Remaniement ministériel

Le prix du riz fait toujours des mécontents

23 décembre 2004

L’aggravation de la sous-alimentation, due à la pénurie de riz, a fait récemment des morts dans la Grande Ile. Malgré l’implication du gouvernement, le kilo de riz reste hors de prix et la grogne sociale persiste. Dans ce contexte, le remaniement ministériel n’a suscité que peu de réactions.

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Au cours de la première quinzaine de ce mois de décembre, différents événements se sont produits dans la Grande Île. En dépit du silence observé par les médias étrangers, un silence qui a étonné plus d’un, ces événements peuvent être interprétés comme des signes, encore discrets, des mutations qui agitent le pays et dont l’issue reste encore imprévisible.
Le premier événement signalé par les médias fut sans conteste le remaniement ministériel décidé par le président Ravalomanana, qui a concerné trois départements : l’information et la communication, le secrétariat d’État à la décentralisation, le ministère de l’Énergie et des Mines.
Toutefois, ces changements n’ont pas fait l’objet de longs commentaires au sein de l’opinion, qui s’attendait plutôt à des mesures draconiennes, dans des domaines intéressant directement le plus grand nombre : le commerce et le ravitaillement, l’agriculture, l’économie. En effet, c’est la pénurie du riz, aliment de base des Malgaches, qui préoccupe les élus, les partis, les associations, et les simples citoyens.

Plus d’un euro le kilo de riz

Pour des raisons inexplicables (ou involontairement occultées), le prix du riz local connaît jusqu’à présent une hausse vertigineuse. Dans la capitale, le riz sur les étals s’achète encore 6.500 Fmg le kg et dans certaines régions, au Nord comme au Sud du pays, le kilo de cette denrée a atteint la somme astronomique de 15.000 Fmg (plus d’un euro).
Conséquence de cette pénurie : l’aggravation de la sous-alimentation déjà sévère générée par le coût de la vie. Selon les services du Bureau municipal d’hygiène de la capitale, il y a peu, trois à cinq cadavres de personnes mortes d’inanition étaient ramassés au hasard des rues.
Certains se demandent : qu’en est-il de la suivie des enfants, des vieillards, dans les quartiers urbains et défavorisés, et dans les lointaines campagnes ou n’existe pas un tel service ?

Des files d’attente interminables

Le gouvernement décidait alors d’importer un premier lot de 19.000 tonnes de riz du Pakistan, dont la distribution serait confiée aux Fokontany (Collectivités de quartiers).
Le remède a fait plus de mal que de bien. On assistait à des malversations : le riz importé mélangé à du riz local étant vendu à prix d’or, des trafics en tous genres virent le jour. Des files d’attente interminables se formaient devant les bureaux des Fokontany, où les consommateurs attendaient de longues heures pour pouvoir acheter un ou deux kapoaka de riz (mesure contenue dans une boîte de lait Nestlé).
À Antsirabe, des consommateurs en colère ont manifesté et se sont rendus dans le magasin de Magro (la société de distribution créée par le président) pour contrôler les stocks de riz.
À Majunga, une manifestation spontanée de consommateurs affamés a déclenché l’ire des forces de l’ordre, qui ont arrêté trois meneurs. À Tuléar, une association des consommateurs affamés voit également le jour.
Par ailleurs, une grève d’avertissement de 48 heures des enseignants (secteurs primaire, secondaire et technique) pour l’amélioration de leurs salaires faisait suite à un mouvement de grève des personnels de la JIRAMA (service de l’eau et de l’électricité) et inquiets des implications sur leurs emplois, du contrat de gérance confié par l’État à des sociétés étrangères.

La présidence de la République s’implique

Face à la tension grandissante, la présidence de la République décidait de s’impliquer dans la filière riz, de l’importation à la distribution. Des opérateurs ont été choisis, au premier rang desquels figure la société Magro et quelques autres, créées pour la circonstance, par les hommes au pouvoir, écartant du circuit les opérateurs ayant acquis une certaine expérience dans ce domaine.
Le gouvernement décidait en outre de fixer le prix maximum du riz à la consommation à 3.500 Fmg. Par ailleurs, il était annoncé officiellement que du riz importé de Thaïlande, du Pakistan, de l’Inde, pour un total de 100.000 tonnes, était attendu jusqu’en avril 2005, pour la période de soudure.
Certes, les files d’attente ont diminué, mais la grogne persiste, car les consommateurs affirment que ce riz, à 3.500 Fmg, est au-dessus de leurs moyens : contrairement aux annonces officielles, le prix du riz local n’a pas baissé. On s’interroge aussi sur la capacité des responsables à assurer de manière équitable le ravitaillement des populations dans toutes les provinces. La période des pluies, qui commence, ne peut qu’entraver le transport.

Bernard Yves


Le “Rassemblement des forces nationales” est né

C’est dans un contexte social préoccupant (lire ci-dessus) qu’a été annoncée la création du “Rassemblement des forces nationales” (R.F.N.). Le rassemblement a été initié principalement par le pasteur Edmond Razafimahefa, ancien président de l’Église Protestante FJKM et ancien dirigeant de la Confédération des Églises chrétiennes (FFKM), conjointement avec le père Rémi Ralibera, secrétaire général en exercice du FFKM. 
On relève également parmi les fondateurs du Rassemblement les noms de Madeleine Ramsaholimihaso, proche de la hiérarchie catholique fondatrice de l’Association CNOE (Observatoire national de la vie publique) qui s’est beaucoup impliquée dans le contrôle du déroulement des élections présidentielles de 2002, du pasteur contestataire Rafransoa, de l’avocat bien connu Willy Razafindratovo, de Mme Rafenomanjato, écrivain qui avait soutenu Ravalomanana en 2002.
Le secrétariat général du rassemblement est assuré par José Rakotomavo, ancien ministre de l’Industrie durant le premier mandat de Ratsiraka.
Y sont représentés quatre partis politiques : l’AKFM, le Leader - Fanilo, le Fihavanatsika et le Fidem. Les observateurs notent que bien que se positionnant ouvertement ou indirectement dans l’opposition, ces partis sont connus pour leur sérieux et leur esprit d’ouverture.
Ce rassemblement milite pour la convocation d’une conférence nationale réunissant autour d’une table les principales composantes de la société malgache, afin d’éloigner la menace d’une grave crise socio-économique et politique, dont le peuple malgache serait, encore une fois, la première victime.
Le Tiako Madagasikara (TIM), parti au pouvoir qui a tenu son premier congrès national les 20 et 21 décembre, prendra-t-il en compte cette exigence ?

B. Y.


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