Des températures aux graves conséquences sanitaires

Alors que la canicule persiste

12 août 2003

Reports d’hospitalisations non urgentes, demande d’aide à l’armée ou aux cliniques privées : les hôpitaux peinent à faire face à un nombre accru de malades. Premières victimes des fortes chaleurs estivales : les personnes âgées.

Le week-end dernier, le centre hospitalier régional d’Orléans a fait appel à l’armée et à des cliniques privées de la région, pour faire face à la recrudescence des admissions au service des urgences. Une hausse impressionnante et directement liée à la canicule : selon un des médecins de garde, jeudi et vendredi « une soixantaine de malades patientaient sur des brancards dans le couloir, en attendant que l’on puisse leur trouver un lit ».
Une situation extrême, mais, en cette période de canicule, c’est l’ensemble du système hospitalier français qui fait face à une forte augmentation du nombre de patients, surtout des personnes âgées. En Île-de-France, les pompiers de Paris ont effectué lors de la première semaine d’août plus de 100 interventions quotidiennes pour des malaises dus à la chaleur.
Dimanche, le président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (AMUHF) Patrick Pelloux a lancé un cri d’alarme. Dans un entretien au "Parisien", il a parlé d’« hécatombe » parmi les personnes âgées. Lors d’une interview diffusée au 20 heures de TF1, il a évoqué le chiffre d’une cinquantaine de morts provoquées en quatre jours par la canicule dans la seule agglomération parisienne. Et le praticien de dénoncer l’attitude des autorités sanitaires, qui selon lui « ne prennent pas la mesure de la gravité de ce qui se passe. Aucun recensement statistique, aucun mot d’ordre général, rien. Pourtant des vieux meurent de chaud ».
Vendredi soir, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris a annoncé qu’en raison de la canicule, elle allait augmenter la capacité en lits d’hospitalisation et reporter ou annuler les hospitalisations programmées non-urgentes. Le directeur du SAMU de Paris relativise par ailleurs l’estimation du Dr Pelloux, estimant difficile de quantifier le nombre de décès imputables de manière directe à la chaleur. Tous se retrouvent cependant pour admettre que la canicule fait des victimes, et notamment qu’elle constitue un facteur aggravant pour les personnes à risque. Selon le Dr Pelloux, « ceux qui meurent ont généralement des pathologies sous-jacentes : des cancers, des problèmes cardio-vasculaires ou d’autres soucis de santé qui les fragilisent ».
Cette chaleur qui frappe les organismes fragiles sévit malheureusement au sein même des hôpitaux, où peu de services sont climatisés. Des responsables FO de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris ont ainsi réalisé au cours de la semaine dernière des relevés de températures dans quatre établissements franciliens. « La température, dans les couloirs, varie de 32° à 37° », selon un de ces responsables, René Valentin. Les établissements publics d’Ile-de-France, juge pour sa part le responsable du SAMU de l’hôpital Avicenne, à Bobigny, « n’ont pas été conçus pour accepter de fortes chaleurs. A chaque vague de chaud, c’est le drame. On a déjà vécu ça en 1976 ».
Pour sa part, le directeur du laboratoire de santé publique de la faculté de médecine de Marseille estime, dans les colonnes de "la Provence", qu’il faut un « plan national pour sauver des vies » face à la canicule. « Cette semaine, s’il n’y a pas un message politique fort, une véritable campagne nationale, des personnes âgées vont mourir », a-t-il précisé. Le professeur se montre critique à l’égard du gouvernement et parle qu’une certaine « indifférence » face à la vague inhabituelle de canicule. « Cela fait des années que je me bats pour faire passer le message sur la mortalité due à la chaleur. J’ai dû financer moi-même les études pour prouver que c’est bien la chaleur qui avait tué il y a 20 ans à Marseille. Encore aujourd’hui, les autorités sanitaires font passer ces décès sous d’autres causes », rappelle-t-il. Jean-Louis San Marco rappelle que les Marseillais ont « tiré les leçons de la canicule de 1983 qui avait causé directement ou indirectement 590 morts ».

Inquiétudes pour la production électrique
La persistance de la canicule risque d’avoir de fâcheuses conséquences sur la production d’électricité en France, a averti dimanche soir EDF alors qu’une réunion interministérielle devait se tenir hier à Matignon sur les risques d’une pénurie d’électricité. La sécheresse et la chaleur accablante qui sévissent actuellement en France et en Europe ont eu pour effet d’augmenter la température des fleuves et des rivières. Cette situation « affecte profondément les capacités de production thermiques (charbon, fuel, nucléaire) et hydrauliques d’EDF, qui ont besoin d’eau pour fonctionner », a expliqué EDF.

Les centrales nucléaires sont toutes situées au bord d’un fleuve ou de la mer, dont elles utilisent l’eau pour le refroidissement, eau qui est ensuite rejetée directement ou après passage dans des tours aéroréfrigérantes. Le gouvernement s’est également inquiété des conséquences de la canicule sur la production d’électricité. Une réunion interministérielle, au niveau des conseillers, a débuté hier matin à Matignon avec des représentants d’EDF et du Réseau de transport de l’électricité (RTE).

Selon Nicole Fontaine, ministre déléguée à l’Industrie, le gouvernement entend « évaluer les besoins, et réfléchir aux moyens de trouver les ressources disponibles ». Il s’agit de « faire un état des lieux précis de la situation, au niveau français comme au niveau européen », a précisé la ministre.

Qualifiant hier la situation de « tout à fait sérieuse » mais pas « alarmante » en matière de risque de pénurie d’énergie en raison de la canicule, la ministre déléguée à l’Industrie Nicole Fontaine a appelé les Français à faire « un simple geste » pour économiser l’électricité.

En marge de cette réunion, le réseau "Sortir du nucléaire" a estimé que le gouvernement et EDF devaient « reconnaître aujourd’hui la faillite de leur politique énergétique, à commencer par le grave échec du nucléaire ». « La France paie ainsi très cher la quasi absence des énergies renouvelables (solaire, éolien), qui feraient merveille actuellement tout en préservant l’environnement », estime l’association.


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