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23 juillet, parBaisse de l’aide de la France aux communes qui remplacent les fonctionnaires par des emplois précaires sous-payés
Un ancien sous-officier français témoigne sur la répression de mars 1947 à Madagascar
28 juillet 2005

La semaine dernière, un épisode douloureux de l’Histoire de Madagascar, de la France et de La Réunion est revenu au-devant de l’actualité à l’occasion du Sommet de la Commission de l’océan Indien dans la Grande Ile. Il s’agit de la répression criminelle de masse menée en 1947 par les colonialistes français contre le peuple malgache, qui s’était soulevé pour obtenir sa liberté. Cette répression a été condamnée pour la première fois le 21 juillet dernier par un président de la République française (voir encadré). Samedi dernier, ’Témoignages’ s’est fait l’écho de cet événement, l’a commenté et l’a illustré en rappelant les circonstances de cette tuerie. Afin de poursuivre la réflexion sur cette page tragique de notre Histoire régionale et d’en tirer le maximum d’enseignements possible, nous y revenons aujourd’hui en évoquant son contexte et en citant un témoin de ces faits, qui nous a demandé de respecter son anonymat.
(page 4)
La révolte des colonies, Algérie, Madagascar, Indochine, est le résultat d’une prise de conscience des peuples colonisés dans une situation historique particulière, celle de la seconde guerre mondiale. Dans un premier temps, cette guerre a vu la France vaincue par les troupes nazies.
Pour se libérer, la France a fait appel à tous les peuples qu’elle avait colonisés. Tirailleurs sénégalais, marocains, algériens, tunisiens, etc., vont payer un lourd tribut à la victoire contre le nazisme.
Comme lors de la Grande guerre de 1914-1918, cet effort considérable est demandé aux colonies dont les peuples constatent une fois encore, que les guerres inter européennes sont implacables, meurtrières, barbares et n’ont que bien peu à voir avec les proclamations civilisatrices au nom desquelles le pouvoir métropolitain domine en Afrique, en Indochine et à Madagascar.
Recouvrer l’intégrité territoriale et la liberté
Ce qui déconcerte les peuples colonisés réside dans les raisons présidant à l’enrôlement des plus vigoureux et courageux de leurs enfants. Le colonisateur leur explique qu’il faut mettre un terme à la barbarie nazie, il faut combattre un régime qui, par centaines de milliers, déporte des hommes, des femmes et des enfants à raison de leurs origines, convictions religieuses et/ou politiques, condamne au travail forcé des peuples entiers, envahit des territoires qui ne sont pas les siens, bref, tous crimes dont, depuis des décennies, la France se rend coupable à l’encontre de ceux dont elle réclame aujourd’hui un soutien sans faille pouvant aller jusqu’au sacrifice de leur vie.
Appelés à lutter pour permettre à la France de recouvrer son intégrité territoriale et sa liberté, Marocains, Tunisiens, Algériens, Indochinois et Malgaches désirent légitimement recouvrer, eux aussi, leur propre souveraineté.
Une férocité inimaginable
À Madagascar, cette aspiration se trouve confortée tant par les dispositions anticolonialistes de la Charte de l’Atlantique (1), que par l’accroissement des réquisitions et des corvées imposées au titre de l’effort de guerre ainsi que par la famine de 1943-1944.
Dès la fin de la 2ème guerre mondiale, cette aspiration est canalisée par le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache (MDRM).
À Paris, pour combattre ce mouvement, le ministre des colonies, Marius Moutet (SFIO), aide à créer de toutes pièces un parti de notables, le PADESM. La manœuvre se solde par un échec et lors des élections législatives de novembre 1946, trois dirigeants du MDRM - Joseph Ravoahangy, Joseph Raseta et Jacques Rabemananjara - obtinrent les trois sièges à la Chambre des députés (2), à Paris.
Le samedi 29 mars 1947, tandis que les responsables des différents courants politiques n’ont pas réussi à surmonter leurs désaccords, l’insurrection du peuple malgache éclate. Mal armée, mal préparée, elle est aussitôt l’objet d’une répression d’une férocité inimaginable. Certains responsables militaires et politiques français vont autoriser et couvrir des actes d’une barbarie dont on pensait les nazis être les seuls capables.
Témoignage
Voici ce qu’en dit un ancien sous-officier français natif de La Réunion : "à Moramanga, d’où était partie la révolte, les officiers ont donné “quartier libre” aux tirailleurs sénégalais, les encourageant à tirer “sur tout ce qui bouge”. Ça a été un massacre généralisé. Les cadavres jonchaient les rues. Un ingénieur (3) français qui a visité la ville tout de suite après le massacre a fait un rapport disant que c’était l’équivalent du massacre nazi à Oradour-sur-glane". "Le gouvernement français a envoyé d’abord 18.000 hommes puis le double. Pendant 21 mois, la répression a été incessante.
À Moramanga, 170 personnes ont été enfermées dans des wagons à bestiaux. Pendant plusieurs jours, les wagons sont restés stationnés en plein soleil et les prisonniers n’avaient ni eau ni nourriture. Sous prétexte de “calmer” leurs hommes, les officiers français ont autorisé les soldats à aller vider les fusils-mitrailleurs sur les wagons. Une centaine de Malgaches a été ainsi tuée. Les autres ont été sortis, blessés pour la plupart, des restes des wagons, enfermés dans les entrepôts frigorifiques de Moramanga et, le 8 mai 1947 (4), après des semaines de tortures et de privation de soins et de nourriture, tous les survivants ont été fusillés".
