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83 morts et 5 disparus suite au naufrage du Francia : deuil national à Madagascar

Catastrophe entre l’île Sainte-Marie et la côte Ouest de Madagascar

jeudi 23 décembre 2021, par Manuel Marchal


Aller de l’île Sainte-Marie à la côte Ouest de Madagascar ne devrait être qu’une banale traversée. Mais de nombreuses personnes prennent le risque d’embarquer sur des navires à la sécurité douteuse car elles ne disposent pas de revenus suffisants pour un autre moyen de transport. Le naufrage du Francia a fait au moins 83 morts, c’est un drame rappelant les inégalités dans le monde découlant de la colonisation et amplifiée par la domination du capitalisme mondialisé. En raison de l’ampleur de la tragédie, ce 23 décembre est décrété jour de deuil national à Madagascar.


La tragédie a encore pris de l’ampleur hier, avec la découverte de 44 corps sans vie des côtes de l’île Sainte-Marie à celles de Soanierana Ivongo, ville de la côte Ouest de Madagascar. Un navire avec 138 passagers à son bord a sombré le 20 décembre en faisant la liaison entre l’île Sainte-Marie et la côte Ouest de Madagascar.
Selon 2424.mg, « les funérailles sont prévues ce mercredi, et un enterrement collectif devait avoir lieu dans une fosse commune à Soanierana Ivongo. Rapportant les compte-rendus de l’Organe mixte de conception local, le ministère indique que les cadavres commencent à se décomposer, ce qui a amené à cette décision ».
Ce drame est d’une ampleur considérable à Madagascar. Hier 21 décembre, le président de la République, Andry Rajoelina a « déclaré jour de deuil national le jeudi 23 décembre sur l’étendue du territoire de la République de Madagascar en mémoire des victimes du naufrage du bateau Francia à Soanierana Ivongo. Durant cette journée, le drapeau national sera mis en berne sur tout le Territoire National de la République de Madagascar ».

La pauvreté pousse à mettre sa vie en danger

Cette tragédie rappelle l’impact des inégalités dans le monde. En effet, pour traverser un bras de mer, en Occident il est possible d’utiliser l’avion ou le ferry. Les risques sont maîtrisés et les catastrophes sont rares. Le coût du passage peut aller jusqu’à quelques dizaines d’euros, soit quelques pour cent du salaire minimum.
Mais ce n’est pas le cas dans de nombreux pays en développement. La tragédie du Francia a eu lieu quasiment en face de La Réunion, dans les eaux de l’océan qui relie notre île à Madagascar. Une telle traversée est un acte quotidien, mais malheureusement risquée. En voyant les images du Francia, il est difficile d’imaginer comment 138 passagers pouvaient se trouver simultanément à bord. Le bateau était manifestement en surcharge de passagers, et il n’était pas parti de Soanierana Ivongo où des contrôles sont effectués habituellement.
Si des personnes prennent chaque jour le risque d’embarquer dans de telles conditions d’insécurité, c’est parce qu’elles vivent dans un pays qui a été pillé par la colonisation, et qui est encore loin d’être remis de cette période comme en témoigne la grande pauvreté de la majorité de sa population. Elles n’ont pas le choix, si elles veulent aller de l’île Sainte-Marie au continent, elles doivent prendre le risque d’une telle traversée, car elles ne peuvent accéder aux bateaux qui transportent les touristes dans de bien meilleures conditions de sécurité.

Conséquence des inégalités dans le monde

Ce naufrage renvoie à celui du Joola en 2002 au large des côtés du Sénégal. Ce bateau était dans un état de vétusté qui faisait courir un danger à ceux qui l’utilisaient. Il était pourtant un lien indispensable entre Dakar et Zinguinchor. Dans sa dernière traversée, le Joola était surchargé avec plus de 1800 passagers, soit l’équivalent du nombre de personnes pouvant embarquer sur un paquebot. Son naufrage fit 1800 victimes, plus que celui du Titanic.
Ce drame rappelle aussi qu’entre Anjouan et Mayotte, Paris impose un visa pour tout ressortissant comorien qui veut se rendre dans une île qui fait partie de leur État selon le droit et la communauté internationale. En effet l’ONU considère que Mayotte est un territoire comorien administré par la France.
Cette barrière administrative a favorisé tout un trafic de traversées clandestines, où le respect des normes de sécurité est accessoire avec pour conséquence des milliers de morts noyés depuis 25 ans.
Les inégalités issues de la colonisation et qui s’amplifient avec l’extension du capitalisme dans le monde sont la source de nombreuses injustices qui tuent chaque jour des milliers de personnes.

La sécurité maritime priorité de la présidence française de la COI ?

Le drame du Francia en est une des conséquences. Il rappelle toute l’importance de poursuivre le combat contre ce système en développant la solidarité entre les peuples. Tel était notamment le message adressé par le PCR à la présidence française de la Commission de l’océan Indien, lui demandant de mettre à son ordre du jour la sécurité dans les eaux malgaches et comoriennes. Mais ce sujet n’intéresse pas l’ancienne puissance coloniale qui utilise la COI pour servir ses intérêts au sein d’une stratégie pilotée par Washington visant à contrer la Chine. La tragédie du Francia montre bien que cette question est pourtant essentielle.

M.M.


138 personnes s’entassaient sur ce bateau.





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