La tension monte à Antananarivo


La radio “Viva” bâillonnée à son tour


29 janvier 2009, par Bernard Yves

Le week-end dernier a été riche en évènements dans la capitale. Le plus saillant fut sans conteste le succès du deuxième meeting, convoqué par le Maire de la Capitale sur la Place de la Démocratie à Ambohijatovo. Dans la foulée de l’inauguration de ce site, les observateurs étrangers, venus en nombre, ont confirmé les estimations des organisateurs ; plus de cent mille manifestants ont rempli la “Place de la démocratie” puis se sont rendus sur la célèbre Place du 13 Mai, avenue de l’Indépendance, à la suite de l’appel du Maire Andry Rajoelina.

A cette occasion, le Maire réaffirmait dans son discours que la démocratie était en danger dans le pays, et exigeait la démission du Gouvernement. Il précisait alors : « si le peuple souhaite une transition, je suis prêt à en assumer la responsabilité » ; En conclusion, il appelait à lancer à partir du lundi 26 Janvier une grève générale, illimitée. Les fonctionnaires, les employés des entreprises franches, les élèves du Primaire, du Secondaire et de l’Université étaient appelés à participer à ce mouvement.


Déclaration de la « communauté internationale »


Les représentants de quelques ambassades, en poste à Antananarivo, convoquaient la presse pour lire une courte « déclaration » dans laquelle ils exprimaient leur inquiétude devant l’évolution de la situation dans la capitale, appelant à un dialogue entre les parties en conflit, et affirmant leur attachement au respect de la démocratie et de la Constitution
.
Le Président Ravalomanana, après un séjour d’une journée en Afrique du Sud, où il aurait participé à une réunion de la SADEC, fut accueilli à son retour à Ivato, le dimanche après-midi, par une foule importante, rameutée par des moyens archi-connus : distribution d’argent, de viande, réquisition de taxis et autres véhicules pour transporter la foule, venue l’acclamer.

Marc Ravalomanana devait à cette occasion s’aligner sur les positions de la « communauté internationale » en soulignant qu’il ne céderait pas aux manœuvres des fauteurs de troubles, qui foulent aux pieds la Constitution, et à donner ordre à son Gouvernement « de rétablir l’ordre ».

En application de cette injonction, dans la nuit du dimanche au lundi, à 3 heures du matin, un groupe de 300 militaires cagoulés se rendirent à Ambohimitsimbina, où
 est implantée l’antenne de la Radio Viva, et terminèrent leur “mission” malgré l’opposition des comités de vigilance populaires installés dans les quartiers. 

Cet acte illégal qui est une nouvelle entrave à la liberté d’expression a suscité l’indignation de nombreux Tananariviens, jusque-là cantonnés dans une attitude plutôt hésitante. Ce qui explique l’affluence des participants au meeting du lundi 26 Janvier
 sur la place du 13 Mai. 


Révélations

Beaucoup s’interrogent sur les raisons du harcèlement dont sont victimes de la part du pouvoir les médias du Groupe Viva ; certes la haine viscérale ressentie par Marc Ravalomanana à l’endroit du Maire Andry Rajoelina s’explique par la défaite cuisante que le parti TIM au pouvoir a essuyé lors des Municipales de décembre 2007. Mais il y a également le fait que la Télévision Viva et la Radio Viva dénoncent pour leurs auditeurs les magouilles du pouvoir. Ainsi, preuves à l’appui, Andry Rajoelina, dans son discours (repris par Radio Viva), a informé l’opinion que le Directeur Général de la Société sud-coréenne Daewoo, qui a acquis du Gouvernement des terres arables d’une superficie de 1 million 300.000 hectares, n’est qu’un vulgaire escroc recherché par Interpol !

Sur les ondes de Radio Viva, quelques heures avant sa fermeture brutale, les journalistes de la station ont annoncé que des mercenaires étrangers (parlant anglais) faisaient partie du commando venu retirer l’antenne de la station.

