Comores

La Grande Comore peut gagner la bataille de l’eau

Un enjeu du 21ème siècle

Témoignages.re / 14 août 2004

La mission conjointe de la Diascom - coordination des associations de la diaspora comorienne - et de l’ONG "Hydraulique sans Frontières" (HSF) pour rechercher des réserves d’eau dans les régions de Hamahamet, Oichili et Mboudé et étudier la faisabilité d’une adduction secondaire dans le Mitsamiouli, s’achève sur des conclusions encourageantes puisqu’elle confirme qu’il existe plus d’eau qu’il n’en faut pour satisfaire la demande de ces régions et de toute l’île.
Plusieurs endroits susceptibles d’abriter des "nappes perchées" ont été mis en évidence dans les régions concernées et devraient faire l’objet de quelques études complémentaires avant d’entamer les forages, a dit le géophysicien et géologue Antoine Bouvier de HSF, au cours d’une conférence de presse à Moroni, mardi. Selon Antoine Bouvier et son collègue Michel Chartier, la réalisation de ces projets qui devrait durer six ans, nécessiterait un investissement d’environ 2 millions d’euros sensés être supportés par plusieurs bailleurs de fonds.
Ce projet inspiré par la diaspora des régions concernées, a suscité beaucoup d’enthousiasme parmi la population locale qui a apporté un appui multiforme aux techniciens français dans les villages. Ici, on a du mal à croire qu’on peut avoir accès à des adductions d’eau dans ces régions habituées à manquer d’eau 7 mois sur 12, bon an, mal an. En l’absence de rivières, les habitants de la Grande Comore ont recours à l’eau de pluie collectée dans des citernes. C’est généralement une eau de mauvaise qualité comme le note un rapport du PNUD : "On peut en effet dire que la quasi-totalité de la population, en dehors de la zone d’influence des villes principales de Ngazidja, a accès à une eau qui est un vecteur potentiel de maladies diarrhéiques".
Cette eau de mauvaise qualité favorise également le paludisme et les maladies de la peau, précise le document d’Analyse commune de la situation de développement de l’Union des Comores, publié en 2002. Seuls les habitants de Moroni et de sa banlieue ont accès à une adduction d’eau classique avec distribution dans les foyers. Trois autres localités, Hayaha, Bangoi et Ntsaoeuni, disposent d’adduction sommaire à partir de puits.
À Anjouan et Mohéli, les habitants peuvent s’approvisionner dans des rivières, mais la qualité de l’eau a été souvent mise en cause parce qu’elle ne fait l’objet d’aucun traitement chimique et bactériologique. Enfin, certaines adductions sont en si mauvais état qu’elles altèrent la qualité de l’eau. Mais on rencontre à Anjouan plus de fontaines publiques qu’en Grande Comore.
Les réserves d’eau à Anjouan seraient en train de s’amenuiser dangereusement. Un rapport du Commissariat au Plan évoque même l’éventualité d’un tarissement possible des réserves de cette île qui a subi plus que les autres, les effets dévastateurs d’un déboisement sans pitié depuis des décennies.