Mise en service de portiques Super Post-Panamax à Madagascar

Le port de Toamasina rappelle que La Réunion doit sortir des illusions

20 juillet, par Manuel Marchal

L’arrivée des grues STS Super Post-Panamax confirme l’essor du port de Toamasina, désormais en mesure de devenir le principal hub de transbordement de l’océan Indien. Cette évolution remet en cause les investissements réalisés à Port Réunion pour accueillir les plus grands porte-conteneurs. Face à cette réalité, La Réunion doit abandonner les illusions d’être le hub maritime de l’océan Indien, ne pas chercher la concurrence avec Madagascar et construire des complémentarités régionales, sous peine de payer très cher des choix dépassés.

L’arrivée au port de Toamasina des nouvelles grues STS Super Post-Panamax marque un tournant majeur pour tout l’océan Indien. Après la mise en service d’un nouveau quai capable d’accueillir les plus grands navires de commerce, le principal port malgache dispose désormais d’équipements permettant de décharger rapidement les porte-conteneurs géants. Ces navires, dont certains ne peuvent même pas franchir le canal de Panama, pourront désormais faire escale directement à Madagascar.
Cette évolution confirme une réalité économique qui s’impose peu à peu. Toamasina a désormais les moyens de devenir le principal port de transbordement de notre région. Les marchandises destinées à La Réunion, mais aussi aux autres îles voisines, pourront être déchargées à Madagascar avant d’être acheminées par des navires plus petits.
Cette nouvelle situation interroge les choix réalisés à La Réunion depuis des années. Des investissements considérables ont été engagés pour agrandir Port Réunion afin de le présenter comme le hub maritime de l’océan Indien. Or les faits démontrent aujourd’hui que cette ambition se heurte à la réalité.

Les Réunionnais incapables de concurrencer les Malgaches

L’erreur serait de persister dans une logique de concurrence avec Madagascar. Pendant trop longtemps, certains ont entretenu l’illusion que les Réunionnais feraient nécessairement mieux que les Malgaches grâce à leur nationalité française et aux financements venus de Paris et de Bruxelles. Cette vision, héritée d’une vision dépassée découlant du néocolonialisme, risque surtout de conduire à des impasses coûteuses.
Le développement de Toamasina n’est pas une menace. L’avenir de La Réunion ne passera pas par le déni des réalités, mais par la construction de complémentarités avec ses voisins. Coopérer plutôt que rivaliser, bâtir une stratégie régionale plutôt que nourrir des illusions de grandeur : voilà le défi qui passe par une décolonisation des esprits et l’arrêt de diversions visant à rendre une partie des Réunionnais responsables de la crise du néocolonialisme français dans notre pays.
L’océan Indien entre dans une nouvelle phase de son histoire maritime. Il appartient désormais aux Réunionnais d’en tirer les conséquences.

M.M.

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