Le meeting du lundi 26 Janvier a connu une affluence record (de loin, plus importante que les manifestations de 2002), et le Maire Andry Rajoelina a, dans un discours, 
renouvelé ses accusations contre le pouvoir, et a appelé les participants à le suivre pour rejoindre le Tribunal, où sont jugés ce jour trois étudiants prétendument accusés d’avoir fabriqué des cocktail Molotov.
Par ailleurs, des manifestations organisées par l’opposition se préparent, celle qui se tiendra a Antsiranana (Diego-Suarez) vendredi prochain 30 Janvier sera
 suivie avec attention par tous les observateurs.

Pillages programmés

Mais d’autres évènements, plus graves encore, ont marqué cette journée du lundi
 26 Janvier dans la capitale. Alors que les manifestants, conduits par le Maire, arrivaient au Tribunal, un groupe sorti des manifestants se mit à lancer des pierres sur les bâtiments de la Télévision et la Radio Nationales, où ils firent irruption, saccagèrent l’intérieur et le brûlèrent. 
Ces actes de banditisme se poursuivirent toute la journée contre les bâtiments et magasins du Groupe Tiko (appartenant à Marc Ravalomanana), contre les grandes surfaces dans le quartier d’Ankorondrano et dans le quartier des 67 Hectares, où ce groupe pénétrait dans les 
domiciles privés, dévalisant et pillant les propriétaires.

Ce même groupe entraînait une partie de la foule à se rendre vers la station de Radio-Télévision MBS (appartenant à Marc Ravalomanana), qui fut alors saccagée et brûlée, des “militaires” chargés de la protection des bâtiments usèrent de leurs armes contre la foule, deux personnes atteintes succombèrent dont un jeune de 14 ans.
Le Maire Andry Rajoelina avait appelé ses partisans à se rassembler sur la place du 13 Mai le mardi matin, en solidarité avec les victimes de la fusillade au siège de la MBS
. Par ailleurs, parmi les groupes qui se ruèrent sur les magasins Tiko pour les dévaliser, on a dénombré onze morts étouffés dans la cohue.

Préalables à des négociations

L’opinion, coupée de toutes informations officielles ou officieuses, s’étonnait de l’absence de toute réaction de la part du Gouvernement et des forces de sécurité. Une station de radio privée encore en service diffusait alors diverses déclarations ; Il y eut celle du Premier ministre appelant la population au calme et annonçant qu’une rencontre entre le Maire et Marc Ravalomanana aurait lieu incessamment. Le Président prit la parole à son tour, sur cette station, le lendemain mardi pour lancer un appel au calme et demander à la population de collaborer avec les forces de l’ordre
.
Ce même mardi, le Maire décommandait la manifestation prévue sur la Place du 13 Mai, et apportait des précisions sur sa rencontre avec le Président.

Il informait les auditeurs que la communauté internationale proposait sa médiation entre les deux parties afin de calmer le jeu et d’assurer le retour au calme, mais qu’il conditionnait sa rencontre avec le Président à deux préalables :


- la poursuite et l’arrestation des responsables de la mort des deux personnes à la 
Station MBS
,

- l’expulsion des « mercenaires » étrangers, envoyés pour retirer l’antenne de Radio 
Viva.
Le Maire Andry Rajoelina soulevait par ailleurs plusieurs questions, dont celle-ci : « qui veut briser le mouvement populaire pour la démocratie qui était à deux pas de la victoire. Les rumeurs de mise en place d’un Directoire Militaire ne font-elles pas partie
 de ce plan de sabotage du mouvement populaire ? »
.
Répondant aux questions des journalistes, le Maire Andry Rajoelina déclarait également que si les forces de l’ordre ne sévissaient pas contre ce groupe de bandits pilleurs et casseurs, il prendrait l’initiative de rencontrer des responsables des forces armées, en vue 
de mesures pour mettre un terme au chaos actuel. 

Il est indéniable que tous ces faits convergent vers le même but : briser le mouvement de contestation populaire (quel qu’en soit le prix pour les initiateurs) et 
mettre à genoux la population d’Antananarivo, « coupable » de soutenir l’engagement patriotique et démocratique du Maire Andry Rajoelina
.

BY

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