Projet de Zone économique commune (ZEC) entre Madagascar et la Russie annoncé à Moscou

Exploitation des richesses de Madagascar : les « Russiens » partenaires privilégiés du régime issu du coup d’État ?

30 mai, par Manuel Marchal

Madagascar et la Russie renforcent leur coopération économique avec la création annoncée d’une Zone économique commune. Moscou, jusque-là discrète dans la Grande Île depuis la fin de la Seconde République, accroît son influence depuis le coup d’État militaire et l’arrivée de Siteny à la présidence de l’Assemblée nationale.

« Russiens », c’est ainsi que les Malgaches appelaient les coopérants soviétiques, russophones, qui avaient remplacé les Français dans les Universités et les cercles proches du pouvoir après l’assassinat du président Ratsimandrava et le début de la Deuxième République. Pour la plupart, ces « Russiens » ne parlaient pas malgache et s’exprimaient en français avec difficulté. Cela obligeait par exemple les étudiants de Polytech à être au premier rang de l’amphithéâtre pour comprendre le cours. Les Malgaches vont-ils revivre cette période ?
La coopération entre Madagascar et la Russie semble entrer dans une nouvelle phase de rapprochement. D’après un communiqué publié par la Primature malgache, les relations entre les deux pays vont s’étendre largement au secteur économique.
Cette orientation a été évoquée par le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison lors de son déplacement à Moscou à l’occasion du Forum international sur la sécurité. En marge de l’événement, le chef du gouvernement a annoncé la prochaine signature d’un accord portant sur la création d’une Zone économique commune (ZEC) entre Madagascar et la Russie.

Faciliter la circulation des biens, des capitaux et des personnes

Un tel accord vise à renforcer les échanges entre les deux États en facilitant la circulation des biens, des capitaux et des personnes. L’objectif affiché est de dynamiser les investissements et de favoriser une coopération économique plus étroite. Selon la Primature, le gouvernement malgache souhaite également améliorer le climat des affaires afin d’attirer davantage d’investisseurs étrangers dans la Grande Île. L’annonce de la ZEC a lieu alors que la Russie a lancé une campagne pour recruter des femmes malgaches pour travailler dans ce pays.
Dans une interview accordée à Russia Today (RT), le Premier ministre malgache a reconnu que Madagascar fait actuellement face à d’importantes difficultés financières. « L’un des défis auxquels nous faisons face en ce moment est le manque de financement de nos actions », a-t-il déclaré. Il a également souligné la nécessité pour le pays de rechercher des partenaires capables d’accompagner ses projets de développement. Selon lui, l’arrivée d’investissements et d’aides financières constitue une condition essentielle pour soutenir le redressement économique du pays.

Moscou place ses pions depuis le coup d’État

Ce rapprochement marque toutefois un nouveau tournant dans les relations entre Antananarivo et Moscou. Avant le changement de régime issu du coup d’État militaire, la Russie restait relativement discrète à Madagascar. Dans la compétition internationale autour des importantes ressources minières malgaches, Moscou apparaît encore largement en retrait face à des acteurs déjà bien implantés comme le Japon ou le Canada. Les États-Unis pourraient également renforcer leur présence dans ce secteur stratégique avec le projet Vara Mada, appelé à devenir un important fournisseur de terres rares, des minerais devenus essentiels dans les industries technologiques et militaires mondiales.
Le nouveau contexte politique semble néanmoins avoir favorisé une montée en influence de pro-Kremlin au sein des institutions malgaches. Le coup d’État a notamment permis l’installation de personnalités considérées comme favorables au Kremlin à des postes stratégiques. La nomination de Siteny à la présidence de l’Assemblée nationale illustre cette recomposition politique, Siteny s’oppose au projet Vara Mada. Cette institution a d’ailleurs été maintenue par le régime militaire malgré les revendications de plusieurs mouvements de jeunesse qui réclamaient sa dissolution ou une réforme en profondeur dans le cadre de la transition politique.

Voyage d’« influenceurs » à Moscou

Le voyage d’« influenceurs » à Moscou début mai pour la grande commémoration de la victoire sur le nazisme alimente les spéculations sur l’origine et les complices locaux de la cyberattaque lancée de l’étranger qui aboutit au coup d’État l’an dernier.
Dans ce contexte, l’annonce d’une future ZEC entre Madagascar et la Russie peut être interprétée comme une tentative de Moscou de renforcer son influence économique et politique à Madagascar tout en construisant un accès privilégié aux convoitées richesses de la Grande Île.
Par ailleurs, les discussions entre Antananarivo et Moscou portent aussi sur le secteur énergétique. Le communiqué de la Primature indique que des échanges sont en cours avec les autorités russes afin d’augmenter les capacités de stockage de carburant à Madagascar. Cette initiative est présentée comme une réponse aux perturbations de l’approvisionnement mondial provoquées par la guerre au Moyen-Orient.

Des chars russes à Madagascar, pourquoi faire ?

Récemment, l’annonce d’un don d’équipements militaires par la Fédération de Russie a attiré l’attention et soulevé plusieurs interrogations. Ce soutien comprend notamment des chars, des munitions ainsi que des uniformes destinés aux militaires malgaches. La milice Wagner est présente à Madagascar sous la forme d’instructeurs pour l’utilisation des armes russes. Devenue Africa Korps depuis sa prise de contrôle par Moscou, Wagner soutient en Afrique des régimes militaires qui ont rompu avec la France dans des pays dotés d’importantes richesses. Selon les autorités, cette coopération militaire vise avant tout à renforcer la sécurité aux frontières, préserver la stabilité intérieure et approfondir les relations stratégiques entre les deux pays. Cette justification a étonné car Trump ne menace pas d’envahir Madagascar et les jihadistes sont absents du pays, à la différence du Sahel où ils affrontent l’Africa Korps.
Cependant, dans un contexte marqué par des tensions sociales permanentes, certains observateurs s’interrogent sur l’usage futur de ces équipements. La crainte que ce matériel militaire puisse servir à dissuader ou à réprimer d’éventuels mouvements contre le chômage, la vie chère, les pénuries d’eau et d’électricité ou pro-démocratie, particulièrement dans la capitale, alimente déjà les débats.

M.M.

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