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par le Dr Raymond Vergès

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Hommage à Sylvain Urfer

Madagascar : major de promo à Science-Po, il avait choisi une autre cause que le pouvoir

lundi 6 décembre 2021


Le Musée de la photographie de Madagascar rend hommage à Sylvain Urfer, coordonnateur de la rédaction du livre « Histoire de Madagascar, la construction d’une nation ». En 2007, il fut la cible d’un arrêté d’expulsion pour cause politique. Il est resté fidèle à Madagascar et 13 ans plus tard avait lieu la publication de « Histoire de Madagascar, la construction d’une nation ». Major de sa promotion de l’Institut des Sciences politiques de Paris appelé communément « Sciences-Po », il n’avait pas choisi le pouvoir, préférant servir la population et notamment les pauvres.


Voici l’hommage du Musée de la photographie de Madagascar à Sylvain Urfer :
« Installé à Madagascar en 1974, le jésuite Sylvain Urfer est à la fois enseignant et écrivain.
En 1989, il fonde dans la capitale malgache le groupe de recherche « centre Foi et Justice » qui abrite une bibliothèque et un centre d’études. Jusqu’à sa mort, il dirige avec beaucoup d’enthousiasme les éditions catholiques « Foi et Justice ».
Tout au long de sa carrière d’auteur, il produit de nombreux textes sur Madagascar.
En 2020, avec un collectif d’historiens, il participe à la production du livre « Histoire de Madagascar, la construction d’une nation », dont il est aussi le coordonnateur.
C’est un ouvrage qui cherche à décrire la marche d’un peuple vers son unité à travers une histoire qui retrace le parcours de Madagascar, dans sa continuité et ses ruptures.
Ce livre est sorti officiellement le 19 décembre 2020 à l’occasion d’un Café-histoire au Musée de la Photographie de Madagascar.
Sylvain Urfer s’est éteint hier à l’âge de 80 ans.
L’équipe du Musée de la Photographie de Madagascar présente ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches. »

2007 : annulation du visa et interdiction d’entrer à Madagascar

« Le 11 mai 2007, la Tribune de Madagascar faisait part de son indignation à cette information : « Le père Sylvain Urfer, un jésuite bien connu du monde politique et de la société civile malgache, a été notifié hier matin par le ministère de l’Intérieur d’une « annulation du visa de séjour, assortie d’une interdiction d’entrée sur le territoire malgache ». Une formule quelque peu alambiquée pour traduire une simple expulsion qui n’ose pas dire son nom, d’après les nombreuses personnalités que nous avons pu contacter. »
« Devant une telle situation, l’incompréhension et la désolation est unanime dans tous les milieux. En effet, le Père Urfer est connu pour être une personne qui n’a pas sa langue dans sa poche et il n’a jamais cessé de critiquer tous les régimes qui se sont succédé. Ainsi dans son œuvre intitulé « L’Espoir et le doute », il dénonce, entre autres, la corruption des gens au pouvoir et leurs irresponsabilités, qui est en grande partie responsable de l’état de déchéance dans lequel se trouve le pays depuis quelques années. Pour ses idées et sa façon de l’exprimer, il a d’ailleurs été dans le collimateur des pouvoirs successifs durant les 36 ans où il a résidé à Madagascar, des pouvoirs qui ne sont pas toutefois allés jusqu’à cette dernière extrémité.
Par ailleurs, nombres de personnalité s’interrogent si une telle décision n’a pas pour origine son appartenance active à la SEFAFI, l’observatoire de la vie publique, qui est toujours montée au créneau pour dénoncer les irrégularités et les injustices au sein de la société malgache à travers ses multiples communiqués publiés au sein des différents quotidiens de la place. »
« Quoi qu’il en soit, force est de constater que ce régime se démarque de ses prédécesseurs par son intolérance. Une intolérance aux critiques qui se traduit, soit par l’emprisonnement de ses opposants nationaux, soit par l’expulsion pure et simple des ressortissants étrangers qui dérangent, une intolérance qui est le signe d’un régime aux abois. »

Un major de « Sciences-Po » qui n’a pas choisi le pouvoir

« Cette « notification », quelle qu’en soit sa raison, ne manquera pas d’interpeller la communauté politique et catholique internationale eu égard au rayonnement du Père Sylvain Urfer. En effet, ce père jésuite, outre son statut d’homme d’église et d’enseignant au sein de l’Institut catholique de Madagascar, est un sortant (major de sa promotion) de l’Institut des Sciences politiques de Paris appelé communément « Sciences-Po » au même titre que les Sarkozy ou autres Ségolène ».
« A titre de rappel, un certain nombre d’étrangers ont été déclaré « personne non grata » et « expulsés » de l’île sous le régime de Ravalomanana. Citons Olivier Peguy, le correspondant de France Inter, Christian Chadefaux, un confrère qui était presque un « zanatany » pour les plus médiatiques et les plus médiatisés, D. Bonhomme de la société Holcim, Gilbain de l’UCB ou Hiridjee de Galana pour les moins connus du public ».

« Histoire de Madagascar, la construction d’une nation »

13 ans après cet événement, Sylvain Urfer participe à la production du livre « Histoire de Madagascar, la construction d’une nation », dont il est aussi le coordonnateur. Jusqu’à sa mort, il dirige avec beaucoup d’enthousiasme les éditions catholiques « Foi et Justice ». Il est donc resté fidèle à ses principes et à la cause des pauvres de Madagascar.
Sylvain Urfer est sorti major de promo à Science-Po, et il n’a pas choisi le pouvoir. Il a préféré servir la population et notamment les pauvres. Il laissera une trace dans l’histoire de Madagascar.



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