France

La ministre de l’Economie voudrait supprimer l’ISF

Témoignages.re / 5 septembre 2008

Les riches ne sont pas assez riches. Ils paieraient trop d’impôts. Il faudrait les soulager, dit-elle. Quant aux autres, cela ne vient même pas à l’esprit que certains ont du mal à finir les fins de mois.

Supprimer l’ISF (Impôt Sur la Fortune)... Christine Lagarde, ministre de l’Économie, a relancé le débat dans une interview accordée à la “Tribune” lundi en évoquant une réforme de l’impôt sur la fortune. Alors que François Fillon, le Premier ministre, a immédiatement réagi à la proposition de sa ministre par la négative, Laurence Parisot, Présidente du Medef, s’est ressaisie du sujet le lendemain. Elle a jugé sur “RMC” qu’il serait « sain » de supprimer cet impôt qu’elle qualifie de « catastrophe économique » (sic)...

Mais est-il vraiment intéressant d’un point de vue économique de supprimer l’ISF ?
« Il représente 4,4 milliards d’euros de recettes, soit l’équivalent du financement de la Prime pour l’emploi », explique Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, spécialiste en finances publiques. « Supprimer l’ISF revient à accroître une nouvelle fois le déficit sans relancer la croissance », poursuit-il. Pourtant, pour la présidente du Medef, cet impôt coûte cher en fuite de capitaux. Le supprimer serait pour elle « la meilleure façon de conserver des investisseurs dans notre pays et de faire venir d’autres investisseurs qui avaient quitté notre pays ». Pourtant, les facilités offertes par le « bouclier fiscal » n’a pas jusqu’à présent attirer les capitaux qui s’étaient exilés. La menace de la fuite des capitaux, une vieille rengaine que l’on sort à chaque fois.

Une réforme malvenue en pleine crise économique...

Du côté des politiques, quelles que soient les positions au sujet d’un aménagement de l’ISF, il semble mal venu en pleine crise économique. Au PS, la position est unanime. « La suppression de l’ISF est économiquement inefficace et socialement injuste. De plus, dans le contexte économique et budgétaire actuel, tout le monde doit faire des efforts », déclare Michel Sapin, secrétaire national du PS à l’Économie.

Si la question n’a pas été tranchée à l’UMP, une majorité prônerait le maintien de cet impôt. « Ce débat existe au sein de la majorité. Nous l’aurons. Mais une large majorité de l’UMP est opposée à la suppression de l’ISF », déclare Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Et de poursuivre : « Il est normal qu’il y ait une fiscalité sur le patrimoine ». Jean-François Copé, le président du groupe à l’Assemblée nationale, a de son côté déclaré dans un entretien accordé au “Monde” daté de jeudi : « J’appartiens à une majorité qui préfère qu’on baisse les impôts », mais il a préféré balayer d’un revers de main la question de l’ISF : « Je pense qu’un jour ou l’autre, il faudra avoir ce débat. Je ne suis pas sûr que ce soit opportun cette année, compte tenu de la conjoncture économique ». Le principe de contribuer à la solidarité nationale demeure étranger à la politique de l’UMP, obsédés que sont ses membres à faire baisser les impôts pour les plus riches. Ce n’est donc pas une question d’opportunité, mais de justice sociale. Qu’en pensent les parlementaires UMP réunionnais ?

... déjà faite avec le paquet fiscal

La droite met en avant un autre argument pour éluder le sujet : le paquet fiscal mis en place en 2007 a déjà permis d’équilibrer une fiscalité lourde. Notamment avec l’exonération des droits de succession, le bouclier fiscal à 50% et la déduction de l’ISF en cas d’investissement sur les PME. « Cette loi a généré 1 milliard d’euros d’investissements vers les PME », poursuit Frédéric Lefevre.

Ce paquet fiscal, qui équivaut à 14 milliards d’euros, est d’ailleurs, pour Mathieu Plane, un clin d’œil fait par le gouvernement aux plus hauts revenus. Supprimer l’ISF serait un cadeau fiscal de plus, inutile d’un point de vue économique et une erreur politique d’un point de vue symbolique.

« La suppression de l’ISF risquerait de nous faire tomber dans une économie de rentiers »

Selon lui, si des arbitrages sont à faire en termes de fiscalité, ils doivent être faits en faveur de la classe moyenne et des ménages les plus modestes pour leur redonner du pouvoir d’achat. « Car ce sont eux qui consomment. Les hauts revenus, eux, épargnent », explique Mathieu Plane. « Il faut raisonner d’une façon plus globale », rétorque Marc Touati, « l’ISF ne rapporte pas assez par rapport aux ennuis qu’il génère. Il est contourné par la défiscalisation et il participe à la complication de l’imposition. La lutte des classes, c’est fini » (sic !). Et Mathieu Plane de conclure : « Après les crédits d’impôts sur les biens immobiliers et l’exonération des donations des droits de successions, la suppression de l’ISF risquerait de nous faire tomber dans une économie de rentiers ».

Source : 20minutes.fr