« I fé pa pouss flèr kou d’baton »
5 zwin, sanmIn kozman pou la rout
Comores
14 août 2008

Des pédagogues et des spécialistes de la langue viennent d’examiner au cours d’un atelier de trois jours à Moroni les conclusions d’une étude réalisée par l’expert comorien résidant à Paris, Mohamed Ahmed Chamanga. Ce dernier préconise l’enseignement de la langue comorienne à tous les niveaux, du primaire à l’université. Nous reproduisons à la suite de larges extraits d’un article paru dans le n° 1117 d’“Al-Watwan’ du 21 juillet 2008, évoquant les grandes lignes de ce rapport et du débat auquel il a donné lieu dans l’archipel.
Les participants devaient notamment mettre en place une commission nationale et s’entendre sur des standards généraux s’agissant de la transcription de la langue avant de songer à créer les outils et autres manuels pédagogiques. « Il serait souhaitable que l’enseignement se fasse intégralement en comorien pendant toute la durée du cycle primaire », a écrit Chamanga dans son rapport, ajoutant : « Les expériences menées un peu partout à travers le monde et notamment en Afrique, montrent en effet que les résultats sont beaucoup plus significatifs lorsque la langue maternelle reste langue d’enseignement ».
Au cours de cette rencontre, des spécialistes de la langue et de la pédagogie dont le docteur Said Soilih, enseignant chercheur à l’Université, Fouad Goulam, Jaffar El-Macelie ou encore le traditionaliste Moussa Issihaka, ont échangé les avis sur les propositions techniques du linguiste. Ils devaient mettre en place, avant-hier après midi, une commission nationale pour la langue et arrêter les règles pour l’orthographe. « Il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’une opération d’alphabétisation », a prévenu Said Soilih, au cours d’un entretien avec Al-watwan, précisant : « nous voulons introduire l’enseignement de la langue ».
De l’avis des participants, les Comores ont quelque peu négligé ce domaine. Il ne faudrait donc pas s’étonner que le pays peine à décoller : « On parle souvent des exemples mauricien ou seychellois. Ces pays ont privilégié l’apprentissage de leur langue », fait observer le directeur du Centre national de documentation et de recherche scientifique, Ainouddine Sidi, qui participait à l’atelier cité.
A l’Université aussi
Chamanga propose « dans un premier temps, l’utilisation de la langue comorienne dans les trois premières années d’enseignement » en progressant d’une classe chaque année et cela dans des écoles pilotes reparties dans les trois îles. « Cette phase pilote durera le temps du cycle entier afin de pouvoir juger de son efficacité. Les manuels et les outils pédagogiques et didactiques de chaque niveau devront être préparés au moins un an à l’avance », écrit-il. Au secondaire, le comorien serait enseigné comme discipline.
Ce serait l’occasion d’initier les élèves aux différentes variantes insulaires de notre langue, et cela dans le but de « permettre une meilleure communication entre les enfants comoriens, de sorte qu’arrivé à un certain niveau, ils soient à l’aise dans chaque variété linguistique comorienne. Pour toutes les autres matières, le français reste la langue d’enseignement ». Le Comorien serait ensuite enseigné à l’Université sachant que la recherche devra tenir compte des études en linguistique africaine bantu.
S’agissant du choix des caractères, la transcription latine a les faveurs des participants. Motif : « la graphie arabe nécessite une adaptation. Cela poserait des problèmes techniques considérables tels que la création d’autres signes pour rendre les sons non attestés en arabe. La graphie latine est plus facile à adapter et permettrait une ouverture au continent partageant le même référent culturel », d’Afrique de l’Est.
Pour rappel, la langue comorienne, qui avait perdu son statut particulier pendant la colonisation, avait été remise à l’honneur sous le président Ali Soilih en 1975. Le Mongozi considérait que l’appropriation de la langue était indissociable de la bataille pour le développement, d’où sa mémorable campagne d’alphabétisation.
Ali Moindjie
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