Inflation - Laïcité - Dette extérieure

L’allégement de la dette n’effacera pas les dépenses douteuses

2 octobre 2004, par Bernard Yves

Les distributions gouvernementales de vivres sont loin de couvrir les besoins des 70% de Malgaches qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Et certaines dépenses officielles, pour des organismes religieux, suscitent des critiques.

Inflation - Laïcité - Dette extérieure. Ces quatre mots résument l’essentiel de l’actualité dans la Grande-Île au cours des dernières semaines écoulées. Les vacances scolaires n’ont pas apporté de répit au sein des familles, les parents ayant été occupés dès le mois d’août, à gérer avec des moyens dérisoires, l’achat de fournitures scolaires, en prévision de la rentrée.
Ce changement dans les foyers, qui, auparavant programmaient dans cette période de courtes escapades au bord de la mer ou à la campagne, situe déjà les difficultés vécues au quotidien par les ménages malgaches.

L’inflation est une réalité que même les gouvernants ont du prendre en compte. Pour preuve, la décision gouvernementale de mettre en place un filet de sécurité, qui concernerait 500.000 personnes, ayant des revenus mensuels inférieurs à 500.000 francs malgaches, et ce filet comprend du riz, du savon, de l’huile alimentaire. 100 milliards de francs malgaches y ont été consacrés.
Les médias et les observateurs notent que ces distributions sont loin de couvrir les besoins des 70% de Malgaches vivant au-dessous du seuil de pauvreté.

Filet de sécurité

Ces mesures ressemblent à un cautère sur une jambe de bois, car selon les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique (INSTAT), l’indice à la consommation a augmenté de 19,9% entre 2003 et 2004.

C’est l’explosion du prix du riz, base de l’alimentation, qui pénalise lourdement la population. Durant la période citée par l’INSTAT, le prix du riz a accusé une augmentation de 55%, et dans certaines régions (Besalampy, Soalala sur la côte Ouest), le consommateur achète cette denrée vitale 8.500 francs malgaches le kilo !
Dans un tout autre domaine, qui est pourtant lié à ce filet de sécurité, l’opinion a suivi avec intérêt la tenue du 15ème synode quadriennal de l’Église protestante réformée (FJKM) réunie vers la fin du mois d’août à Ambatondrazaka.
Avant son accession à la magistrature suprême, Marc Ravalomanana avait été élu vice-président de cette institution chrétienne. De grandes discussions ont surgi autour de l’éventuel maintient du président de la République à ce poste.
À l’issue de ce synode, Marc Ravalomanana a été reconduit. Le respect de la constitution, la laïcité de la République ont été évoqués à maintes reprises, par des laïcs, des chrétiens, des sommités religieuses qui n’ont pas hésité à exprimer leur inquiétude sur le comportement des autorités, qui amalgament sans état d’âme les affaires de l’État et de la religion.
Le filet de sécurité, au début, avait été mis en place, avec le concours du SAF-FJKM, branche sociale de cette Église. Les critiques unanimes, lancées contre cette initiative, ont amené le gouvernement à changer son fusil d’épaule : désormais, la distribution des vivres restants relèvera du Fonds d’intervention pour le développement (FID) du gouvernement.

Un milliard et demi de dollars à rembourser

Des débats tout aussi passionnés ont surgi autour de l’effacement de la dette extérieure de la Grande Île. Le président Ravalomanana avait en effet annoncé publiquement que le point d’achèvement ayant été atteint par le pays, la dette extérieure malgache serait effacée, à la fin du mois de juillet 2004.
Il n’en fut rien. Le président français Jacques Chirac, de passage à Antananarivo, au mois d’août, questionné par les journalistes à ce propos, annonçait que le dossier Madagascar ne serait examiné par la communauté des bailleurs de fonds qu’en octobre et que, pour sa part, la France effacerait une grande partie de la dette malgache.
La même précision fut apportée, il y a peu, par le représentant de la Banque mondiale, James Bond, qui déclarait que le dossier Madagascar passerait devant les bailleurs de fonds, le 21 octobre.
Malgré l’optimisme affiché un peu partout dans les milieux officiels, nul n’ignore que si le point d’achèvement est atteint, le pays devra encore s’acquitter de quelques 1,500 milliard de dollars, empruntés auprès de divers pays.
Questionné par les journalistes, à propos de la gestion du budget de l’État, James Bond déclarait qu’il n’avait noté aucun dépassement. Les questions restent toujours sans réponse, quant à l’origine des largesses du chef de l’État qui a distribué des centaines de millions de francs aux scouts, aux Églises protestantes, catholiques, luthériennes, etc...
Il en est de même des voitures 4X4 remises gracieusement aux 22 chefs de région nouvellement nommés, de l’avion présidentiel “Force One”, etc..
On comprend ainsi que l’opinion suit de très près le comportement des parlementaires qui ont entamé, le 28 septembre, l’examen de la loi budgétaire pour l’année 2005. Seront-ils les porte-parole des doléances de la population, qui vit une crise sans précédent, ou se borneront-ils à avaliser les propositions du gouvernement ?

Bernard Yves


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