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Madagascar : 47e anniversaire de l’assassinat du président Richard Ratsimandrava

Le 11 février 1975, le très populaire colonel de gendarmerie tombait sous les balles d’un commando

vendredi 11 février 2022, par Manuel Marchal


A Moramanga à Madagascar, le Musée de la Gendarmerie nationale expose une Peugeot 404 noire criblée de balles. C’est le véhicule à bord duquel le colonel de gendarmerie Richard Ratsimandrava a été assassiné le 11 février 1975, quelques jours après être devenu président de la République de Madagascar. Les commanditaires de ce crime d’État ne furent jamais retrouvés. La politique de développement prônée par le très populaire colonel de gendarmerie gênait beaucoup d’intérêts liés au système dominant découlant de 70 ans de colonisation française.


En 1960, Madagascar retrouvait son indépendance. Mais la France, ancienne puissance coloniale, a continué d’exercer une forte tutelle sous le régime de la Première République de Madagascar. Sa principale base navale en dehors de son territoire se situait en effet à Antsirana, qui abritait également des troupes de la Légion étrangère. Ivato était restée une base militaire de l’armée française. Jusqu’en 1970, la gendarmerie nationale malgache était dirigée par un militaire français. Par ailleurs, une loi votée en France peu avant l’indépendance avait détaché les îles du Canal du Mozambique de Madagascar au mépris du droit international. Ces îles faisaient en effet partie du Royaume de Madagascar annexé par la France en 1896. A ce jour, elles sont toujours occupées malgré les appels à la décolonisation complète de Madagascar.

La révolte de mai 1972

Sur le plan politique, la fraude électorale était monnaie courante, et les décisions de justice les sanctionnant n’étaient pas appliquées par le pouvoir. L’accumulation de nombreuses injustices et des difficultés économiques ont poussé à la révolte.
Un événement décisif fut la grève des étudiants en médecine qui fit tâche d’huile et aboutit à une révolte populaire en mai 1972 poussant au départ du premier président, Philibert Tsirana. Il remit le pouvoir à l’armée. Son successeur fut Gabriel Ramanantsoa. Ce régime transitoire se terminait le 5 février 1975, avec la nomination de Richard Ratsimandrava, alors ministre de l’Intérieur, comme président de la République. Le colonel Ratsimandrava était très populaire.
Richard Ratsimandrava voulait en effet appuyer l’action publique sur les structures de base de la société malgache, les villages, encouragés à générer les revenus nécessaires au règlement des problèmes quotidiens. Le nouveau président était un militant anti-colonial, prônant la malgachisation de l’économie ce qui créait la rupture avec l’économie de comptoir mise en place sous la colonisation.

Les commanditaires jamais retrouvés

Mais le 11 février 1975, 6 jours après avoir accédé au pouvoir, Richard Ratsimandrava tombait sous les balles d’un commando de policiers. Le procès qui eut lieu ensuite ne permit pas de connaître les commanditaires de cet attentat. La politique d’émancipation du président malgache gênait d’importants groupes de pression qui avaient tout à perdre si Madagascar s’engageait sur le chemin du développement.
Après une transition de quelques mois sous l’égide de l’armée, Didier Ratsiraka devient président de la République. C’est cette même année 1975 que la marine française évacua Antsiranana pour se replier à La Réunion qui constitue, depuis, une des plus importantes bases militaires d’un Etat de l’OTAN dans l’océan Indien.

M.M.



Hommage officiel des autorités à Richard Ratsimandrava sur les lieux de son assassinat à Ambohijatovo, Antananarivo.



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