Droit syndical : Harcèlement à Marseille

Le syndicaliste Charles Hoareau fiché comme un délinquant

28 avril 2004

L’information est donnée par “L’Humanité” de lundi : Victime des lois Sarkozy, le leader des comités de chômeurs CGT de Marseille doit être inscrit au fichier des empreintes génétiques. Les intertitres sont de “Témoignages”.

C’est évident : Charles Hoareau est un grand criminel. Pensez... Ce dangereux délinquant emploie tout son temps, depuis des années, à défendre chômeurs et sans-papiers dans les Bouches-du-Rhône ! Un gangster, donc, qu’il s’agit de surveiller et de répertorier comme tel.
C’est en tout cas ce que doit penser la police judiciaire qui a signifié au responsable des comités de chômeurs CGT de Marseille sa prochaine inscription au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Le 14 avril dernier, il a dû se rendre au commissariat afin de subir un “prélèvement biologique” en bonne et due forme. Une première pour un dirigeant syndical.
En fait, Charles Hoareau est l’une des - nombreuses - victimes du durcissement des lois sarkoziennes. Créé en 1998, le FNAEG ne concernait, au début, que les infractions sexuelles. En novembre 2001, lors de l’adoption par la gauche de la loi sur la sécurité quotidienne, ce fichier a été étendu une première fois à d’autres crimes et délits : homicides, terrorisme, vols à main armée, etc. Le 18 mars 2003, Nicolas Sarkozy, dans sa frénésie sécuritaire, fit du FNAEG un véritable outil de contrôle tous azimuts. Désormais, tous les crimes et délits sont concernés.
Pis : jusqu’ici, seuls les profils génétiques des personnes définitivement condamnées pouvaient être conservés. Cette fois, toute personne mise en cause, c’est-à-dire simplement suspectée, peut être insérée dans la base qui ne détruira les informations qu’au bout de... quarante ans !

10 convocations

Inutile de dire que Charles Hoareau ne pouvait échapper aux critères du ministère de l’Intérieur. Depuis des années, le bouillant syndicaliste connaît par cœur le harcèlement judiciaire. En quinze ans, il a été convoqué une bonne dizaine de fois devant le tribunal correctionnel. La plupart du temps, il a été relaxé.
Sauf en 1997, lorsqu’il a bousculé un huissier venu saisir une femme qui ne percevait que 2.000 francs par mois avec son enfant leucémique... "Je voulais simplement empêcher qu’on lui prenne ses meubles", dit-il.
Sauf, aussi, en 2000. Quelques mois plus tôt, il s’était rendu au Vieux-Port de Marseille pour s’opposer à l’expulsion d’un Tunisien sans papiers. Alors qu’il appelle la préfecture pour négocier, les CRS chargent, matraques en avant, devant les caméras de France 3. Plusieurs militants CGT se retrouvent à l’hôpital. Charles Hoareau, lui, sera mis en garde à vue quelques jours plus tard. Puis, contre toute attente, condamné, début 2000, à cinq mois de prison avec sursis !

Perversité

C’est cette peine qui vaut aujourd’hui au leader syndical d’être inscrit au fichier des empreintes génétiques. Selon lui, le jour de sa convocation au commissariat - le 14 avril - n’a pas été choisi au hasard : c’était la veille de la condamnation de l’UNEDIC par le tribunal de grande instance de Marseille. "Je suis le premier syndicaliste touché par cette loi scandaleuse", s’agace Charles Hoareau. On ne peut pas tolérer que l’on banalise ainsi le fichage des gens.
La CGT, elle, dénonce les dérives de telles pratiques. "Nous avions dénoncé la perversité d’une loi qui traite de la même façon les pédophiles, les trafiquants de drogue et les auteurs de délits mineurs", souligne la centrale syndicale. "Nous constatons aujourd’hui qu’elle peut aussi être utilisée pour combattre l’action syndicale".
Depuis quelques jours, une pétition a été lancée pour exiger "l’arrêt immédiat de la procédure concernant Charles Hoareau" et un débat national avec "le réexamen des lois sécuritaires accumulées depuis dix-huit mois".
Le responsable syndical, lui, a demandé un rendez-vous avec le procureur de la République. Il est bien conscient des risques encourus en refusant cette inscription au FNAEG : comme le prévoit l’article 706-56 du Code de procédure pénale, "refuser de se soumettre à un prélèvement biologique destiné à permettre l’analyse d’identification de son empreinte génétique est puni de six mois d’emprisonnement et de 1.143,37 euros d’amende"...


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Témoignages - 82e année


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