Comores

Fuite de Mohamed Bacar et de ses complices : une clarification n’est-elle pas nécessaire ?

Situation aux Comores

Manuel Marchal / 3 avril 2008

Les complices de Mohamed Bacar arrivés à Mayotte par bateau se comptent désormais en dizaines. Tous réclament l’asile politique. Cette immigration de militaires est-elle le résultat d’une succession d’erreurs de surveillance du territoire ? Il est chaque jour plus difficile de croire à la version officielle des autorités françaises. Comment peut-elle être crédible aux yeux des plus de 16.000 Comoriens expulsés l’an dernier, de Mayotte vers Anjouan ?

Les débarquements de militaires, partisans de Mohamed Bacar, se multiplient à Mayotte. Ils mettent en pratique une technique qui semble bien rôdée. Ils arrivent avec des armes, ils se font donc arrêter. Ils en profitent pour demander immédiatement l’asile politique aux autorités françaises. Ils se comptent désormais par dizaines.
Or, pendant ce temps, d’autres bateaux arrivent. Ils transportent des migrants venus d’Anjouan pour se rendre à Mayotte. Mais pas de demande d’asile politique pour eux.
Il est important de rappeler qu’en 2007, plus de 16.000 personnes ont été expulsées de Mayotte vers d’autres îles de l’archipel comorien, en particulier vers Anjouan, distante de seulement 70 kilomètres. En continuant d’accueillir d’autres militaires rebelles à l’autorité comorienne, la France joue un jeu diplomatique pour le moins étonnant. Quelles explications la France peut-elle donner aux dizaines de milliers d’Anjouanais vivant à Mayotte, qui ne bénéficient pas du même traitement de faveur que Mohamed Bacar et ses complices ? Pourquoi les uns seraient des clandestins, et les autres des amis ?

Succession d’erreurs ?

Mettre le débarquement de Mohamed Bacar à Mayotte au crédit d’une défaillance ponctuelle de la surveillance entre Anjouan et Mayotte peut être une thèse défendue. Mais les événements de ces derniers jours prouvent que cette fuite réussie n’est pas une erreur isolée.
Alors, de deux choses l’une. Si les arrivées échelonnées de partisans de Mohamed Bacar sont le résultat d’erreurs successives, alors il apparaît logique de relever de leurs fonctions les responsables de ces erreurs.
Mais si la France ne prend aucune sanction, alors tout le monde pourra clairement tirer les enseignements d’une telle absence de décision.
Par ailleurs, des caisses d’armes portant l’adresse de l’Ambassade de France à Moroni ont été découvertes à Anjouan. Il serait donc intéressant de savoir si la France a décidé de mener une enquête sur ces faits ? Il serait bon de souligner le degré d’implication des personnes concernées.

La loi comorienne inférieure ?

Pour justifier le refus d’un procès de Mohamed Bacar, certains mettent en avant une raison : la peine de mort n’est pas abolie aux Comores. Mais comment peut-on préjuger du verdict d’un tribunal qui n’a pas prononcé son jugement, alors que l’enquête de la justice comorienne n’a pas encore commencé ?
Persister dans cette attitude, cela voudrait dire que la loi comorienne est inférieure à la loi française. Pourtant, la France a participé à la construction du modèle institutionnel comorien. Les juges comoriens manqueraient-ils à ce point de lucidité ?
De plus, Mohamed Bacar et ses amis connaissent très bien les lois comoriennes, et c’est en toute connaissance de cause qu’ils ont décidé de braver les lois de leur pays.
Devant autant de questions, il est urgent que la France donne une explication crédible à tous ces événements.

Manuel Marchal