démesurée à se maintenir au pouvoir quoi qu’il en coûte », ajoutent Mouigni Baraka, Aboudou Soefo, Salim Issa Abdillah, Daoudou Abdallah Mohamed et Bourhani Hamidou.
« Des victimes sont à dénombré du côté de la jeunesse résistante. Nous nous inclinons très respectueusement devant la mémoire de ces vaillants combattants de la liberté, de la démocratie et de l’État de droit », indique le communiqué.

Des taux de participation incohérents

Pour le Collectif, « les chiffres annoncés par la CENI traduisent de manière irréfutable une mascarade de mauvais goût. Comment peuvent-ils soutenir que sur 4 électeurs qui se sont présentés aux urnes, seul un électeur a glissé son bulletin dans l’urne, alors que les scrutins pour la présidentielle et pour les gouverneurs ont été harmonisés ? Le nombre total des votants à la présidentielle doit correspondre de manière incontournable au nombre total des votants des gouverneurs dans les trois îles ».
Ces candidats sont déçus des conclusions de la mission des observateurs de l’Union africaine, résultat d’un travail mené avec « légèreté ».
Le collectif a appelé à une journée nationale de protestation qui devait débuter après la prière dans les mosquées ce vendredi.
« Nous sommes attentifs à l’esprit de pondération dont fait preuve l’état major de nos forces de défense et de sécurité tout en dénonçant des comportements va-t-en-guerre observés ici et là », constate le collectif pour qui « au vu de l’ensemble des éléments retenus au cours des scrutins ainsi que de la suite qui en a été donnée par la CENI, l’opinion tant nationale qu’internationale retient que les scrutins du 14 janvier 2024 n’ont pas été ni libres, ni démocratiques ni transparents. Nous ne reconnaissons pas ces résultats et demandons l’annulation pure et simple de ces élections ».
Pour sa part, dans une déclaration le 17 janvier, le président sortant réélu se félicite de la tenue du scrutin et affirme qu’il voudrait que « nous unissions nos synergies, pour répondre, ensemble, aux nombreuses et légitimes attentes de notre peuple. Je voudrais qu’ensemble, nous agissions, contre le chômage, la cherté de la vie et les effets du changement climatique, mais aussi, pour plus de paix et de stabilité ».

Conséquences de la pauvreté et du chômage

Le résultat de la présidentielle ne semble pas être le seul motif de manifestation. Ainsi d’après « Al Watwan », « le ras-le-bol exprimé ces dernières quarante-huit heures par les jeunes émeutiers cache des revendications sociales qui s’entremêlent avec les contestations des résultats du double scrutin du dimanche 14 janvier ».
« Au-delà des revendications post-électorales et des affinités directes ou indirectes avec des candidats, ces jeunes se sentent abandonnés à leur sort par un système censé leur protéger, selon eux, contre un mal-être social dont ils se disent victimes. La pauvreté, le chômage, le manque de perspectives les transforment en bombes humaines. ».


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