Comores

Le pompier Madeira a encore réussi

Nouvelle crise d’Anjouan

Témoignages.re / 14 mai 2007

De notre correspondant permanent Ali Mohamed

Au lendemain du pilonnage du siège du Gouvernement de l’Union, l’envoyé spécial du Président de la Commission Africaine vient d’annoncer un compromis après quatre allers et retours entre Anjouan et la capitale fédérale.

Autoproclamée indépendante il y a exactement 10 ans, l’île d’Anjouan a réintégré officiellement le nouvel ensemble comorien en décembre 2001. Pour en arriver là, il y a eu les conférences internationales de Tananarive, d’Addis-Abeba et les fameux accords de Fomboni, chef lieu de la plus petite des îles Comores. Cette réconciliation nationale qui a enterré la République Fédérale Islamique des Comores a donné naissance à cette mécanique lourde dont la tête doit tourner entre les îles tous les 4 ans.
Cependant, la stabilité n’est pas revenue pour autant, le conflit de compétence entre l’Etat centrale et les exécutifs des îles ayant empoissonné la gestion des affaires publiques durant toute la première mandature. A ce propos, un haut fonctionnaire proche de l’ancien Président Azali estime que la confiscation de tous les pouvoirs au niveau de Ngazidja était justifiée par la nécessité de faire exister un Etat au moment où Anjouan continuait de traîner les pieds pour intégrer son ensemble naturel : « Si Ngazidja avait reçu toutes les prérogatives prévues par la Constitution avant qu’il n’y ait un dialogue apaisé et une gestion concertée entre les trois îles et l’Union, cela aurait consacré le démembrement de l’Etat ; toutefois, Azali a échoué parce qu’il la laissé la logique politicienne et la corruption gangrener son régime ».

Le prix du compromis

À la faveur de cette présidence tournante, un prédicateur religieux anjouanais a été massivement plébiscité dans les trois îles. Cependant, les velléités séparatistes ont persisté ; ce qui irrite l’opinion et la classe politique à Ngazidja. Halidi Mohamed, membre de la coordination de soutien au Président Sambi, regrette le revirement du gouvernement de l’Union dans le transfert des compétences : « Au lieu de s’allier à Elbak et aux hommes politiques de Ngazidja dans sa croisade contre le Colonel Bacar, il a distribué les postes à des proches sans expérience qui n’en finissent pas de l’induire en erreur ». La dernière en date étant cette précipitation à nommer un remplaçant de Mohamed Bacar et de vouloir l’imposer avec une trentaine d’hommes en terrain hostile. Le dénouement obtenu grâce à la médiation de Francesco Madeira va permettre la tenue des élections plus ou moins dans de bonnes conditions, mais le Colonel rebelle aura prouvé une fois de plus qu’il est le maître de son île.
En effet, pour la énième fois depuis 2001, le Ministre d’Etat mozambicain officiant au service de l’Union Africaine a encore imposé le consensus pour sauver le processus, mais à Moroni, peu sont satisfaits. L’accord obtenu à l’arraché après 4 jours de négociations intenses a permis de libérer les militaires faits prisonniers dans l’attaque de la présidence, le retour de l’armée nationale dans l’île, la démission du président de l’île à condition que l’intérim soit assuré non pas par le président de l’Assemblée, mais par un de ses ministres.

A. Mohamed