France

Face à la dégradation de la situation économique, la confusion règne au sommet de l’Etat

Finances publiques

Témoignages.re / 23 septembre 2008

Alors que l’examen en Conseil des ministres du projet de loi de finances pour 2009 est annoncé pour vendredi 26 septembre, le Gouvernement peine encore à définir sa stratégie budgétaire et fiscale pour l’année prochaine.
Les démentis succèdent aux annonces, sans qu’il soit possible de démêler le vrai du faux, les mesures véritablement décidées des simples élucubrations de certains ministres.
Ainsi, une farouche bataille oppose actuellement Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire, numéro deux du gouvernement, au Premier ministre et à Eric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique, à propos de l’extension du bonus-malus et la fiscalité verte, prévue lors du Grenelle de l’environnement.
A l’occasion de son déplacement à Rome le 18 septembre, François Fillon a ainsi assuré qu’il n’y avait « pas d’arbitrage » ni « aucune liste » pour l’extension du dispositif de bonus-malus et s’est montré hostile à l’instauration de taxes vertes. Le Premier ministre a également regretté « un peu de précipitation dans la communication » sur ce sujet.
Bref, personne n’est d’accord sur rien, rien n’est décidé et, comme à l’accoutumée, tout le monde attend l’arbitrage du Président pour enfin connaître "LA" vérité !
Cette gestion au coup par coup, sans véritable cohérence d’ensemble (moins d’impôts mais plus de taxes, moins de fonctionnaires mais plus de dépenses), apparaît extrêmement préjudiciable à l’heure même où la dégradation de la situation économique est avérée et où la perspective d’un retour à l’équilibre des comptes publics en 2012, comme promis par le Président de la République à nos partenaires européens, s’éloigne dangereusement.
Le Gouvernement, et notamment la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, a enfin admis la réalité, en reconnaissant un fort ralentissement de l’activité dans la zone euro conduisant à réviser la prévision de croissance pour 2008 « autour de 1% » (pour mémoire, la fourchette retenue dans la loi de finances pour 2008 était de 2 à 2,5%...) et en admettant que l’année 2009 serait également très difficile (la direction générale du trésor et de la politique économique du ministère de l’économie prévoit même une année 2009 plus mauvaise que 2008 avec une croissance comprise entre 0,6% et 0,9%).
D’ores et déjà, les moins-values de recettes devraient atteindre au minimum 5 milliards d’euros dès cette année, tandis que la charge de la dette devrait s’accroître de 4 milliards d’euros sous l’effet de l’inflation et de la hausse des taux d’intérêt.
Au final, le déficit public devrait atteindre 2,7% à 2,8% du PIB en 2008 (au lieu des 2,5% prévus) et il ne devrait pas être véritablement réduit en 2009. Dès lors, l’objectif d’un retour à l’équilibre en 2012 apparaît inatteignable.
Bien sûr, la dégradation de la conjoncture économique mondiale explique pour partie cet échec, mais l’absence d’une politique budgétaire et fiscale claire et durable constitue également une cause majeure de la persistance de déficits élevés, creusés notamment par les cadeaux fiscaux faits à l’été 2007 aux contribuables les plus fortunés.

 Budgetor, Betapolitique