La régulation des plateformes numériques étrangères condition de la sécurité nationale

Cyberattaque pilotée de l’étranger pour déstabiliser Madagascar : la bataille pour l’accès aux richesses malagaches

8 octobre 2025, par Manuel Marchal

La dépendance de la population de Madagascar à Facebook, principale source d’information, crée une vulnérabilité stratégique. Ce risque est exacerbé par la politique de Washington et les enjeux autour des minerais stratégiques du pays. La fin des programmes de modération de la plateforme ouvre la porte à des cyberattaques informationnelles visant à déstabiliser le pays pour contrôler ses ressources. Ce cas démontre l’urgence pour les États de réguler les plateformes numériques étrangères, cette régulation devient une question de sécurité nationale et de souveraineté.

Face à la montée des cyberattaques et des campagnes de désinformation, le contrôle des plateformes numériques est devenu une question de souveraineté nationale, comme le révèle une analyse de la situation à Madagascar.
« La République de Madagascar fait actuellement face à une cyberattaque massive associée à une campagne de manipulation numérique ciblée, d’une ampleur sans précédent, visant à déstabiliser les institutions républicaines, à semer des troubles à l’ordre public, et à porter atteinte à la souveraineté nationale.
Selon les analyses de nos services spécialisés, cette opération a été pilotée initialement depuis l’étranger par une agence aux moyens technologiques avancés. Planifiée et exécutée à l’aide de technologies d’intelligence artificielle, elle a pour objectif de manipuler l’opinion, influencer les perceptions et exploiter la vulnérabilité d’une partie de la jeunesse malagasy.
Des messages à caractère sensible sont diffusés de manière ciblée vers la jeunesse et les influenceurs à large audience, en s’appuyant sur des algorithmes. L’objectif de telles manœuvres est de créer les conditions propices à l’émergence d’un alignement politique favorable à des groupements d’intérêt économique et politique, avec pour finalité un accès facilité aux ressources stratégiques de la Nation. », indique un communiqué de la ministre des Affaires étrangères adressé ce 3 octobre à la communauté internationale.
Dans quel contexte intervient cette cyberattaque à l’origine de l’utilisation politique des manifestations pour l’accès à l’eau et à l’électricité ?

La classe qui a mis Trump au pouvoir a besoin des terres rares malgaches

L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a été officiellement dissoute après 40 ans de présence dans le pays. Ce retrait a mis un terme brutal à des programmes essentiels de santé, d’éducation, de développement agricole et de protection de la biodiversité dans des régions comme le Menabe, laissant des communautés entières sans soutien. Le blocage budgétaire a suspendu l’AGOA, dont dépendent des milliers d’emplois des industries d’exportation. Cela amène naturellement le pays à chercher des partenaires autres que les USA, or, la classe qui a mis Trump au pouvoir a besoin des minerais stratégiques pour continuer à s’enrichir. Elle n’a pas intérêt à être privée des terres rares malgaches.

Facebook : vecteur de déstabilisation en puissance

Monopole de l’information :
Facebook est devenu l’application la plus utilisée dans le pays pour échanger des messages, faire du commerce et s’informer. Son accessibilité est renforcée par des offres de données gratuites, comme celle de l’opérateur Orange.il suffit d’avoir une puce 4 g dans le téléphone. En conséquence, tous les propriétaires de smartphone ont un compte Facebook.
Terrain fertile pour la désinformation :
Des recherches académiques montrent que les plateformes comme Facebook exercent un pouvoir pour « conduire les conduites » de leurs utilisateurs. Leurs algorithmes sont conçus pour maximiser l’engagement en favorisant les contenus qui provoquent de fortes émotions, comme l’indignation, offrant une audience massive aux publications complotistes ou aux fausses nouvelles. La décision de la plateforme de mettre fin à certains programmes de modération au nom de la liberté d’expression ouvre grand la porte à des campagnes de désinformation orchestrées.
L’exemple malgache démontre pourquoi les nations ne peuvent plus rester passives.

Une cyberattaque informationnelle

Il est devenu possible, pour une puissance étrangère disposant de moyens suffisants, de lancer une attaque non pas pour pirater des données, mais pour semer le chaos social et politique via la plateforme d’information la plus populaire. L’objectif est d’affaiblir le pays pour contrôler ses ressources stratégiques.

L’illusion de la neutralité

Derrière une façade de neutralité, les plateformes numériques sont des outils d’influence. Leur propriétaire peut modifier les règles et les algorithmes en fonction de ses objectifs, y compris politiques. La prise de contrôle d’Elon Musk sur Twitter (devenu X) et son implication dans la campagne de Donald Trump en est une illustration flagrante.
En conclusion, la situation à Madagascar agit comme un signal d’alarme. La dépendance à une plateforme numérique étrangère crée une vulnérabilité systémique. Pour protéger leur intégrité et leurs ressources, les États doivent impérativement développer des cadres réglementaires stricts et des capacités numériques souveraines. Le contrôle des plateformes n’est plus une question de régulation économique, mais une condition essentielle de la sécurité nationale.

M.M.

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