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France
L’ancien directeur général de la santé veut aller au-delà de la polémique
20 août 2003

« Dans la situation grave que nous venons de connaître - sans compter les morts différées qui pourraient encore se produire -, la polémique politicienne, d’où qu’elle vienne, est infantile », indique le directeur général de la santé démissionnaire dans un entretien paru dans ’le Monde’. Sa démission lui permet de s’exprimer aujourd’hui plus librement et il donne son point de vue sur la gestion de la crise sanitaire qu’a traversée la France. Le chiffre de 5.000 décès liés à la canicule est avancé.
Mis en cause par son ministre de tutelle, Lucien Abenhaïm a démissionné de son poste de directeur général de la santé lundi. Il explique les raisons de sa décision dans un entretien paru hier dans "le Monde".
« Depuis quelques jours, la gestion de l’alerte vis-à-vis des conséquences sanitaires de la canicule a donné lieu à des mises en cause de la direction générale de la santé (DGS), venues de différents bords, pour des raisons politiques », indique l’ancien directeur général de la Santé dans un entretien paru hier dans "le Monde". « J’ai donc souhaité démissionner pour pouvoir expliquer ce qu’a fait la DGS et donner ma vision de façon parfaitement libre » car selon lui, « il n’était plus possible de s’expliquer calmement et d’avoir une attitude sereine sans démissionner ».
Lucien Abenhaïm revient donc sur la chronologie des événements : « Tout d’abord, il y a eu des alertes, et, ensuite, ces alertes étaient malgré tout incapables d’empêcher un phénomène comparable dans son amplitude à un séisme atteignant 9 sur l’échelle de Richter ». L’ancien directeur général de la santé fait état d’une température nocturne dépassant 23 degrés, « susceptible d’avoir un impact sanitaire ». Le 7 août, Météo France avait lancé un premier avertissement.
« Le 8 août, la DGS a publié un communiqué prévenant des conséquences sanitaires graves qui pouvaient en découler et indiquait les mesures de précaution à prendre », poursuit Lucien Abenhaïm, « le responsable de la DGS pendant mon absence pour congés a accordé un entretien publié le 10 août dans "Le Parisien" évoquant des centaines de morts possibles. C’est ce même jour que Patrick Pelloux - président de l’association des médecins urgentistes de France - était interviewé à la télévision. Le 10 août, l’alerte était donc très largement donnée aussi bien par la DGS que par d’autres relais ».
Climatiser
À partir de la nuit du 10 au 11 août, l’ancien responsable souligne que la France n’avait pas « enregistré une telle canicule depuis 150 ans et (…) a davantage été touchée que ses voisins européens. C’est cette deuxième vague qui a entraîné plusieurs milliers de décès du 11 au 16 août. La comparaison de la courbe des températures et de celle des décès montre parfaitement ce pic épidémique à partir du lundi 11 août ».
Interrogé ensuite sur l’existence de « dysfonctionnements dans la gestion de cette crise sanitaire », Lucien Abenhaïm relate que son service n’avait par reçu d’alerte en provenance de l’Institut de veille sanitaire « avant le 13 août ». « C’est clairement la preuve d’un manque dans nos systèmes d’information », affirme-t-il.
« Les questions à se poser sont de savoir si on pouvait mieux prévenir les décès et si le système de soins a été suffisamment mobilisé », poursuit-il avant d’indiquer que « sur le plan de la prévention des décès, les mesures préventives ont été précisées dès le communiqué du 8 août ».
Or, rappelle-t-il, « 50 % des décès ont concerné des personnes vivant en institution et que les maisons de retraites, hôpitaux, etc., étaient informés des mesures préventives ». Pour lui, « la seule mesure réellement efficace c’est la climatisation (…) en faisant dormir les personnes les plus vulnérables (…) dans une pièce où la température demeure inférieure à 23 degrés (…) on aurait pu véritablement changer les choses ».
Le ministre aussi bien informé
Lucien Abenhaïm indique par ailleurs qu’il a demandé le 12 août dernier au cabinet du ministre de la Santé « de convaincre Matignon de mobiliser les hôpitaux militaires et ceux de la Croix-Rouge car, contrairement à ce qui avait été affirmé auparavant, la situation ne me paraissait pas maîtrisée ».
Alors que le ministre de la Santé a déclaré avoir été mal informé du désastre qui se déroulait, l’ancien directeur général de la Santé précise que « le communiqué de la DGS du 8 août a, comme les autres, été porté à la connaissance du cabinet du ministre ».
« À partir du 11 août, quand il est apparu qu’une deuxième vague se produisait, tout le monde a travaillé avec les mêmes informations », poursuit-il en affirmant que « toutes les informations que la DGS a reçues ont été transmises au cabinet du ministre ». « Nous lui avons indiqué que le nombre de décès plausiblement dus à la canicule pourrait aller jusqu’à 3.000. À partir du 13 août, je lui ai signalé qu’il était difficile de se prononcer mais que les chiffres pourraient excéder cette hypothèse », conclut-il.
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