Comores

L’ACCD’OM appelle au renforcement de la coopération régionale

Comores : pour en finir avec les drames des kwassas-kwassas dans l’Archipel des Comores

Témoignages.re / 22 août 2007

Dans une lettre qu’il a fait parvenir à "Témoignages", Lilian Malet, Délégué général de l’ACCD’OM, souligne l’impasse vers laquelle mène la politique visant à fermer les frontières. Une impasse dont les kwassas-kwassas sont dans notre région la plus tragique illustration. Lilian Malet plaide pour que l’intensification de la coopération régionale permette de réduire l’écart de développement entre les collectivités de la République dans l’Océan Indien et les pays de la région. Une démarche solidaire où les communes ont un rôle important à jouer en partenariat avec l’État, notamment dans le cadre d’une coopération entre La Réunion, l’Union des Comores et Mayotte.
Nous reproduisons ci-après ce courrier des lecteurs avec des inter-titres de "Témoignages".

Tout récemment, un accident d’avion en Polynésie a causé la mort de 20 personnes et a suscité des messages de sympathie à tous les niveaux institutionnels. Le Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer s’est déplacé pour exprimer le soutien de l’Etat et confirmer ainsi la vive émotion provoquée par ce drame. L’Association des communes et collectivités d’Outre-mer a également envoyé aux familles un message de soutien.
Plus près de nous, un énième drame a causé la mort d’au moins 17 originaires des Comores et on ne peut s’empêcher de mettre en parallèle ces deux drames qui touchent directement l’Outre-mer, dans un espace de temps quasi identique, mais pour l’un avec moins d’acuité que pour l’autre. Les deux tragédies se sont déroulées dans les eaux françaises et il est vrai que l’un concerne des ressortissants français et l’autre d’anciens ressortissants français, en l’occurrence des originaires des Comores. Les morts ne sont pas de chez nous, mais la France, d’abord, mais également Mayotte et La Réunion, doivent prendre conscience, pour chacun, de la part de responsabilité qui leur incombe. Plusieurs voix s’élèvent régulièrement pour dénoncer cette situation et appeler à plus de solidarité avec les Comores. Certes, il y a des actions qui sont menées dans ce sens, mais il nous semble qu’une véritable prise de conscience est encore à venir.

La différence de développement

L’immigration clandestine est un véritable problème pour plusieurs régions d’Outre-mer et nous ne sommes pas persuadés que les vraies réponses soient apportées aujourd’hui face à ce qui est vécu comme un fléau aux conséquences dramatiques. Les maires sont directement concernés, et c’est à ce titre que notre association se préoccupe de cette situation. Nous avons participé le 15 avril 2005 au Congrès des élus de Guadeloupe 2005, et le Président est intervenu sur ce thème de l’immigration clandestine : « Car la complexité du sujet soulève de nombreux problèmes transversaux, allant de l’ordre de l’économique, du démographique, du social, du sanitaire, du sécuritaire... à la cohésion sociale, à la scolarisation différenciée, à l’intégration sociale, au logement social, etc... Problèmes auxquels les communes doivent, immédiatement, trouver les solutions, sinon mettre en place un système palliatif d’urgence. L’ACCD’OM regroupant exclusivement des communes de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane, de Réunion, de Mayotte, de Polynésie française et de Nouvelle-Calédonie est naturellement concernée par les immigrations, sous toutes leurs formes ».
Et il soulignait les raisons de cette immigration à partir « de liens historiques, culturels et de lignage. Mais la raison essentielle est surtout due au fait que l’immigration est devenue le moyen de bénéficier, entre autres, des avantages économiques et sociaux liés à "la vie en France" ». Elle enfouit ses rhizomes dans la différence de développement entre le pays d’origine du migrant et de celui du pays qui l’attire. C’est bien la lumière qui attire le papillon ! Quelles sont les solutions possibles ?

Fermer les frontières : un mythe

La solution qui est généralement proposée est d’exercer un contrôle strict des frontières (en Guyane soit, sur 3.000 kilomètres, dont la plus grande partie est dans forêt dense) et des milliers de kilomètres de côtes (des îles et des archipels). C’est dire que ces "frontières" n’existent ni dans la réalité physique (continuité des espaces naturels), ni dans les esprits (terrain de chasse pour les Amérindiens en Guyane, ou liens familiaux ancestraux entre Comoriens, Anjouanais et Mahorais).
Ce ne sont pas les douanes et les frontières qui font l’identité. Cette solution qui, par réflexe, vient toujours à l’esprit, est celle qui consiste à "fermer la porte" en pensant que nul individu ne pourra désormais plus passer. Ce qui laisse à penser que les moyens colossaux qui sont mis en œuvre, quand la décision est prise de contrôler les frontières, relèvent du mythe.
Le nombre de reconduites aux frontières augmente, mais les chiffres de l’immigration clandestine ne diminuent pas pour autant, car les arrestations n’arrêtent pas les aspirations à migrer. Bien au contraire, elles font le bonheur financier de passeurs en tous genres.

L’importance de la coopération régionale

D’autres solutions semblent envisageables. L’une d’entre elles serait de créer les conditions d’un développement suffisant pour que les volontaires de l’immigration préfèrent finalement rester chez eux. En effet, s’ils trouvent les conditions de vie satisfaisantes, il n’y aurait aucune raison pour qu’ils prennent des risques insensés pour "pas grand chose".
D’où l’idée de développer la coopération régionale dans ces zones. L’Etat, en faisant son devoir, ne nous exempt pas d’une prise de conscience générale, condition nécessaire où la posture mercantile prévaut dans cette société où le libéralisme économique en est le fondement même.
Mais rien ne vaut l’action réalisée par la commune qui, elle, touche plus directement la population. La meilleure des solutions réside bien pour nous dans la coopération régionale, et c’est pour cette raison que l’ACCD’OM milite pour une prise de conscience des autorités et des élus d’Outre-mer sur cette nécessité. C’est en ce sens qu’à l’occasion du prochain congrès qui se déroulera en novembre prochain à La Réunion, une réflexion sera menée avec la participation de délégations des Seychelles, de Madagascar et des Comores.

Les collectivités locales en première ligne

Beaucoup de travail reste à faire car en 2005, nous avons déposé un dossier auprès de l’Etat, du Conseil régional, du Conseil général et de toutes les Communautés de communes de La Réunion pour organiser un colloque de réflexion entre Mayotte et La Réunion sur la nécessité, dans le même esprit, d’échanges et de partenariat. A ce jour, aucune réponse des collectivités, et seul le Préfet de l’époque nous avait répondu pour souligner l’intérêt du projet.
De la même façon, nous avons souhaité initier une réflexion sur la nécessité d’une coopération régionale triangulaire Réunion/Mayotte/Comores, sans plus de succès. Il est vrai que jusqu’à présent, les moyens de l’association pour faire entendre sa voix sont restés limités. Nous espérons qu’à l’avenir, les collectivités d’Outre-mer sauront parler ensemble et d’une même voix sur ce sujet qui les concerne en premier plan, même s’il s’agit d’une responsabilité régalienne à la base.
D’une réflexion commune, naîtront des solutions plus humaines et plus enrichissantes pour l’ensemble de nos régions, c’est notre vœu le plus cher pour que ces drames cessent.

Lilian Malet,
Délégué général de l’Association des communes et collectivités d’Outre-mer