Et notre témoin confirme bien que, pour terroriser encore plus les gens, certains prisonniers étaient chargés à bord d’avions et jetés, vivants, sur les villages dont ils étaient originaires.
"Le chiffre de 15.000 à 25.000 morts dont on a fait état hier (5) à la télé est faux, ou alors ils n’ont parlé que des premiers jours de la répression car la répression a continué pendant 21 mois. Les gens ont été pourchassés, obligés de se réfugier dans la forêt où certains sont morts de faim.
Les collègues qui revenaient en permission parlaient devant moi des villages incendiés, des récoltes détruites, et d’autres horreurs faites aux femmes et aux marmailles.
Il y avait un climat d’excitation, de haine et de vengeance généralisée. Les officiers disaient qu’il “faut leur montrer pour que ça serve de leçons à tous”. À l’époque, les navires qui emmenaient les soldats français en Indochine pour y combattre la rébellion faisaient escale à Madagascar et nos officiers pensaient que plus l’ampleur des massacres et la durée de la répression seraient connues, plus les responsables indépendantistes des autres colonies et leurs partisans se tiendraient tranquilles".
"Au total, il y a eu 89.000 morts. J’en suis certain car ce sont les chiffres du rapport officiel que l’état-major a envoyé à Paris".
Propos recueillis par Aimé Habib
(1) Le 14 août 1941, le président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill proposent une série de principes moraux devant guider les puissances démocratiques et garantir le rétablissement durable de la paix : refus de tout agrandissement territorial, droit des peuples à choisir leur forme de gouvernement, libre accès de chacun aux matières premières, liberté des mers, renonciation à la force !
Le document signé par les deux dirigeants porte le nom de Charte de l’Atlantique.
(2) Aujourd’hui on dit : l’Assemblée Nationale
(3) Il s’agit de Pierre Boiteau, ingénieur agronome.
(4) Le choix de la date n’est pas le fait du hasard. Le 8 mai 1945, le jour même où la victoire sur les nazis devenait définitive, à Sétif, en Algérie, le gouvernement réprimait une manifestation demandant plus d’autonomie pour l’Algérie et la fin d’un système électoral injuste. L’aviation fut engagée et bombarda villes et villages. Certains avancent le chiffre de 8.000 morts, d’autres l’estiment à 20.000. Les insurgés malgaches revendiquaient, eux aussi, une plus grande autonomie. Eux aussi ils furent réprimés avec la même sauvagerie.
(5) Le 21 juillet 2005.
Jacques Chirac et les "dérives du système colonial"
Le journal “Le Monde” daté de vendredi dernier signale qu’"un épisode oublié des livres d’Histoire - la mort de plusieurs dizaines de milliers de Malgaches au lendemain de la révolte de 1947 contre le colonisateur français - a resurgi, ce jeudi 21 juillet, au premier jour de la visite officielle du président français à Madagascar".
Le quotidien parisien signale qu’en fin de matinée, au cours d’une conférence de presse en compagnie de Marc Ravalomanana, le président malgache, Jacques Chirac avait annoncé qu’il évoquerait le sujet, le soir, dans le discours qu’il prononcerait à l’occasion du dîner officiel. "On doit assumer son histoire, (...) ne pas oublier les événements - ni - nourrir indéfiniment aigreur et haine. L’Histoire est faite d’affrontement et de réconciliation", avait expliqué le chef de l’Etat.
Selon “Le Monde”, "Jacques Chirac a tenu promesse mais ceux qui espéraient une repentance officielle et plus complète de la République française auront peut-être été déçus. Dans le discours qu’il a prononcé, Jacques Chirac a glissé rapidement sur les "événements tragiques" de 1947. Il a parlé dès le début de son intervention des "pages sombres" de l’histoire commune entre la France et Madagascar, et dénoncé le "caractère inacceptable des répressions engendrées par les dérives du système colonial" au lendemain de la deuxième guerre mondiale, mais il n’est pas entré dans les détails.
"Rien ni personne ne peut effacer le souvenir de toutes celles et de tous ceux qui perdirent injustement la vie, et je m’associe avec respect à l’hommage qu’ils méritent", a dit le chef de l’Etat avant d’inviter "Malgaches et Français - à poursuivre - un travail de mémoire qui retrace les faits et puisse apaiser les cœurs”."
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Messages
8 février 2007, 19:59, par Ronan Leprohon
Toutes mes félicitations pour ce bel article
19 mars 2007, 02:23, par lalasoa
votre article, m’a été des plus touchant. Je suis la petite fille d’un arrière grand père malgache toturé et coupé en morceau lors de la répréssion de madagascar de 1947. Mon grand pére nous a racconté toute cette période noire qui, aprés des générations, entache nos familles et nous laisse une amertume. Lire votre article m’a donné une bouffé d’aire car je me rend compte que cette histoire qui s’oublie dans le temps dans une conscience collective, ne s’efface pas certe, mais que chaque témoignage chaque article évocant cette période nous aide à reconstituer un morceau du puzzul et à ne pas rester dans les oubliettes. Merci à vous.
cela fera bientôt 60 ans au 29 mars 2007, j’espère, pour mes ailleux et pour mes décendants, qu’une reconnaisance plus officielle de la France se fera entendre avant les 70 ans.
Merci encore et bravo pour votre article !