Élection présidentielle aux Comores

Vers une union renforcée du peuple comorien

21 avril 2006

C’est la première étape de l’élection présidentielle de l’Union des Comores, mais c’est déjà une victoire. Plus que les 3 nominés pour le second tour, le plus grand vainqueur de ce scrutin, c’est la réconciliation nationale.

Officiellement consacrée en décembre 2001 avec l’adoption de la nouvelle architecture institutionnelle par référendum dans les 3 îles de l’Union des Comores, l’unité nationale comorienne était restée assez formelle. L’élection du premier président de l’Union des Comores a marqué une avancée, mais cela n’a pas été suffisant pour ressouder les liens cassés par 3 années de crises séparatistes, pendant lesquelles des propos d’une rare violence ont été échangés. Des personnes ont perdu la vie, des biens ont été saccagés sur l’île d’Anjouan.
Symbole du malaise qui régnait à l’époque : c’est le jour fixé pour le second tour de la présidentielle de l’Union devant se dérouler dans les 3 îles que le chef de l’exécutif d’Anjouan avait choisi de faire son investiture. Depuis, la circulation des biens et des personnes ne subissait pas d’entraves, mais une certaine méfiance persistait encore. Les décisions du président de l’Union ne s’appliquaient que sur 2 îles - Mohéli et Ngazidja - alors qu’Anjouan continuait à faire ses propres lois et les appliquer à sa façon.

Une unité de façade

À l’époque, le gouvernement de l’Union faisait semblant de ne rien voir afin de ne pas rompre la fragile cohabitation qui a été retrouvée. Comme si les velléités sécessionnistes d’Anjouan n’étaient pas suffisantes, le partage des compétences entre le pouvoir central et les îles autonomes allait entraîner un long conflit, notamment à Ngazidja. Cela frôlait parfois l’affrontement physique comme dans l’occupation des bureaux, la gestion des sociétés d’État ou le commandement de certaines unités de l’armée.
Comme si cela ne suffisait pas, Mohéli, dont le président a été élu avec le soutien du président de l’Union, a rejoint le camp des insulaires contre le pouvoir central.
Pendant ce temps, le chef de l’exécutif d’Anjouan soufflait le chaud et le froid s’alliant tantôt à ses collègues des îles pour fragiliser le président Azali, tantôt faisant des concessions au chef de l’État moyennant, il est vrai, quelques avantages au passage pour son gouvernement ou pour lui-même.

Soutien de l’Union africaine

C’est au crépuscule de sa mandature en novembre 2005 que le président Azali a reconnu ne pas disposer d’une quelconque autorité sur l’armée et l’administration sur l’île d’Anjouan. Raison pour laquelle il a adressé un courrier au président de la Commission de l’Union africaine, avouant son incapacité à organiser des élections libres et vraiment transparentes sur cette île.
Le prenant au mot, le comité paix et sécurité de l’UA a approuvé fin mars 2006 l’envoi d’une mission civils et militaires pour sécuriser et superviser l’élection présidentielle.
De ce fait, toute la classe politique reconnaît que c’est grâce à la présence à la fois dissuasive et rassurante de la force interafricaine "AMISEC" qu’on que la campagne se déroule dans des bonnes conditions à Anjouan.

Danses et fleurs de jasmin

Pourtant, bien que cette force ne fut pas omniprésente, des Comoriens venus de Ngazidja et de Mohéli se sont installés depuis des semaines sur la perle de l’archipel pour y battre campagne. Loin des zones sécurisées par l’AMISEC, ces politiciens ont sillonné les villages et les hameaux souvent accompagnés mais parfois seuls à faire du porte-à-porte. Les uns ont des amis de longue date, auxquels ils sont venus donner des consignes de votes, d’autres étaient à la recherche de quelques voix supplémentaires pour leurs poulains.
Ces images retransmises dans les télévisions de Moroni de ressortissants de la Grande Comore, les cous ornés de longues et volumineuses couronnes de jasmin ou dansant dans les places publiques, annoncent bien que le séparatisme est bien derrière nous. Et c’est là la première et la plus grande victoire de ces élections.

M. Aliloifa


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