Dissolution du gouvernement sur fond de contestations grandissantes

Madagascar : un fusible saute pour préserver la transition militaire

11 mars, par Manuel Marchal

À Antananarivo, la colère gronde. Six mois après le coup d’État d’octobre 2025, les militaires lâchent le gouvernement pour sauver leur pouvoir. À Ankatso, la jeunesse reprend la lutte. La « Refondation » reste une promesse 6 mois après le coup d’Etat : vie chère, accès difficile à l’eau et injustice sociale pèsent lourd dans le quotidien de la population.

Photo : grève des étudiants à Ankatso

Hier, face à la montée des contestations, les militaires au pouvoir depuis le coup d’État d’octobre dernier ont sacrifié un fusible : la dissolution du gouvernement. Mais ce ne sont pas quelques ministres que la rue conteste : c’est la confiscation du pouvoir par une minorité qui a profité d’un mouvement social pour être à la tête de l’Etat.
La nouvelle grève des étudiants du campus d’Ankatso traduit la profonde déception de celles et ceux qui, l’an dernier, manifestaient contre les pénuries d’eau et d’électricité et contre la flambée des prix des produits de première nécessité. Ce mouvement social avait été récupéré par des candidats battus aux élections et par un groupe de militaires issus d’une unité administrative. Des mutins avaient alors pris d’assaut un palais présidentiel, imposant leur loi par la force.
Dans la foulée, Siteny Randrianasoloniaiko, opposant pro-Kremlin, fit valider le coup d’État par la Haute Cour constitutionnelle et fut aussitôt propulsé président de l’Assemblée nationale — seule institution que les militaires n’avaient pas dissoute. Les putschistes prirent la tête d’un régime baptisé « Refondation de la République », promettant de répondre aux revendications populaires et d’organiser des élections dans deux ans, après refonte de la liste électorale et création de nouvelles institutions chargées de valider les résultats.

Aucun changement significatif depuis 6 mois sauf l’Afrika Korps à Madagascar

Six mois plus tard, le quotidien de la population n’a guère changé. Les coupures persistent, les prix restent élevés, et l’espoir d’un véritable changement s’éloigne. Le nouveau pouvoir a renforcé ses liens avec la Russie, achetant des armes et autorisant le déploiement de l’Afrika Korps à Madagascar, officiellement pour former les militaires malgaches à utiliser les armes récemment achetées. Cette militarisation inquiète.
Le 4 mars 2026, à Alarobia, les jeunes de la Gen-Z ont dénoncé la corruption et les intimidations au sein du système politique, rappelant que leurs revendications sont restées lettre morte.
La Gen-Z a fustigé l’immobilisme du pouvoir et exigé la dissolution de l’Assemblée nationale — ce qui renverrait Siteny, le pro-Kremlin. Le mouvement réclame aussi la dissolution de la Haute Cour constitutionnelle et de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), ces 3 institutions jugées « défaillantes » et « obstacles au changement ».
Moteur des manifestations de septembre et octobre 2025, la Gen-Z exprime aujourd’hui une profonde désillusion. « Les dirigeants s’éloignent des revendications exprimées dans la rue », soulignent-ils. Ce qu’ils exigent, disent-ils, ce n’est pas un replâtrage institutionnel, mais un changement radical du système. Ils dénoncent également l’instrumentalisation politique de certains jeunes qui ne seraient pas issus de leurs rangs. Par ailleurs, le report de la concertation des jeunes pour la Refondation prévue aujourd’hui ainsi que l’annulation de l’élection du maire d’Antananarivo ne sont pas de nature à calmer la situation.

Réveil dans les Universités

Dans les universités, la colère est toujours là. Les campus redeviennent des foyers de contestation que le pouvoir de la transition militaire redoute. Plutôt que d’ouvrir le dialogue, le pouvoir a choisi de canaliser la colère en faisant sauter un fusible : le gouvernement a été suspendu, en attendant la nomination d’un nouveau Premier ministre par le président de la Refondation. Les secrétaires généraux assurent la continuité des affaires courantes. L’appareil d’État tourne, mais la confiance est rompue.
Dissoudre un gouvernement suffira-t-il à répondre à la revendication de justice sociale ?

M.M.

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