Comores

Les Comoriens attendent le soutien des Réunionnais

Présence du Colonel Bacar à La Réunion

Témoignages.re / 29 mars 2008

Moins de 72 heures après la chute du dictateur tant honnis, les Comoriens repartent en croisade. Il s’agit d’un chemin de croix plus tortueux, car c’est contre la puissance française. Ils étaient un millier Place de l’Indépendance à Moroni à dénoncer les autorités françaises de Moroni, de Mayotte et de La Réunion.

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À Moroni, près d’un millier de personnes ont participé à un meeting demandant le retour de Mohammed Bacar afin qu’il soit jugé aux Comores. (photo A.M.)

Décidemment, un peuple qui est fait pour souffrir ne peut jamais connaître la paix et la tranquillité. 25 ans d’instabilité politique entretenue par des mercenaires français avec leurs valets locaux et 10 ans de séparatisme entretenu en misouk par les mêmes réseaux ne pouvaient s’achever en beauté. Il fallait bien que l’éclatante victoire militaire, politique et diplomatique que vient de remporter les Comores soit ternie par quelques coups tordus pour replonger ce peuple martyr dans l’errance et l’éternelle quête de justice.
En effet, l’annonce de la fuite de celui qui a humilié les siens a profondément choqué les esprits et s’est vite transformée en violente colère contre ceux qui l’ont recueilli en premier à Mayotte et l’ont transféré ensuite à La Réunion.
Il s’en est suivi des mouvements spontanés contre les Français à Mayotte, Mohéli, Anjouan et Grande Comore. Puis des manifestations à l’appel des organisations de la société civile et de partis politiques.
Ainsi, hier en fin d’après-midi, près d’un millier de personnes se sont réunies Place de l’Indépendance à Moroni pour réclamer avec véhémence le retour du Colonel Mohamed Bacar afin qu’il soit jugé en territoire comorien. Le meeting qui devait se muer en une marche de protestation à travers la ville s’est dispersé assez rapidement. Pour l’un des organisateurs, la colère était si grande chez les jeunes qu’il était hasardeux de vouloir les canaliser et contenir tout dérapage.
Mohamed Razakou, un haut fonctionnaire présent, trouve la démarche particulièrement insidieuse : « On nous pousse à s’en prendre à Mayotte et à La Réunion, alors que ce sont d’autres, toujours les mêmes, qui tirent les ficelles ».
Un universitaire a répliqué tout de suite à ce propos en disant que c’est justement le moment de découvrir nos amis et nos ennemis : « Nous savons que l’histoire, la géographie, le peuplement nous lient fortement à l’île de La Réunion. Ce rapprochement s’est matérialisé sur le plan politique par la création de la COI, un espace d’intégration économique et d’échanges multiforme. Nous savons également que La Réunion, à l’instar de Mayotte, est sous administration française. Nous ne sommes pas sans connaître l’engagement des Réunionnais aux côtés de nos frères qui sont victimes d’expulsion abusive. Cependant, c’est aujourd’hui que nous attendons leur véritable soutien. Ils doivent montrer plus que jamais leur attachement à la cause comorienne. Et ce, en empêchant que le tortionnaire de centaines de Comoriens ne puisse trouver asile dans cette terre si propre ».
Au vu de la fièvre qui s’est emparée d’une bonne partie de ce peuple généralement très affable, il est à craindre en effet que si Bacar doit trouver refuge à La Réunion, il y a un risque que le sentiment anti-français qui règne actuellement dans les 4 îles des Comores rattrape les Réunionnais.

De notre correspondant A. Mohamed